jeudi 9 juin 2011

Un an déjà ! - partie 3

Suite des révélations fracassantes sur les coulisses du blog !
Pour commencer, on lève le voile sur nos tronches ! Voici donc deux portraits réalisés en exclusivité pour l'article. Le dessin au crayon de l'un a été réalisé par le fiston de Guillaume. Ce dernier s'est fendu des couleurs et commentaires (cliquez sur l'image pour l'agrandir). L'autre dessin a davantage visé l'authenticité, quel courage de se dévoiler ainsi !  Cliquez aussi !

Avant de revenir à des thèmes plus directement en lien avec la nature dans les articles futurs, voici encore quelques éclairages sur ce qu'implique la rédaction du présent blog.


Guillaume : j'avoue que cela m'arrive de culpabiliser quand je n'arrive pas à pondre un article selon un certain rythme (disons au moins tous les dix jours) car j'ai l'impression d'abandonner les lecteurs (c'est narcissique, non? Faut que j'me soigne !). Mais pourrais-tu les éclairer quant à la charge de travail, les étapes, la réflexion préalable induits par la conception d'un article, notamment ceux que tu illustres?


Olivier :  Avant toute chose, je dois dire que je ne ressens pas trop cette pression que tu évoques. En fait, je pense que je m'appuie - pesamment - sur toi et sur ton imagination débordante : je sais que chaque semaine, quasiment, tu vas nous sortir un article de ton chapeau, presque d'un simple claquement de doigt ! Ta régularité tient de l'horloge suisse... Par conséquent, je peux me permettre d'écrire quand ça me chante. C'est plutôt confortable pour moi.

Guillaume : C'est gentil, Olivier ! Mais sans un travail en collaboration, une bonne partie des derniers articles n'auraient pas vu le jour aussi régulièrement. Dessin de l'un et texte de l'autre ou vice-versa. En tous cas, j'envie souvent ton flegme "so british"!

Olivier : C'est vrai que j'aime beaucoup les articles que nous réalisons à deux. Je trouve ce travail en équipe très stimulant. 
Pour revenir à la conception, dans mon cas, les articles mûrissent doucement autour de principes que j'ai l'habitude d'évoquer dans le cadre de mon travail ou en discutant avec mes proches : la fauche tardive, la notion de propreté dans la nature, les services qu'elle nous rend, la mise en place de nouvelles pratiques, etc. En gros, des grands principes auxquels je crois et dont j'ai envie de favoriser la diffusion. Quand je me décide, je me pose devant mon ordinateur et j'essaie d'ordonner mes idées pour que le message soit clair, et si possible concis, ce qui n'est pas toujours évident, tu en conviendras...

Guillaume : Effectivement, l'écriture d'un texte peut prendre un certain temps ! De 4 (pour les plus courts ou simples) à 18 heures (pour des ensembles complexes comme celui sur le lierre) d'après mes estimations. Il faut évidemment trouver ce temps en soirée ou en fin de semaine. Vu l'investissement nécessaire, nous préférons donc découper certains articles afin de les égrener au fur et à mesure. D'autant plus que de nombreux lecteurs peuvent être rebutés par des blocs de texte trop longs. Mais finalement, je suis tellement bavard dans la vie que cela déborde à l'écrit. Et les idées ne manquent que rarement pour l'instant. Je croise les doigts.
Par ailleurs, il faut trouver l'illustration. Il peut arriver qu'une photographie soit l'élément déclencheur d'un article. Dans ce cas, pas de problème. Sinon, il faut ramer pour ramener l'image en prospectant sur le terrain. Mais le plus dur, c'est encore de pondre une aquarelle. Même si un sujet est inspirant, j'ai du mal à m'installer pour en réaliser une sachant qu'il me faut entre 4 et 6 heures pour un résultat satisfaisant. Je n’insiste pas sur ces difficultés pratiques que j'ai déjà développées dans "Croqu'histoire".

