mardi 1 octobre 2013

Les choses vraies - épisode 7

Lien vers l'épisode précédent

Enfin ! Nous y voilà :
La Sierra de la Culebra, autrement dit le "massif de la Couleuvre". Bien sûr, ce n'est pas la couleuvre que nous sommes venus traquer (voir les épisodes précédents). Le site est connu pour abriter une bonne population de loups. Ce n'est pas vraiment la période idéale pour les observer, mais nous sommes malgré tout emplis d'espoir.

Nous nous sommes installés en début de soirée. Nous formons une belle ligne sur un versant de colline et nous avons sorti longues-vues et jumelles pour scruter la plaine qui s'étire devant nous sur des kilomètres.


C'est parti. Une dizaine de paires d'yeux balaient le site en simultané. Chaque mouvement nous fait tressauter, espérer... Ici, un renard tout absorbé par les petits mouvements de l'herbe. Là, un oiseau qui rentre se coucher après une dure journée. Là encore, un chevreuil qui hume le vent d'un air inquiet. Tout au fond, un chat en maraude.

Quand tout à coup... Il est là : un long hurlement se fait entendre. Un autre suit, puis des jappements ! Le concert dure quelques secondes pendant lesquelles nous restons pétrifiés, extatiques. Le son s'arrête. Il est près de 21h30. Nous nous regardons tous, les yeux brillants, un sourire béat sur le visage.
On ne le voit pas mais il est là, sous nos yeux, dans cette plaine, caché dans un bosquet d'arbres, dans des fourrés. Il est là, à seulement quelques kilomètres !

La nuit tombe doucement. Nous restons encore quelques minutes, jusqu'à ce que nos yeux n'y voient plus goutte, le temps d'observer une famille de sangliers en pique-nique.


Il est désormais temps de lever le camp. Nous rangeons notre matériel optique et nous nous promettons de revenir le lendemain à l'aube...



Les dessins originaux, tirés du carnet de croquis


mercredi 31 juillet 2013

Les choses vraies - épisode 6

Dans le dernier article de la série "les choses vraies", qui relate mon voyage naturaliste en Espagne, j'évoquais le sublime et discret faucon kobez.
J'ai découvert la bête au plumage gris bleuté et aux yeux de braise à cette occasion et je ne pouvais pas en parler sans lui dédier un croquis...
Faucon kobez (Falco vespertinus). Photo : Ivan L.

A présent, procédons à un zoom arrière pour embrasser une vue d'ensemble des lagunes de Villafàfila. Régalons-nous de cet espace peu anthropisé (seuls quelques moutons et leur berger y poussent par-ci par-là) abritant toutes les ressources nécessaires au gîte et au couvert d'innombrables espèces d'oiseaux d'eau tels qu'avocettes, échasses, courlis, chevaliers, sternes, canards divers et variés... Ils se pavanent, se dandinent, ondulent, dérivent tels des badauds faisant leur marché, rien que pour le plaisir de nos yeux émerveillés. Nous y passerons plusieurs jours avant de gagner le site de la Sierra de la Culebra où nous attend le loup !


Le dessin original issu du carnet de croquis.

Mais pour l'heure, je crois que je vais m'arrêter sur ces images afin de ménager encore un peu le suspense !

dimanche 14 juillet 2013

Buissonnons - 1 - Le jardin rêvé...

Nouveau bandeau, renouvellement thématique.
Proposition pour de futurs travaux pratiques.
Ne plus chercher la solution en commissions.
Passer à l'action : notre but, notre mission.

Nous aimons nous lancer dans de nouvelles aventures. Nous peinons un peu à les terminer (si l'on peut considérer que des aventures se terminent un jour...). Mais je tiens à préciser que nous ne lâchons pas le morceau !
C'est comme le dessin. Le plus jouissif, c'est l'esquisse, les premiers jets, les débuts prometteurs.
Après tout, nous sommes dans l'esprit. Ce blog a été conçu pour une bonne part comme un prétexte pour dessiner...

