C'est bien de râler mais c'est bien aussi de souligner ce que l'on trouve exemplaire. J'avais dénoncé avec la finesse qui me caractérise un massacre inutile et couteux au cours de cet article.
Eh bien, figurez-vous, chers amis, que les choses changent probablement. Ce que j'avais souhaité dans ce texte est en train de se produire cette année pour la première fois à cet endroit. Les herbes, les fleurs que vous voyiez sur les photos vont pouvoir terminer leur cycle de vie sans être coupées. Et oui, grâce à la sagesse et à l'expertise de nouveaux responsables techniques qui ont compris que favoriser la biodiversité et faire des économies, c'est possible contrairement à ce qu'on nous avait rabâché durant 50 ans.
Voilà une vraie bonne nouvelle !
Guillaume.
La tradition du "jardin à la française" s'est imposée au XVIIème siècle. Cette tradition avait pour objectif de corriger et de domestiquer une nature que nos lointains ancêtres trouvaient hostile. Pourtant, en y regardant de plus près, il faut bien avouer que cette nature hostile fait souvent bien les choses et qu'il n'est pas inintéressant de la regarder ou de l'écouter s'exprimer. Que diriez vous de faire un petit "retour aux sources" avec nous ?
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vendredi 3 juin 2016
vendredi 3 janvier 2014
Mémento du parfait sadique
| Elle a abandonné sa faux, les dégâts étaient dérisoires... |
"Aujourd'hui, c'est Black Bill qui vous parle. Je vis de l'autre côté. Je ne me fous pas de la Nature. Non...
Je la crains. Je m'en méfie plus que tout. Elle est mauvaise. Et je m'applique à lui nuire. Je le fais consciencieusement. Avec application, ruse et minutie. Sans morale.
Vous voulez en savoir plus... Je vous intrigue ?
Il est certain que les deux pauvres naïfs habituels de ce blog ne vous ont pas habitués à ce genre de ton.
Laissez moi vous dire comment je procède.
D'abord, j'ai l'embarras du choix. Des linéaires de berges, de routes, des milliers et des milliers d'hectares cumulés d'espaces verts à n'en plus finir. Je trouve partout matière à nuire. Mon matériau, c'est un sol, enherbé de préférence car dans ce cas, j'ai l'écosystème de base, des plantes à même d'attirer de la vie.
Et si par chance, il s'agit d'espèces sauvages locales, non issues de croisements, de sélection, de pépinières, de jardinerie ou d'une autre région, d'un autre continent, c'est encore mieux. L'assurance de tuer encore plus d'insectes et d'animaux en tous genres.
Je vais prendre en exemple les bas-côtés d'une piste cyclable, le long d'un canal. Le massacre que j'y ai perpétré cette année a dû approcher la perfection de très près.
D'abord, je patiente. Je me montre opiniâtre. Je brûle d'envie de tout broyer mais je résiste car je sais que la destruction n'en sera que plus massive si je sais repousser un peu l'échéance. J'observe. Puis je feins la douleur. Non... Je me contrains ! Je me force, dans la douleur des convulsions internes de mon dégoût, à singer l’émerveillement de ces naturalistes nuisibles et naïfs.
La vie se montre prudente au début. Au plus, quelques fleurs téméraires, isolées et puis quelques tapis, denses parfois. Mais c'est encore trop ras. Il fait encore un peu frais. Les bestioles hésitent encore, pour la plupart. Mais plus les plantes poussent, plus les insectes abondent. Et bientôt, l’éruption finale a lieu. Tous les boutons de toutes les ramifications éclatent. Le goût le plus vulgaire s’étale et s’exhibe sans la moindre pudeur. Couleurs criardes, parfums grossiers. Les fleurs sont là, en masse, au somment d'un enchevêtrement portant au sol une ombre malsaine et fourbe, une pénombre plutôt, avec son lot de perfides mystères. La vermine y fourmille, sournoisement tapie. Et prendre un peu de hauteur est inutile. Les insectes que j'avais cru nombreux affluent de tous côtés. Des nuées de créatures volantes s'abattent sur les ombelles putassières. Une infâme orgie se prépare sur les capitules. Et va-z-y que l'on copule. On s'occit sauvagement dans chaque touffe. Et va-z-y que l'on se bouffe.
Ça grouille, ça suce, ça ronge, ça pique, ça mord, ça chie ! Argh ! C'est affreux ! Je me supplicie à m'imposer pareille endurance. Scènes obscènes au sommet des calices. Je bois le mien jusqu'à la lie.
Et c'est là. Oui, Mesdames et Messieurs, c'est là que je tranche. Tout bien net, tout bien propre, tout bien ras. Nous sommes à la fin du mois de mai. J'ai patiemment attendu que l'écosystème se structure, s'enrichisse, se complexifie. Je lui ai fait croire que le risque de la tondeuse était passé. Si j'étais passé plus tôt et plus souvent, je n'aurais tué qu'une poignée de chenilles maigrelettes issues des rares papillons ou diverses larves minuscules à peine sorties de cocons protecteurs ayant réchappé à l'hiver. En gros, les aventureux téméraires en nombre restreint qui courent le risque de se lancer avant tous les autres.
Alors qu'après le 15 mai, tous se sont résolus à engendrer, procréer, grandir, grossir. Le gros des troupes est présent. C'est une victoire totale. Ou quasi totale. Car mon passage a détruit 90% de cette ville engeance. Mais les 10% de rescapés peuvent encore profiter des beaux jours pour forniquer, se multiplier et croître à nouveau.
J'applique donc la même méthode : je laisse un peu de temps aux futurs condamnés afin qu'ils gaspillent leurs ultimes forces et réserves. Début juillet, je décapite pour la seconde fois : moisson encore acceptable.
Je procède ensuite à quelques broyages supplémentaires histoire d'être certain que toute la biodiversité aura bien été anéantie. Je reconnais que je pourrais me passer des deux derniers passages en octobre et novembre qui n'ont qu'un effet limité rapporté aux coûts supplémentaires engendrés. Mais je suis besogneux et ne veut laisser la moindre chance à la nature."
Si j'ai laissé parler un double maléfique et (très) imaginaire, c'est pour décrire une situation absolument véridique qui m'a révolté. Et pour évacuer mon exaspération.
Les passages ont été effectués aux dates indiquées à quelques jours près. Comme on le voit sur les photos prises le 16 mai avant le premier passage, il existe un chemin goudronné que l'on peut utiliser dont les bords sont entretenus régulièrement, eux. Cela suffit largement au cheminement et permet d'observer une nature plutôt riche sur les ombellifères et les renoncules. D'autant que ce n'est pas un lieu où l'on s'arrête pour pique-niquer ou s'asseoir. Il y a un lieu prévu à cet effet un peu plus loin, entretenu plus régulièrement, ce qui est logique. Tout au plus aurait-on pu passer plus souvent afin de dégager la périphérie immédiate d'un banc (présent dans la zone des photos) que l'herbe avait un peu envahi.