Olivier : En ce qui me concerne, l'illustration vient après le texte. Et je dois dire que j'aime bien l'idée de créer un dessin pour l'occasion. C'est aussi ce qui fait la forte spécificité de notre blog, je crois. Comme tu l'as dit dans notre article précédent, "Un retour aux sources" est un "prétexte" pour publier nos gribouillis tout en essayant de faire quelque chose d'utile pour notre environnement.
Pour moi, le dessin se créée plus aisément que le texte. Je ne dis pas que je n'y passe pas du temps, mais son accouchement est moins difficile. En général, l'idée se profile plus ou moins précisément dans ma tête pendant que j'écris mon texte, ou encore lorsque je lis les tiens. Quand je saisis papier et crayon, il ne me reste plus qu'à la matérialiser.
Je la colorie selon deux méthodes : l'aquarelle ou la tablette graphique. J'avoue que la deuxième me séduit davantage en ce moment, pour plusieurs raisons : c'est moins long à sortir et à nettoyer, on peut réparer plus facilement ses erreurs, et enfin il y a quelques effets sympas que l'on peut intégrer aux traits originaux.
Et pour revenir à ta question initiale concernant la charge de travail, je dirais qu'en moyenne, un article me prend deux soirées, parfois trois, dessin compris. Le dessin qui illustre ce billet a été réalisé sur deux soirées (21h-23h30).

Et voilà : nous avons encore pondu un pavé... Eh bien merci encore aux lecteurs qui ont eu le courage de lire jusqu'ici et n'hésitez pas à poster un petit commentaire !

vendredi 27 mai 2011

Un an déjà ! - partie 2

Olivier : Guillaume, te souviens-tu pour quelles raisons nous avons mis en route ce blog ?
 
Guillaume : Pour répondre, je peux relater un événement récent qui illustre bien quelles aspirations profondes j'ai envie de transmettre avec conviction.

Olivier : Ah oui ? Raconte !

Guillaume : Il y a trop d'occasions de râler, de maugréer voire de geindre et de finir par gesticuler pour un résultat des plus stériles.
Et pour parer à toutes les critiques, je peux d'ailleurs faire la mienne. En effet, je n'ai vraiment pas de leçons à donner car dans ce domaine, je sais me montrer spécialiste... En bon français, je suis chauvin : je suis convaincu, sans avoir beaucoup voyagé, que la France est le plus beau pays du monde.

Malgré le privilège de vivre dans ce pays, je suis le premier à râler et à refaire le monde. La cause de la protection de la biodiversité ne va jamais assez vite à mon goût et je vous plains, chers amis, si un jour, j'arrivais à devenir maître du monde. Vu mon niveau d'exaspération et d'impatience, certains jours, la dictature verte que j'instaurerais, aurait tôt fait de vous dégoûter à la vue de toute véronique sauvage!

Olivier : Oh oh oh ! Tu y vas fort ! Je crois qu'il en faudrait beaucoup pour nous mener jusque là !

Guillaume : Bref ! Quand l'occasion se présente de souligner une belle entreprise. Il ne faut pas la rater. La dernière en date est celle de la petite commune de Chauconin-Neufmontiers. Arrêt de l'usage des produits chimiques sur le territoire communal, fauchage tardif le long de chemins et sur une parcelle de près 3 hectares, installation de ruches, recours aux plantes sauvages locales pour les plantations. Du bon exemple par pack de douze ! Et surtout, un état d'esprit enthousiaste, chaleureux et convivial.

Olivier : C'est juste. Je connais cette commune et je sais qu'elle est très engagée dans la protection de notre chère Nature ! Comment as-tu découvert leurs actions ?

Guillaume : A l'occasion de la Fête de la nature 2011, j'ai eu l'occasion de proposer, pour expliquer et vanter ces pratiques très favorables à la biodiversité, une conférence suivie d'une sortie. On m'offrait les conditions rêvées de promouvoir des projets concrets visant à protéger la biodiversité. Le volet théorique puis le pendant pratique.

Pourtant, cela n'aurait servi à rien s'il n'y avait eu personne à sensibiliser.
Et là, quelle réussite ! 70 personnes au total dont pas loin de 60 sur le terrain. Je peux vous dire que cela fait chaud au cœur quand on vous donne la chance de vous exprimer et de transmettre un message qui sort de vos tripes. Un message dans lequel vous croyez sincèrement. C'est un rêve qui prend forme.