Donc, nouvelle série d'articles pour ouvrir la porte des rêves. Les plus fous et surtout les plus foutraques.
Le blog foutraque et instructif sur la biodiversité, c'est bien ici.
Faisons l'école buissonnière, donc, mais dans le sens le plus littéral possible.

Buissonnons ensemble, voulez-vous?


Est-ce seulement possible ? Pourrait-on en voir, ne serait-ce qu'un seul ?

Un jardin qui ne consisterait qu'en un agencement subtil de ce que la nature proposerait spontanément aux alentours immédiats voire même de ce qui pousserait dans le terrain si l'on arrêtait l'entretien.

Un jardin dont le principe ne serait que de sculpter les écosystèmes locaux émis sans volonté expresse humaine.
Sculpter le terroir. Se reconnecter avec la logique du territoire. Savoir recevoir l'authenticité de la terre. Avoir l'humilité de s'accorder à son essence, à ses essences.

Une haie arborée gratuite dans 35 ans si vous résistez à la taille des bordures de votre limite de terrain.
Un bout de haie ? Bien. Abandonner une bande de terrain. N'y rien faire. Rien. Pendant des années.
Si. Tout de même, j'oubliais, c'est un jardin. C'est la règle du jeu. Le compromis avec la nature est recherché. Couper seulement ce qui dépasse du volume défini. Regarder pousser les ronces et puis couic ! Moins de 1,5 m, avez-vous dit ? Soit, va pour 1,5 m. C'est déjà inouï, inespéré, un long pavé de ronces
de 150 cm de côté.
Bien d'autres essences tenteront leur chance. Ici, les frênes prendront le meilleur départ. Là, les prunelliers domineront. Là bas, les cornouillers sanguins déborderont.
A chaque fois, la complexité, la richesse du patrimoine vivant local se reconstitueront devant vos yeux. Vous aurez à transmettre à vos descendants un espace plein de sens, en harmonie avec la terre, qu'ils verront eux-mêmes évoluer, dont la richesse continuera à se dévoiler.

Que recherchent ceux qui fuient le béton et l'agencement artificiel des espaces verts urbains où l'illusion de domination ostentatoire écrase du talon toute idée de nature ?
S'ils viennent pour en retrouver l’authenticité pourquoi s'empressent-ils d'y éradiquer tout ce qui en faisait la typicité pour n'y mettre que de l'artificiel, de l'exotique, de l'hybride fluorescent ou du transgénique à bandes spiralées et pompons rouges à crochets du Caucase oriental ?

Mmmh... Je ne comprendrai jamais... Je dois être un extrémiste.

La Pie-grièche écorcheur, ce passereau trapu ambitionnant la glorieuse condition de rapace de poche est typiquement l'oiseau lié aux haies champêtres autrefois si banales. Tout comme les prairies extensives qu'elles ceinturaient.
Cette toile de fond du paysage campagnard a pratiquement disparu aujourd'hui de certaines régions et partout elle est malmenée, remplacée par de la monoculture intensive à perte de vue, de la zone industrielle déprimante mais aussi du lotissement aseptisé et ses jardins artificiels clonés à l'infini (1).
Du coup, les effectifs de la pauvre bête se sont effondrés. C'est encore pire pour ses cousines (Pie-grièche grise et Pie-grièche à tête rousse) qui sont globalement devenues rarissimes en France.

Voici un croquis d'après nature d'un individu migrateur en halte près de chez moi (l'illustration ne fera pas date mais c'était une occasion rare de la dessiner. Je n'ai pas eu le temps de tergiverser ni de recommencer).

Pie-grièche grise (Lanius excubitor)

Pour finir sur une note positive, les solutions ne manquent pas. Chaque paysage décrit ci-avant (1) prendrait une autre allure et un autre intérêt pour la biodiversité si on ne faisait pas l'effort d'y gommer toutes les espèces autochtones. Une petite poignée de principes suffirait à rendre ces zones attractives pour la vie sauvage.
Est-ce que 150 m de haie champêtre autour d'un jardin de banlieue suffisent au retour de la Pie-grièche écorcheur ? Probablement pas, il faut un peu d'espace à la belle. Mais il faut bien commencer un jour et une foule de bestioles tout aussi fascinantes profiteront de l'aubaine. Et pour  n'avoir plus conscience du foisonnement de la vie dans des paysages tels que le bocage, nous peinons à imaginer ce que des initiatives positives de la sorte, cumulées, pourraient avoir comme résultat. Et je vous fais grâce ici, du discours sur la fauche tardive, souvent évoquée dans ce blog.