Mais pour le reste (photos des hautes herbes en fleur), si l'objectif était de tondre régulièrement (ce qui n'a donc pas d'intérêt à l'exception compréhensible de la zone du banc et des abords immédiats du chemin), pourquoi attendre que l'herbe ait monté si haut avec un écosystème riche à la clé ? Et pourquoi passer encore en octobre et en novembre pour tondre de l'herbe qui atteint 10 cm de haut et ne peut gagner que 2 ou 3 cm durant l'hiver (et encore, est-ce que je n'exagère pas ?). C'est vous qui payez avec vos impôts le coût de ces passages totalement inutiles et absurdes, quel que soit le point de vue ou l'objectif, pensez-y !
Évidemment, je ne pense pas que ceux qui entretiennent ou font entretenir ces espaces le font avec des intentions maléfiques, encore heureux ! Mais cet exemple de gaspillage de l'argent public qui en outre, détruit la nature, représente la norme actuelle de ce qui se fait en routine sur nos espaces verts. En toute indifférence et ignorance.
Maintenant, vous savez.
Guillaume
D'autres vues de ce que l'on pourrait laisser pousser (et ne faucher qu'une fois par an).
C'est vraiment si moche que ça ?
D'autres articles sur ce thème :
Les herbes hautes et la fauche annuelle unique.
Ne pas tondre tout son jardin.
1- Laissons pousser quelques fleurs sauvages - Elles ne vont pas nous agresser...
2- Laissons pousser quelques fleurs sauvages - Nous aurons peut-être des orchidées.
3- Laissons pousser quelques fleurs sauvages - Au moins pour les abeilles...
4- Laissons pousser quelques fleurs sauvages - Le long des routes.
5- Laissons pousser quelques fleurs sauvages - Mais en hiver, ça donne quoi ?
dimanche 14 juillet 2013
Buissonnons - 1 - Le jardin rêvé...
Nouveau bandeau, renouvellement thématique.
Proposition pour de futurs travaux pratiques.
Ne plus chercher la solution en commissions.
Passer à l'action : notre but, notre mission.
Nous aimons nous lancer dans de nouvelles aventures. Nous peinons un peu à les terminer (si l'on peut considérer que des aventures se terminent un jour...). Mais je tiens à préciser que nous ne lâchons pas le morceau !
C'est comme le dessin. Le plus jouissif, c'est l'esquisse, les premiers jets, les débuts prometteurs.
Après tout, nous sommes dans l'esprit. Ce blog a été conçu pour une bonne part comme un prétexte pour dessiner...
Donc, nouvelle série d'articles pour ouvrir la porte des rêves. Les plus fous et surtout les plus foutraques.
Le blog foutraque et instructif sur la biodiversité, c'est bien ici.
Faisons l'école buissonnière, donc, mais dans le sens le plus littéral possible.
Buissonnons ensemble, voulez-vous?
Est-ce seulement possible ? Pourrait-on en voir, ne serait-ce qu'un seul ?
Un jardin qui ne consisterait qu'en un agencement subtil de ce que la nature proposerait spontanément aux alentours immédiats voire même de ce qui pousserait dans le terrain si l'on arrêtait l'entretien.
Un jardin dont le principe ne serait que de sculpter les écosystèmes locaux émis sans volonté expresse humaine.
Sculpter le terroir. Se reconnecter avec la logique du territoire. Savoir recevoir l'authenticité de la terre. Avoir l'humilité de s'accorder à son essence, à ses essences.
Un bout de haie ? Bien. Abandonner une bande de terrain. N'y rien faire. Rien. Pendant des années.
Si. Tout de même, j'oubliais, c'est un jardin. C'est la règle du jeu. Le compromis avec la nature est recherché. Couper seulement ce qui dépasse du volume défini. Regarder pousser les ronces et puis couic ! Moins de 1,5 m, avez-vous dit ? Soit, va pour 1,5 m. C'est déjà inouï, inespéré, un long pavé de ronces
de 150 cm de côté.
Bien d'autres essences tenteront leur chance. Ici, les frênes prendront le meilleur départ. Là, les prunelliers domineront. Là bas, les cornouillers sanguins déborderont.
A chaque fois, la complexité, la richesse du patrimoine vivant local se reconstitueront devant vos yeux. Vous aurez à transmettre à vos descendants un espace plein de sens, en harmonie avec la terre, qu'ils verront eux-mêmes évoluer, dont la richesse continuera à se dévoiler.
Que recherchent ceux qui fuient le béton et l'agencement artificiel des espaces verts urbains où l'illusion de domination ostentatoire écrase du talon toute idée de nature ?
S'ils viennent pour en retrouver l’authenticité pourquoi s'empressent-ils d'y éradiquer tout ce qui en faisait la typicité pour n'y mettre que de l'artificiel, de l'exotique, de l'hybride fluorescent ou du transgénique à bandes spiralées et pompons rouges à crochets du Caucase oriental ?
Mmmh... Je ne comprendrai jamais... Je dois être un extrémiste.
La Pie-grièche écorcheur, ce passereau trapu ambitionnant la glorieuse condition de rapace de poche est typiquement l'oiseau lié aux haies champêtres autrefois si banales. Tout comme les prairies extensives qu'elles ceinturaient.
Cette toile de fond du paysage campagnard a pratiquement disparu aujourd'hui de certaines régions et partout elle est malmenée, remplacée par de la monoculture intensive à perte de vue, de la zone industrielle déprimante mais aussi du lotissement aseptisé et ses jardins artificiels clonés à l'infini (1).
Du coup, les effectifs de la pauvre bête se sont effondrés. C'est encore pire pour ses cousines (Pie-grièche grise et Pie-grièche à tête rousse) qui sont globalement devenues rarissimes en France.
Voici un croquis d'après nature d'un individu migrateur en halte près de chez moi (l'illustration ne fera pas date mais c'était une occasion rare de la dessiner. Je n'ai pas eu le temps de tergiverser ni de recommencer).
Pour finir sur une note positive, les solutions ne manquent pas. Chaque paysage décrit ci-avant (1) prendrait une autre allure et un autre intérêt pour la biodiversité si on ne faisait pas l'effort d'y gommer toutes les espèces autochtones. Une petite poignée de principes suffirait à rendre ces zones attractives pour la vie sauvage.
Est-ce que 150 m de haie champêtre autour d'un jardin de banlieue suffisent au retour de la Pie-grièche écorcheur ? Probablement pas, il faut un peu d'espace à la belle. Mais il faut bien commencer un jour et une foule de bestioles tout aussi fascinantes profiteront de l'aubaine. Et pour n'avoir plus conscience du foisonnement de la vie dans des paysages tels que le bocage, nous peinons à imaginer ce que des initiatives positives de la sorte, cumulées, pourraient avoir comme résultat. Et je vous fais grâce ici, du discours sur la fauche tardive, souvent évoquée dans ce blog.
Dans le Morvan, alors que j'étais en vacances dans un gîte, j'ai vu depuis la cuisine, une Pie-grièche écorcheur se poster sur la haie (champêtre, forcément) qui bordait le jardin. Vous voyez, on ne sait jamais.