Olivier : Carrément !  :-)

Guillaume : Oui, je sais, je m'emporte. Je suis peut-être comiquement lyrique. Après tout, ce ne sont que 70 personnes. Mais enfin, on parle d'une commune de 2000 habitants. C'est vraiment pas mal du tout ! Des sorties terrain avec un tel effectif, je t'assure qu'on en fait pas tous les quatre matins et j'ai un peu d'expérience dans le domaine. Le bouche-à-oreilles va pouvoir fonctionner et le message se diffuser.

Après de telles manifestations, on se dit que l'ère de la science-fiction est terminée. Je suis français et cela tombe bien car "impossible ne l'est pas". La protection de la biodiversité est entrée dans le domaine du possible. Je veux bien paraître un peu naïf mais après tout, peu importe. Après un tel événement, je crois au changement auquel j'aspire.

Et pour prolonger cet espoir, je ne veux pas pas lâcher le morceau. Je veux persister à exprimer ces idées que je crois empreintes de bon sens, à partager cette beauté naturaliste qui me bouleverse (Ha ! je me mets à nu, chères lectrices, chers lecteurs. Vous ne le voyez pas mais je tape avec un genou à terre et la main sur le cœur pour donner plus d'émotion à ma prose ! Bon, j'avoue, c'est moins pratique...).

Olivier : Je confirme ! D'ailleurs, je trouve que tu te débrouilles très bien comme ça ! Ne change pas de position !

Guillaume : Mais c'est pour cela que le blog est né : pour filer la métaphore. Pour transformer et décharger de façon positive et utile, un flot de tourments, de réflexions inquiètes sur l'avenir des papillons, fleurs, lichens et autres êtres vivants du coin ou d'ailleurs.
Souviens-toi : nous avons voulu croire inconsciemment ou sans nous l'avouer, et nous avons eu raison, que le blog pourrait nous permettre de continuer à nous exprimer sans que nos messages raisonnent dans le vide. Voir la nature se dégrader dans l’indifférence ou ne pas faire connaître une heureuse initiative écologique sont des choses difficiles à supporter en ce qui nous concerne. A défaut de crier dans un haut-parleur, il y a ce blog.


En outre, nous avions, une sensibilité artistique, trop longtemps délaissée. Nous avions besoin de nous exprimer via un style littéraire décalé de celui, plus formel, du boulot. Et une envie de proposer un écrin un peu soigné, prétexte à de réguliers gribouillages et croquis.
Nous espérons bien sûr, sans en être convaincus, atteindre cet objectif, pour votre plus grand plaisir, amis lecteurs.

Olivier :  Tout ceci est rigoureusement exact. Je me souviens d'ailleurs très précisément de l'élément déclencheur : j'admirais depuis longtemps les aquarelles que tu faisais pour les affiches de tes sorties nature. Et quand tu m'as montré le dessin qui orne désormais le premier article de ce blog, je me suis dit qu'il serait trop bête de ne pas le faire partager. Et quelle plus grande galerie d'art que l'Internet, qui offre à tout un chacun la possibilité d'aller s'extasier devant des œuvres réalisées n'importe où sur la planète ?

Guillaume : Et voilà comment "un retour aux sources" est né.


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PS : une image du blog (dessin d'Olivier) habilement et judicieusement détournée par la commune de Chauconin-Neufmontiers lors de la récente Fête de la Nature...
Tronçonnator : "I'll be back!" On espère que non !

vendredi 20 mai 2011

Un an déjà !!

Olivier : dis-donc, Guillaume, c'est l'anniversaire de notre Blog ! Le premier article date du 20 mai 2010 ! Ça se fête ça, non ?

Guillaume : Oui-da, cher ami. On va préparer quelque chose. Mais il faut d'abord remercier les lecteurs pour leurs 4600 visites depuis un an !

Olivier et Guillaume : Merci à tous ! Merci beaucoup ! A bientôt !

dimanche 8 mai 2011

Le COSAC prend le pouvoir de ce blog !!!