Dans le Morvan, alors que j'étais en vacances dans un gîte, j'ai vu depuis la cuisine, une Pie-grièche écorcheur se poster sur la haie (champêtre, forcément) qui bordait le jardin. Vous voyez, on ne sait jamais.

Faut y croire et se dépêcher d'agir.

Guillaume.

Une sorte de suite : Buissonnons - 2 - Une vraie friche dans le jardin.
 

lundi 8 juillet 2013

Les choses vraies - épisode 5

Suite à la lecture des épisodes 1 à 4 des "choses vraies", vous voici tout haletants et avides de savoir si j'ai pu apercevoir le loup lors de mon voyage de printemps en Espagne.

Eh bien, sachez que ce n'est pas encore aujourd'hui que je vais dévoiler ce secret. Après tout, nous avons tout notre temps. Rappelez-vous que nous nous sommes momentanément affranchis de notre monde de fous pour ouvrir les yeux - et les oreilles - sur les choses vraies qui nous entourent.

La scène qui nous intéresse aujourd'hui est donc d'une banalité délirante : nous sommes sur un chemin de terre, à proximité de zones humides accueillant une communauté d'oiseaux limicoles d'une grande diversité : les lagunes de Villafàfila.
Pourtant, nous avons laissé de coté jumelles et longues-vues pour nous régaler d'un pique-nique entre amis. Le soleil est au rendez-vous, même si les nombreux nuages et une petite flaque d'eau en forme de cœur nous rappellent les intempéries des derniers jours. Une brise légère caresse nos visages et nos bras dénudés. Nous dégustons de délicieux sandwiches-maison, accompagnés d'un gobelet de vin. Nos oreilles sont remplies du chant des oiseaux mêlé aux voix graves et mélancoliques d'un troupeau de montons.
Comment ne pas sortir carnet et crayon dans de telles conditions !

Pause pique-nique, sous les ailes des milans et crécerellettes.
Le croquis original, en noir et blanc.

Évidemment nous sommes là pour observer les oiseaux et on ne s'en prive pas ! Mais cela ne nous empêche pas de faire une pause touristico-culturelle dans les ruines du petit village de La Tabla, situé à proximité. Village dans lequel nous aurons la chance d'observer le rare Faucon kobez...

Escale touristique.
Croquis original en noir et blanc.
Qui avait remarqué le nid de cigogne accroché au toit de l'église ?

Fichtre, encore un nouvel article-pavé ! Je m'arrête donc là pour aujourd'hui et je vous retrouve dans quelques jours, avec des dessins tout frais...

samedi 29 juin 2013

Les choses vraies - épisode 4

Souvenez vous : nous sommes en Espagne, c'est le printemps et nous sommes sur la piste de nos plus grands carnivores européens : l'ours et le loup.
Après une traque humide et froide, mais ô combien récompensée, nous venons d'apercevoir le premier.
Les yeux emplis d'étoiles et le cœur léger, nous reprenons notre route afin de nous diriger sur le "spot" à loups espagnol : la Sierra de la Culebra.
Cependant, je suis accompagné d'insatiables ornithologues et notre chemin est ponctué de haltes au cours desquelles on déballe jumelles, longues-vues, et copieux casse-croûtes à base de jambon et de saucisson espagnol.

Première pause : nous avons quitté la montagne, et pour la première fois depuis notre arrivée, il fait beau. Voici enfin une occasion de sortir carnet et crayon du fond de mon sac pour un crobard en direct live !