Faut y croire et se dépêcher d'agir.
Guillaume.
Une sorte de suite : Buissonnons - 2 - Une vraie friche dans le jardin.
Proposition pour de futurs travaux pratiques.
Ne plus chercher la solution en commissions.
Passer à l'action : notre but, notre mission.
Nous aimons nous lancer dans de nouvelles aventures. Nous peinons un peu à les terminer (si l'on peut considérer que des aventures se terminent un jour...). Mais je tiens à préciser que nous ne lâchons pas le morceau !
C'est comme le dessin. Le plus jouissif, c'est l'esquisse, les premiers jets, les débuts prometteurs.
Après tout, nous sommes dans l'esprit. Ce blog a été conçu pour une bonne part comme un prétexte pour dessiner...
Donc, nouvelle série d'articles pour ouvrir la porte des rêves. Les plus fous et surtout les plus foutraques.
Le blog foutraque et instructif sur la biodiversité, c'est bien ici.
Faisons l'école buissonnière, donc, mais dans le sens le plus littéral possible.
Buissonnons ensemble, voulez-vous?
Est-ce seulement possible ? Pourrait-on en voir, ne serait-ce qu'un seul ?
Un jardin qui ne consisterait qu'en un agencement subtil de ce que la nature proposerait spontanément aux alentours immédiats voire même de ce qui pousserait dans le terrain si l'on arrêtait l'entretien.
Un jardin dont le principe ne serait que de sculpter les écosystèmes locaux émis sans volonté expresse humaine.
Sculpter le terroir. Se reconnecter avec la logique du territoire. Savoir recevoir l'authenticité de la terre. Avoir l'humilité de s'accorder à son essence, à ses essences.
![]() |
| Une haie arborée gratuite dans 35 ans si vous résistez à la taille des bordures de votre limite de terrain. |
Si. Tout de même, j'oubliais, c'est un jardin. C'est la règle du jeu. Le compromis avec la nature est recherché. Couper seulement ce qui dépasse du volume défini. Regarder pousser les ronces et puis couic ! Moins de 1,5 m, avez-vous dit ? Soit, va pour 1,5 m. C'est déjà inouï, inespéré, un long pavé de ronces
de 150 cm de côté.
Bien d'autres essences tenteront leur chance. Ici, les frênes prendront le meilleur départ. Là, les prunelliers domineront. Là bas, les cornouillers sanguins déborderont.
A chaque fois, la complexité, la richesse du patrimoine vivant local se reconstitueront devant vos yeux. Vous aurez à transmettre à vos descendants un espace plein de sens, en harmonie avec la terre, qu'ils verront eux-mêmes évoluer, dont la richesse continuera à se dévoiler.
Que recherchent ceux qui fuient le béton et l'agencement artificiel des espaces verts urbains où l'illusion de domination ostentatoire écrase du talon toute idée de nature ?
S'ils viennent pour en retrouver l’authenticité pourquoi s'empressent-ils d'y éradiquer tout ce qui en faisait la typicité pour n'y mettre que de l'artificiel, de l'exotique, de l'hybride fluorescent ou du transgénique à bandes spiralées et pompons rouges à crochets du Caucase oriental ?
Mmmh... Je ne comprendrai jamais... Je dois être un extrémiste.
La Pie-grièche écorcheur, ce passereau trapu ambitionnant la glorieuse condition de rapace de poche est typiquement l'oiseau lié aux haies champêtres autrefois si banales. Tout comme les prairies extensives qu'elles ceinturaient.
Cette toile de fond du paysage campagnard a pratiquement disparu aujourd'hui de certaines régions et partout elle est malmenée, remplacée par de la monoculture intensive à perte de vue, de la zone industrielle déprimante mais aussi du lotissement aseptisé et ses jardins artificiels clonés à l'infini (1).
Du coup, les effectifs de la pauvre bête se sont effondrés. C'est encore pire pour ses cousines (Pie-grièche grise et Pie-grièche à tête rousse) qui sont globalement devenues rarissimes en France.
Voici un croquis d'après nature d'un individu migrateur en halte près de chez moi (l'illustration ne fera pas date mais c'était une occasion rare de la dessiner. Je n'ai pas eu le temps de tergiverser ni de recommencer).
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| Pie-grièche grise (Lanius excubitor) |
Pour finir sur une note positive, les solutions ne manquent pas. Chaque paysage décrit ci-avant (1) prendrait une autre allure et un autre intérêt pour la biodiversité si on ne faisait pas l'effort d'y gommer toutes les espèces autochtones. Une petite poignée de principes suffirait à rendre ces zones attractives pour la vie sauvage.
Est-ce que 150 m de haie champêtre autour d'un jardin de banlieue suffisent au retour de la Pie-grièche écorcheur ? Probablement pas, il faut un peu d'espace à la belle. Mais il faut bien commencer un jour et une foule de bestioles tout aussi fascinantes profiteront de l'aubaine. Et pour n'avoir plus conscience du foisonnement de la vie dans des paysages tels que le bocage, nous peinons à imaginer ce que des initiatives positives de la sorte, cumulées, pourraient avoir comme résultat. Et je vous fais grâce ici, du discours sur la fauche tardive, souvent évoquée dans ce blog.
Dans le Morvan, alors que j'étais en vacances dans un gîte, j'ai vu depuis la cuisine, une Pie-grièche écorcheur se poster sur la haie (champêtre, forcément) qui bordait le jardin. Vous voyez, on ne sait jamais.
Faut y croire et se dépêcher d'agir.
Guillaume.
Une sorte de suite : Buissonnons - 2 - Une vraie friche dans le jardin.
jeudi 25 octobre 2012
Aujourd'hui, on réinvente l'eau chaude.
![]() |
| Vieil arbre, Étang de la Mer Rouge, Brenne, 2011. |
Il existe des mécaniciens de la nature. Ils essayent de restaurer ce que d'autres ont détruit ou ils détournent à leur profit certaines propriétés des écosystèmes. Les plus sages d'entre eux se contentent souvent de laisser la nature agir ou se réparer toute seule. Parfois, ils se servent d'elle pour des tâches que la technologie tente imparfaitement d'accomplir (épurer l'eau, par exemple). Leur discipline, c’est le génie écologique.
On peut mettre à leur crédit un certain nombre de réussites.
A condition de ne faucher qu'une fois l'an et de ramasser les fauches, on peut, au bout de quelques années (oui, tout de même), récupérer une prairie relativement diversifiée (Y compris dans les jardins. OUI ! MÊME LE VÔTRE !) là où les tontes hebdomadaires avaient régné durant trop longtemps.
On peut replanter des haies (AVEC DES VÉGÉTAUX SAUVAGES LOCAUX ! Y compris dans les jardins. OUI ! MÊME LE VÔTRE !) Même si une haie poussera toute seule sur une bande jamais entretenue...
Grâce au pâturage mais aussi avec de puissants engins mécaniques, on restaure des zones humides que les végétaux en développement avaient asséchées. On peut encore re-profiler les berges, re-creuser des mares comblées, etc. Y compris dans les jardins. Mais pas forcément tous... On réhabilite même des carrières !!