"Le Comité Officiel des Scientifiques Annihilateurs de Controverses (COSAC) prend le contrôle de ce blog compte-tenu des incessantes mises en garde et des systématiques refus d'obtempérer des deux trublions y faisant pitoyablement office de rédacteurs. Ces fieffés propagandistes pro-nature, pseudo-scientifiques, ont trop longtemps cru pouvoir corrompre impunément les esprits au moyen de ce blog.

L'étude de la biodiversité ou de l'écologie est une entreprise sérieuse qui requiert une rigueur scientifique certaine et qui ne saurait être traitée sur le ton badin, désinvolte voire grotesque pratiqué dans ces pages. Aussi, nous décrétons à partir de dorénavant et dès à présent, à compter de ce jour (et jusqu'à nouvel ordre), que nous prenons en charge l'éducation des masses incultes.
Nous prodiguerons donc un enseignement sérieux et rigoureux avec la dose d'austérité convenable.

Nous commençons dès aujourd'hui, par les critères de détermination des larves d'amphibiens en Ile-de-France. C'est avec perplexité que nous constatons la présence de nos deux petits cuistres rédacteurs. Leur présence en fond de salle et à proximité de radiateurs et fenêtres ne nous laisse guère d'illusions quant à leur motivation à réhabiliter leur conduite indigne. Mais enfin, on ne sait jamais...

Le premier critère intéressant à étudier est l'orifice excréteur de l'eau qui a transité à travers les branchies. En observant une larve par son flanc gauche, on peut vérifier sa position. S'il est toujours globalement situé sur la face inférieure du corps, il peut néanmoins occuper des positions centrales ou plus latérales. J'écris au tableau noir le nom de cet orifice.
Veuillez donc noter avec moi : "S.P.I.R.A.C.L.E." Mais ! ! Quoi ?! Qui a osé lancer cet avion de papier ?
Mais enfin qu'est ce que c'est ? Des gribouillages ?
Rions un peu... Déplions ce rudimentaire aéroplane pour nous gausser de son message d'ignare probable. Voyons-voir cela...

Quoi ? Quelle révolution? Ah! J'aurais dû me méfier de ces deux gredins!"

Sous un brouhaha tohubohuesque tonitruant :
"Mais enfin ! Puisqu'il n'y a qu'un spiracle ! Et qu'il est sous le ventre !! Silence, assis tout le monde !! Non, mais ça va pas bien ? Lâchez-moi !! Aïe, mes fesses !"

Les membres du comité sont chassés à grands coups de chaussures de randonnées (ça doit faire mal !) dans le postérieur par des amoureux de la nature et de l'humour. Merci, lecteurs bien-aimés !!

OUF ! Le rire est de retour !

PS : une formation sur les amphibiens a bien eu lieu ces derniers temps mais je précise pour les organisateurs (ils se reconnaîtront) qu'elle était autrement plus réussie que celle du COSAC et que j'en garde un excellent souvenir (bravo et merci à eux).
Entre autre réjouissances, nous avons évoqué ce bon père de famille qui veille sur sa progéniture : l'alyte accoucheur (croquis ci-dessous).


dimanche 1 mai 2011

Savoir utiliser la Nature


Le titre de ce blog aurait pu être "La Nature fait très bien les choses" tant on se plait à le répéter ici. Cet article n'y fera pas exception.
Aussi, après les épisodes sur le Lierre et ses avantages, sur les Berces et leurs hôtes, sur le recyclage des déchets verts au jardin, sur l'arbre anti-cancer, sur les services écosystémiques, etc., j'ai aujourd'hui envie d'évoquer la façon dont on peut utiliser le végétal pour rendre nos routes plus naturelles, sans nuire toutefois à la sécurité de leurs usagers.

Les routes ??? Quelle est cette nouvelle lubie, me direz-vous ?
Avant d'attaquer dans le vif du sujet, laissez-moi donc vous conduire pour une petite balade introductive.