Passage au dessus du Rio Esla, en direction de Villafàfila

La version en couleur

Quelques minutes plus tard, nous remontons en voiture et nous prenons la direction des Lagunes de Villafàfila, haut-lieu ornithologique où nous espérons croiser de splendides volatiles.
Serons-nous récompensés ? Vous le saurez sans doute, si vous repassez sur ce blog d'ici quelques jours.

dimanche 16 juin 2013

Croqui'histoire - 4

Aujourd'hui, je fais une petite pause dans la série des choses vraies pour vous raconter l'histoire du dessin des ours.
Comme vous le savez désormais, les conditions météo du début de notre semaine en Espagne ne m'ont pas permis d'ouvrir mon carnet de croquis.
Le dessin de l'article précédent a donc été fait tranquillement, bien au chaud à la maison.

Ce qui est original, c'est que c'est mon premier crobard entièrement réalisé à la tablette graphique, du crayonné jusqu'à la mise en couleur.
Voici ce que l'on peut voir lorsque l'on rend invisibles les différents calques de couleur.
J'ai utilisé pour cela le programme Gimp dont vous noterez au passage le réalisme de la brosse "crayon".
















dimanche 9 juin 2013

Les choses vraies - épisode 3

Dans l'épisode précédent, je vous racontais ma rencontre avec l'Espagne et son étonnant climat.
Une fois la surprise passée, nous avons rayonné durant quatre jours autour de notre camp de base situé à Pola de Somiedo - dans les Asturies - à la recherche des ours bruns, dont la population locale est beaucoup plus importante que celle de nos ours pyrénéens.
Notre temps s'écoulait entre :
- séances patientes, silencieuses et attentives d'observation - aux jumelles et à la longue-vue - d'un paysage cotonneux, percé ici et là d'une pointe de verdure cherchant désespérément à exprimer sa vigueur printanière.
Orchidée ayant réussi sa sortie. Photo : Bruno H.
 - échanges d'information enthousiastes avec des autochtones très ouverts et très désireux de nous faire découvrir leurs plantigrades favoris.
- casse-croûtes réconfortants et chaleureux, à base de saucisson, chorizo et jambon du pays.

Je n'ai pas eu beaucoup d'occasions d'ouvrir mon carnet à dessins durant ces quatre jours, en raison d'une météo capricieuse oscillant entre neige, grêle ou encore pluie (et même, parfois, un peu des trois en même temps). Le dessin qui suit est donc une reconstitution d'après les photos que nous avons prises.
"OURS !" (SMS et photos : Bruno H.)
Eh oui ! On l'a vu ! Ou plutôt on les a vus. Un gros mâle et une femelle qui se faisaient la cour, et que nous avons observés six heures durant (Antoine vous dira plutôt 5h30, parce qu'il est beaucoup plus rigoureux qu'Ivan et moi). Le mâle suivait la femelle, à quelques mètres de distance, et la paire s'arrêtait de temps en temps pour grignoter ou faire une petite sieste. Quel régal, juste avant de lever le camp pour la Sierra de la Culebra, "spot à loups" espagnol renommé !

Mais évidemment, ceci est une autre histoire...

samedi 1 juin 2013

Les choses vraies - épisode 2 (l'arrivée)

Chose promise, chose due : voici le deuxième épisode de mon voyage à la rencontre de la faune sauvage, la vraie. Celle qui possède des crocs tranchants et des griffes acérées.
Ce voyage, comme je le disais dans le message précédent, m'a conduit à découvrir l'Espagne, un pays que je ne connaissais pas, mais à propos duquel j'avais des préjugés en matière de climat. Préjugés qui - comme tout préjugé qui se respecte - se sont révélés inexacts.
On m'avait dit qu'il faisait beau et chaud en Espagne, parce que c'est le sud. J'avoue avoir été un peu surpris en découvrant cette vue au mois de Mai... J'ai même douté un moment, m'imaginant que nous avions fait 1200 km dans la mauvaise direction...

L’Espagne au mois de Mai - cliquez pour agrandir














Vous allez me dire que j'exagère. Que l'on peut faire dire n'importe quoi à un dessin. Vous voulez une preuve, c'est ça ?

Les aventures d'Olivier en Espagne (cliché : Bruno H.)














Mais qu'à cela ne tienne ! Maintenant que nous étions là, plus rien ne pouvait nous arrêter ! Ours et loups n'avaient plus qu'à bien se tenir !

La suite au prochain épisode, bien sûr !