Bref, on peut restaurer des tas d'écosystèmes variés favorables à une riche biodiversité... Le résultat n'est pas toujours à la hauteur de la situation antérieure aux dégradations mais ne broyons pas du noir, c'est plutôt encourageant. Si on le lui permet, la Nature revient très vite. Il suffit de constater la vitesse de colonisation d'une terre nue par les végétaux sauvages...
Seulement parfois, ça coince. Il est désormais temps d'enfoncer une porte ouverte. Quand on abat un vieil arbre, les ingénieurs ont beau tourner le problème dans tous les sens, il n'y a pas de solution de remplacement.
Le chêne d'à peine 100 à 200 ans (car il y a bien plus vieux), celui qui présente à la fois un gros volume de bois sain et un gros volume de bois mort avec pour chaque catégorie un cortège de faune spécifique (probablement plus de 1000 espèces d'arthropodes sur les essences de chênes européens), celui-ci est irremplaçable.
On ne sait pas planter de vieux arbres. C'est ridicule à dire mais j'ose prétendre qu'il faut le rappeler.
Guillaume.
PS: une dernière porte ouverte enfoncée pour la route : le plus simple serait de ne pas détruire !
Dans la salle et derrière les écrans, des "Oh !" et des "Ah!" admiratifs. "Lumineux ! Oh, la belle bleue ! Époustouflant ! Quelle sagesse !"
Le rédacteur : "Merci, stop, n'en jetez plus !"
jeudi 15 mars 2012
Ça y est ! Elles reviennent ! Ahhhrg ! Noooonnn !!
Et si !
Z'étiez pourtant prévenus. On l'avait prédit l'année dernière ! Ben, oui, fallait lire le blog !
Allez, dernière chance avant la prochaine:
Le retour de l'attaque de la mort qui tue, XXIII. (Et que c'en est même carrément plus qu'affreux, au point qu'on dit que c'en devient épouvantable !)
L'attaque qui tue pas trop, en fait ! Le retour...
Ah, ce bon vieux Tronçonnator...
Z'étiez pourtant prévenus. On l'avait prédit l'année dernière ! Ben, oui, fallait lire le blog !
Allez, dernière chance avant la prochaine:
Le retour de l'attaque de la mort qui tue, XXIII. (Et que c'en est même carrément plus qu'affreux, au point qu'on dit que c'en devient épouvantable !)
L'attaque qui tue pas trop, en fait ! Le retour...
Ah, ce bon vieux Tronçonnator...
mercredi 8 février 2012
Le soutien psychologique de Jean Henri Fabre.
Comme le disait le percutant maître thaïlandais du 8° siècle Kim Khi Kogn, "la puissance dévastatrice du "qu'en dira-t-on ?" peut annihiler tout projet non conforme aux règles du troupeau".
Même si ce projet est frappé au coin du bon sens.
Bon, vous avez tout lu Freud et un Retour aux sources. Et vous avez appliqué les consignes à la lettre. Je m'entends, celles du blog, hein?
Vous n'êtes pas peu fier de votre jardin qui concentre dans un espace contraint un panel exhaustif de techniques favorables à la biodiversité. Vous vous êtes émerveillés des mauves sylvestres, des vipérines, des coquelicots et des compagnons blancs, toutes fleurs sauvages, qui ont poussé librement. Certes, un peu seul pour l'instant car vous n'avez pas encore convaincu vos voisins. Certes aussi, vous vous êtes un peu vexé quand cet ingrat de Demi-deuil, dont la chenille s'était développée sur VOS graminées sauvages et spontanées, s'en est allé butiner les asters horticoles du voisin qui rase sa pelouse avec l’assiduité du coiffeur d'un monastère de moines bouddhistes.
Re-certes, alors que vous aviez respectueusement préservé de la fauche une parcelle (1) refuge d'herbes sèches pour l'hiver, vous n'avez pas apprécié la remarque désobligeante de ce même voisin quant à l'esthétique douteuse de votre "bout de friche", selon sa propre expression.
Ahhrrrg !! Et puis re-re-certes, vous avez tenté de le contredire mais avant d'articuler 2 mots, vos lèvres se sont figées à la vue de ce spectacle déconcertant. "Ce qu'elles peuvent être sèches ces plantes ! Et grisâtres ou marronnasses avec ça ! Comment y voir une quelconque beauté ?", avez vous ruminé intérieurement.
Ah ! Malheureux ! Votre foi vacille. La pression sournoise du "qu'en dira-t-on ?" menace les fondements de votre engagement en faveur de la nature.
Il vous faut une assistance psychologique de toute urgence. Sinon, vous risquez de mettre un terme à toutes vos initiatives de gestion innovantes, pleines de sagesse pour suivre les règles absurdes du troupeau.
Alors, écoutez ! J'ai cinq minutes, là. Si vous voulez, je vous prends en consultation exceptionnelle. Bon, d'accord, allongez-vous sur le divan.
Je vous propose une attaque rhétorique coordonnée selon les trois mouvements du désormais illustre et fulgurant maître laotien du 9° siècle Kim Ki K'ogn :
Esquive.
On ne peut pas contrer une attaque sur l'esthétique frontalement. C'est bien connu, les goûts et les couleurs ne se discutent pas. Ceci dit, si esthétique et biodiversité sont deux notions différentes, elles ne sont pas antagonistes non plus ! Du coup, vous allez changer le niveau de votre regard. Changez d'échelle. Accroupissez-vous. Et regardez de plus près.
De taille.
Au début, vous ne verrez rien de spécial mais si vous attendez quelques secondes vous découvrirez dans votre parcelle refuge une diversité de formes largement supérieure à celle du billard vert et désertique de votre cher voisin. S'il n'y a plus ni les fleurs ni les arthropodes bariolés de la belle saison, il reste surement une belle diversité de graines, de feuilles, d'ombelles, de fruits.
Votre voisin ne goûte pas le charme d'une sommité sèche de carotte sauvage ou de tanaisie, pourtant germes d'une prochaine floraison aussi belle et naturelle que gratuite ? Et bien, ce n'est pas grave ! Car les petites bestioles ne sont pas en reste. Elles ont laissé pour vous derrière elles des traces riches d'historiettes parfois bouleversantes. Cherchez bien et découvrez alors des cocons, des chrysalides, des urnes, des amphores, des toiles dans lesquelles la vie palpite encore.
D'estoc.
Votre voisin n'est pas impressionné par ces boîtes sèches. Bon, c'est sûr, il s'en tient une sacrée couche ! Mais comme le proférait le sagace et vénéré maître birman du 7° siècle Kimki Khogn : "qu'importe de convaincre les convaincus !"
Persévérez-donc : votre dernière attaque vise au cœur. Prenez-le par les sentiments. Émerveillez-le avec un récit plus fort que son imagination ne peut en concevoir. Révélez-lui les secrets et l'intimité d'une amphore d'Eumenes sp. en une trilogie d'apothéose. Des mouvements de Tai-chi-chuan sont les bienvenus pour accompagner votre démonstration et la doter d'un impact supérieur.