Les savants racontent que la destruction et/ou la fragmentation des milieux naturels constituent aujourd'hui la première cause d'érosion de la biodiversité dans le monde. Les routes et les lignes de chemin de fer qui maillent nos paysages jouent évidemment un rôle crucial dans ces mécanismes de fragmentation : elles découpent de grands ensembles agricoles ou naturels en tout petits morceaux au sein desquels certaines espèces se retrouvent comme piégées parce qu'incapables de traverser les voies. Leurs effectifs déclinent alors lentement sous l'effet de mécanismes démographiques ou génétiques et c'est bientôt l'extinction.
Dans certains secteurs, pourtant, les routes ou les lignes de chemin de fer jouent un rôle étonnamment positif. Dans les grandes plaines où sont cultivées des céréales de manière très intensive, elles peuvent favoriser le déplacement d'espèces mal adaptées à ce type de pratiques. Ces dernières n'empruntent évidemment pas la voiture ou le train, non. Elles utilisent les accotements, ces espaces en herbe que l'on remarque à peine, entre le bitume et le champs, et qui, je vous l'assure, valent franchement la peine de s'y arrêter quelques instants.
Allez, on y va ? Vous me suivez ?


Vous avez peut-être remarqué une légère modification du paysage autour de chez vous, ces dernières années, ou ces derniers mois. Quelque chose de bizarre, un peu comme si un pinceau avait semé des tâches de couleur sur le bord de vos voies de circulation favorites. On dirait que l'herbe est également plus haute... D'aucuns pensent que cela fait "sale", "mal entretenu". D'autres, comme vous, peut-être, sont tombés sous le charme. Comment ce changement est-il arrivé ? Que s'est-il passé ?

Il était une fois, un agent d'entretien de la route qui faisait son travail avec entrain. Dès les premiers signes du printemps, il sortait son épareuse pour avaler des kilomètres d'herbe folle sur les accotements dont il avait à charge la gestion. C'était un dur labeur, surtout quand il faisait chaud. C'était également dangereux, parfois, quand les véhicules lancés à toute allure sur la route départementale le frôlaient dans un vacarme assourdissant. Et pourtant, le scrupuleux agent d'entretien tenait bon : il accomplissait sa mission jusqu'au bout, et ce, plusieurs fois par an, parce que c'était une mission cruciale pour la société. Tellement cruciale qu'il en rêvait parfois la nuit.
Chaque matin avant d'entamer sa bordure, le minutieux agent d'entretien avait coutume de vérifier le bon fonctionnement de sa machine. Mais ce jour là, à l'orée d'un village, quelqu'un vint perturber son rituel. C'était un jeune écolier, apparu d'on ne sait où. Posé là, figé au bord de la route, il lui lançait un regard pesant qui le rendait mal à l'aise.
"Pourquoi tu fais ça ? avait-il demandé.
- Parce que c'est mon travail, avait répondu l'agent d'entretien consciencieux.
- Oui, mais pourquoi faut-il faire ce travail ? Quel est l'intérêt de s'entêter à couper de l'herbe que personne ne regarde tant elle est nue, fade et jaune ? Quel est l'intérêt d'effacer quelque chose qui s'entête à revenir ? Pourquoi ne pas lui laisser une chance de s'exprimer ?
- ..."
Avant que l'agent d'entretien ne trouve une réponse, le petit bonhomme était parti. L'agent d'entretien soigneux se gratta la tête, perplexe. La nuit suivante, il eut du mal à s'endormir. Une question le taraudait : "pourquoi tu fais ça ?" Il n'avait pas de réponse entièrement satisfaisante.
Pour la sécurité des usagers ? Bien sûr, il était important de laisser une bande de sécurité bien entretenue pour qu'un véhicule en détresse puisse se garer. Ou dans les virages, pour que l'on puisse voir au loin. Mais pourquoi faucher toute la largeur de l'accotement ? Une bande d'un à deux mètres suffisait largement !
Pour la beauté du paysage ? C'est vrai que les accotements étaient bien nets après le passage de son tracteur. Il n'y avait pas un brin d'herbe qui dépassait. C'était du beau boulot ! On aurait pu jouer au golf sur le bord de la route... si ce n'était pas aussi dangereux, bien sûr ! En revanche, c'était un peu tristounet. Un peu plat.
Après quelques jours, l'agent d'entretien prit une grande résolution. Il décida d'oublier de passer son épareuse sur un tout petit coin de route, à l'abri des regards. Il attendit la fin du printemps, puis l'été. Il souhaitait laisser à l'herbe "une chance de s'exprimer", comme le lui avait conseillé le garçon. Bien lui en prit : un beau jour, en plein été, il comprit enfin ce qu'elle voulait lui dire en s'acharnant à pousser derrière son tracteur : elle lui avait laissé un message. Un message tout de fleurs tressé. Un message multicolore, chatoyant, ondulant. Un message qui signifiait "et si nous travaillions ensemble pour rendre la route plus belle ?"
Il accepta.
Et bientôt, bourdons, papillons, syrphes, tachninides, chrysides, thomises, criocères (*) s'en vinrent animer les corolles des fleurs de leurs allées et venues. Et avec eux vinrent des oiseaux, des chauves-souris, des petits mammifères, des lézards ou encore des grenouilles, tout contents de trouver là un endroit où vivre, ou simplement un espace leur permettant de se déplacer en toute sûreté de leurs lieux d'alimentation vers leurs sites de reproduction.
Et c'est ainsi que la route entretenue par le méticuleux agent d'entretien passa du statut d'horrible élément fragmentant le paysage au statut de corridor écologique pour la faune et la flore.
Et pour ne rien gâter, les bords de route égayaient le paysage monotone de la campagne environnante, pour le plus grand plaisir des automobilistes. Quel surprenant coup de théâtre !
Et que devint l'agent d'entretien ? On dit qu'il continua de travailler avec la nature et qu'il eut encore de nombreuses idées pour faire de la route un mariage de sécurité et d'enchantement pour l'œil. Mais ceci est une autre histoire...