Acte 1 - une technique ébouriffante :
Décrivez le génie bâtisseur de cette femelle d'hyménoptère qui élabore une petite capsule parfois appelée amphore ou urne incroyablement résistante, à l'aide d'un mortier composée de terre poudreuse, de grains de quartz ou d'autres matériaux aux reflets scintillants. Précisez que la pauvre bête amalgame le tout à l'aide de sa seule salive. Laissez observer la belle régularité de la capsule souvent munie d'un superbe goulot.
Acte 2 - chasse implacable et amour maternel :
Vantez le mérite de cette femelle bâtisseuse, mère courage, qui va ensuite capturer et paralyser une quinzaine de petites chenilles qu'elle placera sans les tuer dans l'amphore. Elle y pondra un œuf dont la
larve sortira plus tard.
Acte 3 - psychodrame horrifique (censuré aux moins de 16 ans) :
La petite larve avec son minois angélique et son air innocent va tout bonnement dévorer toutes crues les chenilles agitées de spasmes sous l'effet des morsures. Suspendue au sommet du dôme intérieur via une sorte de gaine de soie télescopique, elle fond sur ses pauvres victimes comme un couteau de cuisine sur un excellent boudin. Sans grand courage, elle s'en dégage dès que la véhémence de leurs réactions s'amplifie.
En temps voulu, l'année suivante, elle reproduira les mêmes supplices auprès d'autres malheureuses.
Mais bon, faut savoir ce que l'on veut ! Ces petites chenilles auraient tout aussi bien pu grignoter vos salades. Alors autant avaler les miennes car la nature est décidément bien faite. Cela vous évitera une aspersion de produits biocides...
Si votre retors voisin bouge encore à ce stade de votre récit, c'est que vous ne l'avez pas assez frappé. Dans le cas où vous auriez fait montre d'un sang-froid en tous points extraordinaire, en lui épargnant vos uppercuts, vous pouvez encore légitimement tenter de lui faire lire de force le récit détaillé suivant.
En effet, je n'aurais pas osé risquer de platement et vainement paraphraser cette figure tutélaire de l’éthologie et de l'entomologie, Jean Henri Fabre ; je me suis contenté d'esquisser rapidement le cycle de vie de la bestiole sus-citée.
Si votre voisin ne cède pas après cette lecture, s'il n'est pas contraint de poser le genou à terre en signe de soumission face au génie de la nature, changez de voisin !
Mais vous, vous n'allez pas céder ! Vous allez continuer !
La nature vous remercie !
C'est dans la boîte.
Même si ce projet est frappé au coin du bon sens.
Bon, vous avez tout lu Freud et un Retour aux sources. Et vous avez appliqué les consignes à la lettre. Je m'entends, celles du blog, hein?
Vous n'êtes pas peu fier de votre jardin qui concentre dans un espace contraint un panel exhaustif de techniques favorables à la biodiversité. Vous vous êtes émerveillés des mauves sylvestres, des vipérines, des coquelicots et des compagnons blancs, toutes fleurs sauvages, qui ont poussé librement. Certes, un peu seul pour l'instant car vous n'avez pas encore convaincu vos voisins. Certes aussi, vous vous êtes un peu vexé quand cet ingrat de Demi-deuil, dont la chenille s'était développée sur VOS graminées sauvages et spontanées, s'en est allé butiner les asters horticoles du voisin qui rase sa pelouse avec l’assiduité du coiffeur d'un monastère de moines bouddhistes.
Re-certes, alors que vous aviez respectueusement préservé de la fauche une parcelle (1) refuge d'herbes sèches pour l'hiver, vous n'avez pas apprécié la remarque désobligeante de ce même voisin quant à l'esthétique douteuse de votre "bout de friche", selon sa propre expression.
Ahhrrrg !! Et puis re-re-certes, vous avez tenté de le contredire mais avant d'articuler 2 mots, vos lèvres se sont figées à la vue de ce spectacle déconcertant. "Ce qu'elles peuvent être sèches ces plantes ! Et grisâtres ou marronnasses avec ça ! Comment y voir une quelconque beauté ?", avez vous ruminé intérieurement.
Ah ! Malheureux ! Votre foi vacille. La pression sournoise du "qu'en dira-t-on ?" menace les fondements de votre engagement en faveur de la nature.
Il vous faut une assistance psychologique de toute urgence. Sinon, vous risquez de mettre un terme à toutes vos initiatives de gestion innovantes, pleines de sagesse pour suivre les règles absurdes du troupeau.
Alors, écoutez ! J'ai cinq minutes, là. Si vous voulez, je vous prends en consultation exceptionnelle. Bon, d'accord, allongez-vous sur le divan.
Je vous propose une attaque rhétorique coordonnée selon les trois mouvements du désormais illustre et fulgurant maître laotien du 9° siècle Kim Ki K'ogn :
Esquive.
On ne peut pas contrer une attaque sur l'esthétique frontalement. C'est bien connu, les goûts et les couleurs ne se discutent pas. Ceci dit, si esthétique et biodiversité sont deux notions différentes, elles ne sont pas antagonistes non plus ! Du coup, vous allez changer le niveau de votre regard. Changez d'échelle. Accroupissez-vous. Et regardez de plus près.
De taille.
Au début, vous ne verrez rien de spécial mais si vous attendez quelques secondes vous découvrirez dans votre parcelle refuge une diversité de formes largement supérieure à celle du billard vert et désertique de votre cher voisin. S'il n'y a plus ni les fleurs ni les arthropodes bariolés de la belle saison, il reste surement une belle diversité de graines, de feuilles, d'ombelles, de fruits.
Votre voisin ne goûte pas le charme d'une sommité sèche de carotte sauvage ou de tanaisie, pourtant germes d'une prochaine floraison aussi belle et naturelle que gratuite ? Et bien, ce n'est pas grave ! Car les petites bestioles ne sont pas en reste. Elles ont laissé pour vous derrière elles des traces riches d'historiettes parfois bouleversantes. Cherchez bien et découvrez alors des cocons, des chrysalides, des urnes, des amphores, des toiles dans lesquelles la vie palpite encore.
D'estoc.
Votre voisin n'est pas impressionné par ces boîtes sèches. Bon, c'est sûr, il s'en tient une sacrée couche ! Mais comme le proférait le sagace et vénéré maître birman du 7° siècle Kimki Khogn : "qu'importe de convaincre les convaincus !"
Persévérez-donc : votre dernière attaque vise au cœur. Prenez-le par les sentiments. Émerveillez-le avec un récit plus fort que son imagination ne peut en concevoir. Révélez-lui les secrets et l'intimité d'une amphore d'Eumenes sp. en une trilogie d'apothéose. Des mouvements de Tai-chi-chuan sont les bienvenus pour accompagner votre démonstration et la doter d'un impact supérieur.
Acte 1 - une technique ébouriffante :Décrivez le génie bâtisseur de cette femelle d'hyménoptère qui élabore une petite capsule parfois appelée amphore ou urne incroyablement résistante, à l'aide d'un mortier composée de terre poudreuse, de grains de quartz ou d'autres matériaux aux reflets scintillants. Précisez que la pauvre bête amalgame le tout à l'aide de sa seule salive. Laissez observer la belle régularité de la capsule souvent munie d'un superbe goulot.
Acte 2 - chasse implacable et amour maternel :
Vantez le mérite de cette femelle bâtisseuse, mère courage, qui va ensuite capturer et paralyser une quinzaine de petites chenilles qu'elle placera sans les tuer dans l'amphore. Elle y pondra un œuf dont la
larve sortira plus tard.
Acte 3 - psychodrame horrifique (censuré aux moins de 16 ans) :
La petite larve avec son minois angélique et son air innocent va tout bonnement dévorer toutes crues les chenilles agitées de spasmes sous l'effet des morsures. Suspendue au sommet du dôme intérieur via une sorte de gaine de soie télescopique, elle fond sur ses pauvres victimes comme un couteau de cuisine sur un excellent boudin. Sans grand courage, elle s'en dégage dès que la véhémence de leurs réactions s'amplifie.
En temps voulu, l'année suivante, elle reproduira les mêmes supplices auprès d'autres malheureuses.
Mais bon, faut savoir ce que l'on veut ! Ces petites chenilles auraient tout aussi bien pu grignoter vos salades. Alors autant avaler les miennes car la nature est décidément bien faite. Cela vous évitera une aspersion de produits biocides...
Si votre retors voisin bouge encore à ce stade de votre récit, c'est que vous ne l'avez pas assez frappé. Dans le cas où vous auriez fait montre d'un sang-froid en tous points extraordinaire, en lui épargnant vos uppercuts, vous pouvez encore légitimement tenter de lui faire lire de force le récit détaillé suivant.
En effet, je n'aurais pas osé risquer de platement et vainement paraphraser cette figure tutélaire de l’éthologie et de l'entomologie, Jean Henri Fabre ; je me suis contenté d'esquisser rapidement le cycle de vie de la bestiole sus-citée.
Si votre voisin ne cède pas après cette lecture, s'il n'est pas contraint de poser le genou à terre en signe de soumission face au génie de la nature, changez de voisin !
Mais vous, vous n'allez pas céder ! Vous allez continuer !
La nature vous remercie !
C'est dans la boîte.
mardi 7 février 2012
Rappel de saison !
Je reconnais bien volontiers que réhabiliter les vieux articles soulage le rédacteur du blog.
En même temps, il faut avouer que cette série d'articles tombe à pic par ces temps de grand froid. On s'était donné du mal pour les concevoir même si le ton est plus docte qu'à l'accoutumée.
Bref. Faut-il nourrir les animaux en hiver ? Eh bien, ce n'est pas si simple. La réponse ne coule pas de source et la question n'est peut-être même pas la bonne...
De quels animaux parle-t-on ?
Si on nourrit, comment fait-on ?
Vos commentaires sont les bienvenus. Bonnes lectures.
Guillaume.
En même temps, il faut avouer que cette série d'articles tombe à pic par ces temps de grand froid. On s'était donné du mal pour les concevoir même si le ton est plus docte qu'à l'accoutumée.
Bref. Faut-il nourrir les animaux en hiver ? Eh bien, ce n'est pas si simple. La réponse ne coule pas de source et la question n'est peut-être même pas la bonne...
De quels animaux parle-t-on ?
Si on nourrit, comment fait-on ?
Vos commentaires sont les bienvenus. Bonnes lectures.
Guillaume.
dimanche 1 mai 2011
Savoir utiliser la Nature
Le titre de ce blog aurait pu être "La Nature fait très bien les choses" tant on se plait à le répéter ici. Cet article n'y fera pas exception.
Aussi, après les épisodes sur le Lierre et ses avantages, sur les Berces et leurs hôtes, sur le recyclage des déchets verts au jardin, sur l'arbre anti-cancer, sur les services écosystémiques, etc., j'ai aujourd'hui envie d'évoquer la façon dont on peut utiliser le végétal pour rendre nos routes plus naturelles, sans nuire toutefois à la sécurité de leurs usagers.
Les routes ??? Quelle est cette nouvelle lubie, me direz-vous ?
Avant d'attaquer dans le vif du sujet, laissez-moi donc vous conduire pour une petite balade introductive.
Les savants racontent que la destruction et/ou la fragmentation des milieux naturels constituent aujourd'hui la première cause d'érosion de la biodiversité dans le monde. Les routes et les lignes de chemin de fer qui maillent nos paysages jouent évidemment un rôle crucial dans ces mécanismes de fragmentation : elles découpent de grands ensembles agricoles ou naturels en tout petits morceaux au sein desquels certaines espèces se retrouvent comme piégées parce qu'incapables de traverser les voies. Leurs effectifs déclinent alors lentement sous l'effet de mécanismes démographiques ou génétiques et c'est bientôt l'extinction.
Dans certains secteurs, pourtant, les routes ou les lignes de chemin de fer jouent un rôle étonnamment positif. Dans les grandes plaines où sont cultivées des céréales de manière très intensive, elles peuvent favoriser le déplacement d'espèces mal adaptées à ce type de pratiques. Ces dernières n'empruntent évidemment pas la voiture ou le train, non. Elles utilisent les accotements, ces espaces en herbe que l'on remarque à peine, entre le bitume et le champs, et qui, je vous l'assure, valent franchement la peine de s'y arrêter quelques instants.
Allez, on y va ? Vous me suivez ?
Vous avez peut-être remarqué une légère modification du paysage autour de chez vous, ces dernières années, ou ces derniers mois. Quelque chose de bizarre, un peu comme si un pinceau avait semé des tâches de couleur sur le bord de vos voies de circulation favorites. On dirait que l'herbe est également plus haute... D'aucuns pensent que cela fait "sale", "mal entretenu". D'autres, comme vous, peut-être, sont tombés sous le charme. Comment ce changement est-il arrivé ? Que s'est-il passé ?
Il était une fois, un agent d'entretien de la route qui faisait son travail avec entrain. Dès les premiers signes du printemps, il sortait son épareuse pour avaler des kilomètres d'herbe folle sur les accotements dont il avait à charge la gestion. C'était un dur labeur, surtout quand il faisait chaud. C'était également dangereux, parfois, quand les véhicules lancés à toute allure sur la route départementale le frôlaient dans un vacarme assourdissant. Et pourtant, le scrupuleux agent d'entretien tenait bon : il accomplissait sa mission jusqu'au bout, et ce, plusieurs fois par an, parce que c'était une mission cruciale pour la société. Tellement cruciale qu'il en rêvait parfois la nuit.
Chaque matin avant d'entamer sa bordure, le minutieux agent d'entretien avait coutume de vérifier le bon fonctionnement de sa machine. Mais ce jour là, à l'orée d'un village, quelqu'un vint perturber son rituel. C'était un jeune écolier, apparu d'on ne sait où. Posé là, figé au bord de la route, il lui lançait un regard pesant qui le rendait mal à l'aise.