(*) pour savoir à quoi correspondent ces noms barbares, allez flâner dans les articles de Guillaume, sur ce même blog !  ;-)

dimanche 24 avril 2011

Chronique d'un déclin annoncé

On n'a pas tout de suite compris ce qui nous arrivait. Tout ce que l'on pouvait voir, c'était un champs dévasté. J'apercevais bien quelques inflorescences rescapées par ci par là, mais tout le reste avait disparu. Une forêt de tiges étêtées, rien de plus. J'étais complètement désemparée devant ce spectacle de désolation. Je n'avais jamais vu ça de ma vie. Qu'est-ce qui avait bien pu se passer ? Quelle force surnaturelle avait bien pu engendrer un tel désastre ?

Je suis rentrée au radar, groggy. J'en ai immédiatement parlé à toutes celles que je croisais sur mon chemin. D'autres sont revenues, plus tard, avec des informations qui confirmaient mes dires. Ça aurait pu s'arrêter là, mais nous découvrîmes rapidement que le cauchemar ne faisait que commencer. Ce champs  n'était pas le seul à avoir subi le même traitement. Plusieurs de nos parcelles n'étaient maintenant plus exploitables. Elles avaient toutes été rasées, semble-t-il par le même procédé.

Un certain nombre d'entre nous, les plus jeunes surtout, se mirent à s'agiter. Je pris la parole et demandai le silence. Il allait falloir nous organiser afin de savoir ce qui causait la perte de nos récoltes. Plusieurs groupes furent envoyés sur les parcelles supposées encore intactes. Les autres reprirent les tâches quotidiennes, s'occupant l'esprit pour éviter de réfléchir.

La journée était bien avancée lorsque je découvris, avec l'une de mes sœurs, l'origine de la catastrophe. C'était une créature gigantesque qui poussait devant elle un engin vrombissant, une machine infernale qui avalait peu à peu tous les fruits de nos efforts, ne laissant derrière elle que de malheureux brins coupés au ras du sol. Comment ne pas rester tétanisées devant cette vision d'apocalypse ? La machine était diablement efficace ! Il ne lui fallut que peu de temps pour saccager intégralement un champs que nous avions minutieusement récolté pendant de si longues journées.

Nous revînmes faire notre rapport aux autres, et nous prîmes la décision d'alerter la Matriarche.