"Pourquoi tu fais ça ? avait-il demandé.
- Parce que c'est mon travail, avait répondu l'agent d'entretien consciencieux.
- Oui, mais pourquoi faut-il faire ce travail ? Quel est l'intérêt de s'entêter à couper de l'herbe que personne ne regarde tant elle est nue, fade et jaune ? Quel est l'intérêt d'effacer quelque chose qui s'entête à revenir ? Pourquoi ne pas lui laisser une chance de s'exprimer ?
- ..."
Avant que l'agent d'entretien ne trouve une réponse, le petit bonhomme était parti. L'agent d'entretien soigneux se gratta la tête, perplexe. La nuit suivante, il eut du mal à s'endormir. Une question le taraudait : "pourquoi tu fais ça ?" Il n'avait pas de réponse entièrement satisfaisante.
Pour la sécurité des usagers ? Bien sûr, il était important de laisser une bande de sécurité bien entretenue pour qu'un véhicule en détresse puisse se garer. Ou dans les virages, pour que l'on puisse voir au loin. Mais pourquoi faucher toute la largeur de l'accotement ? Une bande d'un à deux mètres suffisait largement !
Pour la beauté du paysage ? C'est vrai que les accotements étaient bien nets après le passage de son tracteur. Il n'y avait pas un brin d'herbe qui dépassait. C'était du beau boulot ! On aurait pu jouer au golf sur le bord de la route... si ce n'était pas aussi dangereux, bien sûr ! En revanche, c'était un peu tristounet. Un peu plat.
Après quelques jours, l'agent d'entretien prit une grande résolution. Il décida d'oublier de passer son épareuse sur un tout petit coin de route, à l'abri des regards. Il attendit la fin du printemps, puis l'été. Il souhaitait laisser à l'herbe "une chance de s'exprimer", comme le lui avait conseillé le garçon. Bien lui en prit : un beau jour, en plein été, il comprit enfin ce qu'elle voulait lui dire en s'acharnant à pousser derrière son tracteur : elle lui avait laissé un message. Un message tout de fleurs tressé. Un message multicolore, chatoyant, ondulant. Un message qui signifiait "et si nous travaillions ensemble pour rendre la route plus belle ?"
Il accepta.
Et bientôt, bourdons, papillons, syrphes, tachninides, chrysides, thomises, criocères (*) s'en vinrent animer les corolles des fleurs de leurs allées et venues. Et avec eux vinrent des oiseaux, des chauves-souris, des petits mammifères, des lézards ou encore des grenouilles, tout contents de trouver là un endroit où vivre, ou simplement un espace leur permettant de se déplacer en toute sûreté de leurs lieux d'alimentation vers leurs sites de reproduction.
Et c'est ainsi que la route entretenue par le méticuleux agent d'entretien passa du statut d'horrible élément fragmentant le paysage au statut de corridor écologique pour la faune et la flore.
Et pour ne rien gâter, les bords de route égayaient le paysage monotone de la campagne environnante, pour le plus grand plaisir des automobilistes. Quel surprenant coup de théâtre !
Et que devint l'agent d'entretien ? On dit qu'il continua de travailler avec la nature et qu'il eut encore de nombreuses idées pour faire de la route un mariage de sécurité et d'enchantement pour l'œil. Mais ceci est une autre histoire...
(*) pour savoir à quoi correspondent ces noms barbares, allez flâner dans les articles de Guillaume, sur ce même blog ! ;-)
Libellés :
fauche tardive
lundi 28 mars 2011
Le retour de l'attaque de la mort qui tue, XXIII. (Et que c'en est même carrément plus qu'affreux, au point qu'on dit que c'en devient épouvantable !)
| AAARRRGGGHH !! Elles arrivent ! C'est affreux, on y passera tous ! |
Après "l'attaque de la moussaka géante", "le retour des daltons morts-vivants", "la malédiction du baladeur mp3 tueur" et "la conspiration des édredons étouffeurs", la dernière bobine du célèbre réalisateur de films d'épouvante, Dario Desargento, déboule dans les bacs directement en DVD.
Votre serviteur s'est fendu d'une enquête digne des plus grands journalistes pour vous dénicher en exclusivité et en avant-première le synopsis (nous avons donc un mot pour dire pitch!) tenu secret de ce nouveau monument du cinéma, en route pour révolutionner le 7ème art :
| Vipérine : trop moche ! |
Leur nom : adventices."
Ces plantes sont très très méchantes parce que le printemps de retour, elles osent pousser sans notre aide, hors de notre obligatoire contrôle. Toute personne non dénuée du bon sens le plus élémentaire comprend le risque et le danger incommensurable que ces plantes font courir à notre survie : tremblez un peu en regardant avec effroi cette Véronique de Perse tentant d'engloutir le trottoir !
Pourtant, ce film me fait plutôt sourire comme toute bonne série Z qui se respecte. Ce n'est pas mon cauchemar. Ce serait plutôt celui de ceux qui emploient, sur les espaces verts, les jardins, soi-disant pour faire "joli" ou "propre" (étrange choix d'adjectifs), des produits chimiques mais aussi, il faut oser le dire de ceux, certes bien moins néfastes, qui s'épuisent à les éradiquer sans cesse par d'autres moyens mécaniques.
La binette est un bien bel objet. Elle est écologique et son utilisation nous oblige à pratiquer une activité physique qui fait tant défaut à nos vies sédentaires. Au potager, elle se justifie pleinement pour épargner une concurrence trop rude à nos légumes (n'oublions pas le paillage).
Mais ailleurs, est-ce vraiment la peine de s'acharner ? Toutes les plantes dont je parle aujourd'hui ne sont pas des arbustes pérennes. Il s'agit seulement de plantes annuelles. Une seule coupe par an, là où elles poussent empêchera le développement d'une flore plus robuste, ligneuse, par la suite. Il n'y a donc aucun risque en procédant de la sorte que nous soyons envahis par les végétaux de façon problématique ou irréversible.
Pensez un peu à cela : le fauchage unique annuel pratiqué dans les prairies autrefois créait un milieu composé de fleurs et graminées mais sans aucun arbuste. Je répète : aucun arbuste, une seule coupe. Et l'exportation répétée tous les ans de la fauche pour le fourrage ou la litière des bêtes empêchait le sol de trop s'enrichir (les végétaux coupés laissés au sol constituent un engrais azoté) et donc la flore de s'appauvrir et de se banaliser. L'exportation répétée tous les ans provoque une diversification importante de la flore sauvage.
Du coup, ne pourrions-nous pas envisager de patienter, au moins sur un coin du jardin, un bord de route, pour voir quelle tête ont donc ces créatures de l'enfer. Ces abominations que nous pensions devoir éradiquer?
Si vous êtes malins, le début de l'automne est une date judicieuse pour couper, faucher, tailler. Car les jours qui suivent ne verront pas les plantes repousser.
Mais pour plus de diversité, on peut aussi diviser l'espace et ne pas tout faucher en même temps, certains sols étant plus favorables à la floraison des espèces d'une saison donnée. Enfin, une masse d'insectes vous remercieront d'avoir laissé leurs larves intactes durant l'hiver sur une parcelle refuge.
Laissez un peu pousser, observez, apprenez...
Un jour, peut-être, les fleurs sauvages constitueront l'intérêt principal de nos jardins et nous les attendrons avec impatience en espérant en découvrir de nouvelles chaque année, comme les papillons qu'elles nourrissent...
Un jour, peut-être...
![]() | |
| L'horreur a un nom. Et c'est... Véronique ! Émergeant ici parmi d'autres monstruosités : les cardamines hérissées. Rien que le nom fait frissonner... |
mercredi 3 novembre 2010
Des herbes hautes ? C'est du propre !
"Laisser pousser l'herbe dans mon jardin, dans les espaces verts publics ou sur les bords de route ? Quelle drôle d'idée ! Mais pour quoi faire ?
Bon, c'est vrai que c'est joli au cinéma ou à la télé. D'ailleurs, j'aime beaucoup les paysages des films qui parlent de grands espaces sauvages, comme "Danse avec les loups" ou "l'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux", mais je ne sais pas trop pourquoi, près de chez moi (ou pire, chez moi), c'est pas pareil... Les herbes hautes, je trouve que ça fait sale..."
Voilà un discours que l'on entend fréquemment lorsque l'on aborde le sujet épineux de la Nature en ville et de la fauche tardive en particulier. Je me suis souvent posé la question : pourquoi cette méfiance vis à vis des hautes herbes ? Comme mon camarade Guillaume, je suis convaincu qu'il y a là-dessous quelque chose de hautement culturel (voir son billet du 26 mai 2010), quelque chose qui remonte à fort longtemps, peut-être même à la nuit des temps.
En effet, il faut se rappeler que notre précieuse Espèce humaine n'a pas toujours eu cette place de choix en haut de la chaine alimentaire : oui, mesdames et messieurs, nous autres, humains, avons un jour été les proies de terrifiantes créatures telles que Lions, Panthères, ou encore Tigres à dent de sabre (voir la photo ci-dessous, retrouvée dans les fouilles archéologiques d'un campement préhistorique ; cliquez pour agrandir).
Ces épouvantables prédateurs n'hésitaient pas, on l'imagine, à se tapir dans les hautes herbes de la savane africaine (d'où nos ancêtres sont originaires) pour nous sauter dessus sans le moindre avertissement ! Et que dire de ces serpents venimeux, de ces scorpions, de ces araignées qui devaient également profiter de cette cachette providentielle pour mordre ou piquer le pauvre quidam imprudent ? Pas besoin de beaucoup de créativité pour se douter qu'à cette sombre époque, une balade dans les hautes herbes devait quelquefois se terminer au fin fond d'un estomac antipathique et étouffant. Sans compter ces plantes qui piquent, ces herbes qui coupent, qui brûlent, ou qui font tousser (ne les qualifie-t-on pas de "mauvaises herbes" comme si elles n'avaient qu'une envie : nous faire du mal ?)
Bref : nous avons donc appris, pendant des milliers d'années, à nous méfier des herbes hautes...
Alors quelle euphorie lorsque sont apparus faux, cisailles, sécateurs, tondeuses, coupe-bordure et autres engins de torture. Enfin il nous devenait possible de dompter cette hostile nature que nous redoutions tant ! Enfin nous pouvions la façonner selon notre bon vouloir, lui donner les formes que nous voulions, des formes rassurantes, des ronds, des carrés, et puis surtout : nous pouvions, ô joie ! ratiboiser l'herbe de manière à nous assurer qu'elle ne puisse pas dissimuler quelque maléfique prédateur ! Et c'est ainsi que sont apparus nos fameux jardins à la française, avec une Nature bien domptée, bien docile, bien géométrique, en un mot : bien propre, avec la raie au milieu, et pas un brin d'herbe qui dépasse.
Voilà donc, pour moi, la raison de notre amour pour ces gazons bien tenus, bien homogènes et bien rassurants. Bien sûr, nous continuons d'être attirés par ces grandes étendues sauvages que nous apprécions sur nos écrans, ou en vacances à la campagne. Sans doute parce qu'elles nous rappellent les moments où nous étions une espèce encore libre et sans contraintes. Mais nous avons néanmoins plus de mal à accepter cette sauvagerie trop près de chez nous... Peut-être avons-nous encore en nous, caché dans un de nos gènes, le lointain souvenir d'une gueule béante jaillissant d'une touffe d'herbes hautes.
Olivier
Complément de Guillaume: "De nos jours, les circonstances dans lesquelles nous éprouvons le contact avec la nature ont radicalement changé : la technologie (équipement, vêtements et protections corporelles), la médecine, le découpage de l'espace naturel, GPS (etc.) nous protègent dans presque toutes les configurations. Il faut donc profondément relativiser le danger représenté par la nature de nos jours. Même dans des régions tropicales plus risquées, les chercheurs n'hésitent plus à prospecter. Seules les personnes socialement défavorisées de ces contrées ou bien celles aux comportements notoirement imprudents des régions tempérées courent un risque. Or, notre volonté de contrôle sur la nature a atteint de tels extrêmes qu'elle n'a désormais quasiment plus aucun sens. Voire risque même de nous compliquer la vie à force de vouloir la détruire autour de nous. Et dans ces nouvelles conditions, ce n'est pas le retour des hautes herbes ici ou là qui ramènera cette menace. Alors, détendons-nous un peu et savourons en toute tranquillité les richesses qu'elles nous réservent."
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jeudi 27 mai 2010
Voici le mois de Mai
Houla ! Déjà le mois de Mai ! L'herbe est déjà haute : il est grand temps de ne pas tondre le jardin !
Oui-oui, ne pas tondre... Enfin, pas partout : si on laissait un petit espace de liberté à Dame Nature ? Un petit endroit où on regarderait pousser les fleurs, butiner les insectes ? Ce petit endroit pourrait-être le fond du jardin, là-bas, puisque personne n'y va jamais ?
Ça ne coûte rien (on économise même de l'énergie pour sa tondeuse et de l'huile de coude !), mais ça apporte beaucoup... Ce faisant, on laisse à la végétation le temps d'accomplir le cycle de la vie : production des fleurs, qui deviennent des fruits, qui abritent des graines, qui sont dispersées par le vent, l'eau ou les animaux, et qui deviennent des plantes. En même temps, ce cycle permet à tout un tas d'animaux de manger, de s'abriter, de batifoler... Ce serait dommage de rater tout ça, n'est-ce pas ?
Bien sûr, il n'est pas question de laisser le fond du jardin s'enfricher, hein ? Vous pourrez évidemment faucher votre prairie en fin d'été, lorsque le cycle sera bouclé, que les graines seront tombées au sol, et que tous les petits insectes se prépareront à s'abriter pour l'hiver.
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