Avec un air grave, celle-ci  nous expliqua qu'il en était ainsi chaque année, à la même époque, et que dorénavant, nous allions devoir redoubler d'efforts pour ramener la ressource à la Ruche. Que les plus faibles d'entre nous allaient mourir d'épuisement. Que la période faste était terminée...


samedi 16 avril 2011

L'attaque qui tue pas trop, en fait ! Le retour...



Or, doncques, dans l'épisode précédent, nous nous trouvions dépourvus et tétanisés face à l'horreur verte en ordre de marche, prête à envahir à notre insu, nos magnifiques trottoirs et espaces verts "bien" entretenus. Sommes-nous donc condamnés ? Personne pour les arrêter ? Ni héros ? Ni champion ?

Ah ! Mais si ! Voyez cette silhouette rassurante se dresser face à la sournoise menace !  Rassurez-vous, les hordes de créatures vertes se font bien massacrer la tronche ! Contrairement aux films d'épouvante, la technologie humaine les décime avec une déprimante efficacité.
Même pas de suspense hitchcockien, c'est réalisé sans aucune finesse. Un vrai film de bucheron ! Sauf que le mec qui tient la tronçonneuse, là, il est censé nous défendre... Ce ne serait pas lui, cette fois-ci, le dangereux tueur ?

Invariablement, aux beaux jours, il procède à une régulation efficace des envahisseurs verts. Tout au plus, quelques placettes oubliées par miracle échappent au carnage.

Le truc, c'est que dans le lot, les orchidées sauvages morflent elles-aussi : plus de 35 espèces sauvages rien qu'en Ile-de-France ! Et beaucoup pourraient pousser si nous leur en laissions un peu le temps. Même sur des bords de route, dans nos jardins, etc. Mais si ! J'ai des preuves ! Cela n'arrive pas qu'aux autres.

Habituellement, le ton de ce blog n'est pas trop déprimant. Alors, non, je ne vais pas vous laisser assommés de désarroi paralysant. Je vais vous proposer encore une fois de passer à l'action.

Voici à quoi ressemble en ce moment (sortie d'hiver) une orchidée sauvage. Une rosette de feuilles basses et luisantes, aux nervures parallèles :




Mais cela peut devenir aussi cela :

Fleur d'Orchis militaris.


Bon là, j'avoue que ça peut vraiment ficher les jetons. Je comprends le mec à la tronçonneuse. Nue et casquée comme un fier spartiate, la fleur de l'Orchis militaire en jette en combinaison moulante de strass rose. Si l'on ajoute à cela son imposante stature de plus de deux centimètres. Parbleu ! J'en frémis déjà.




Mais on franchit encore un palier dans l'horreur avec les fleurs de l'Ophrys Goldorak, ci-dessous, véritable machine de destruction, condensé froid de technologie brute et insensible, venue du futur pour nous exterminer, nous pauvres humains apeurés et innocents:
Fleurs d'Ophrys insectifera : environ 2 cm chacune.


Floraisons prévue en mai !!

Et je vous jure que ces deux créatures peuvent pousser toutes seules pas loin de chez vous.
Alors si vous en avez le courage, laissez-les donc pousser.
Cap' ou pas cap' ?

PS : merci à Olivier pour son vengeur masqué rassurant. On lui ferait bien un bisou, tiens !

lundi 11 avril 2011

Auprès de ma Berce, qu'il fait bon, fait bon, fait bon... 5ème

Suite de nos découvertes entomologiques sphondyliennes !

OUCH ! PAN ! Hé ! Excusez du peu mais là, c'est du titre qui déchire. Pour briller en société et faire le malin avec des expressions pédantes et alambiquées, tout est là, concentré en un mot tout à la fois énigmatique, épique et pompeux. Sphondylien.

Mais bon, il s'agissait en fait de vérifier le niveau d'assiduité des lecteurs. "Oh ! Hé ! La pauvre excuse pour se sortir du gouffre !!" Certes, je me suis mis dans ce ridicule pétrin tout seul mais je pose la question. A quoi se rapporte ce mot? Réponse à trouver sur la page suivante : Auprès de ma Berce, qu'il fait bon, fait bon, fait bon... 1ère partie.


Revenons-en à nos mou... ches !
Aujourd'hui la famille des Tachinides. On commence avec Cylindromyia bicolor. Avec sa robe rouge et sa silhouette élancée, elle aurait tôt fait d'afficher de grands airs de starlette. J'avoue avoir succombé à son charme et abandonner tout esprit critique pour tirer l'affaire au clair.


Jusque-là, tout va bien. J'entends vos neurones marmonner : "Mouais, bon, on le connais, il est un peu bizarre. Une mouche rouge, c'est tout lui, ça ! Si ça lui fait plaisir ! Ne le contrarions pas! Laissons-lui un petit message sur le blog. Du genre : "certes, elle est originale!" C'est neutre, il ne le prendra pas mal."


Attendez un peu que je vous présente le coup de cœur suivant !


Moins distinguée : Tachina grossa, la grosse bourrue,  dénommée Tachinaire hérisson géante dans le fabuleux numéro 84 de La Hulotte, "Frissons d'ombelles". C'est le colosse de la famille ! Elle atteint les 2 cm de long ! Son corps hirsute et sombre, laisse échapper une tête jaune comme une alerte au danger.
 
Son aspect inquiétant s'accorde d'ailleurs avec ses mœurs de grand escogriffe. Il faut bien reconnaître que sa jeunesse n'est peut-être pas un exemple à suivre pour nos chères têtes multicolores. Si la larve n'a commis qu'un écart dans sa vie, il est certes de taille. En effet, après s'être accrochée à une innocente chenille passant à sa proximité, elle s'est introduite dans son corps pour la siroter vivante, de l'intérieur.

Si nos yeux d'humains n'y voient qu'un crime dégoutant, le jardinier reconnaîtra deux atouts à la grosse bourrue :
- primo, elle régule les populations de chenilles en évitant les surpopulations qui nuiraient aux plantes (la nature est bien faite, non?)
- secundo, à l'instar des bourdons qu'elle imite pour qu'on lui fiche la paix (tous en cœur ! la nature est bien faite !), elle contribue à polliniser les fleurs qu'elle visite (la foule en liesse, briquets allumés ! La nature... Lalalère...).

BZZZIIT !! CCRRUUSSCHCHH ! DDDZZZZITTT !
"Ce n'est pas une attaque d'une escadrille de tachinaire ! Ne touchez pas à votre transistor ! L'interruption suivante est indépendante de notre volonté. 
Le Comité Officiel des Scientifiques Annihilateurs de Controverses (COSAC) tient à préciser : "Le rédacteur use et abuse des pires stratagèmes de manipulation mentale ! Après avoir feint d'ignorer l'importance du crime abominable commis par Tachina grossa, le rédacteur s'emploie de façon sournoise et perverse à maquiller la monstrueuse bête d'atours écologistes notoirement propagandistes. Nous condamnons une nouvelle fois l'impardonnable malhonnêteté des procédés employés dans ce blog avec la plus grande fermeté."

Rhhooo ! Là ! Là ! Dis-donc, le rabat-joie... PAN ! Aïe ! Euh ! Oui, pardon, Ô tout-puissant et vénéré CASOC ! Paf ! Ouille ! Pardon, COSAC ! Je suis contrit de remords et de honte ! Je suis infâme !

Hum ! C'est bon, les pontes du comité sont partis. PSST ! Approchez ! Je vous le dis à l'oreille. Je serais vous, j'essaierais tout de même de laisser pousser des berces. Je ne suis pas obsédé par les dévoreuses de chenilles mais croyez-moi, c'est le bon plan pour le jardin !
Si on y ajoute l'arrivée de ces imitatrices des guêpes (sans la capacité de piquer) : les syrphes pollinisatrices dont les larves croquent les pucerons... Vous voilà bien armés pour vous tourner joyeusement les pouces. Du temps à en revendre pour observer à foison bien d'autres bêtes et insectes multicolores sur nos chères ombelles.

Bon, pas un mot au COSAC, hein ? A vous de jouer !

Un dernier portrait pour la route de Tachina grossa. Charmante, non?