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dimanche 19 février 2012

Rose : la couleur de la révolte ! - épisode 5 (témoin 2 : le Morosphinx)

Est-ce vraiment un colibri? Un Chardon ?
Episode 1
Episode 2
Episode 3
Episode 4

Bonjour à tous chers auditeurs !
Ici Sarah Plick pour Verte Inter. En direct et de retour au cœur du procès passionnant de Robin des champs et de ses compères et assimilés. L'ampleur médiatique du procès provoque un afflux intarissable de demandes de témoignages. Tous les insectes souhaitent donner leur version, leurs raisons de protéger leur héros à crinière rose. Il suscite une ferveur émouvante voire même déchirante ! Les animaux font  littéralement la queue pour témoigner.
Très attendue,  l'intervention poignante des abeilles s'est achevée à l'instant en tirant des larmes à l'assistance. Maya, la représentante de leur syndicat, encore puissant et respecté malgré les hécatombes actuelles, a complété en insistant sur l'importance remarquable des fleurs de chardons en raison de leur richesse en nectar. "Qui n'a pas constaté le foisonnement des abeilles autour des pieds de ces plantes en pleine floraison, n'a pas bien regardé !", a-t-elle lancé, avec un aplomb certain, ses centaines d'ommatidies vissées dans les yeux du procureur du COSAC ! Celui-ci n'a pu qu'afficher un visage blême. Entre nous, il serait à deux doigt de la dépression, murmure-t-on, dans les milieux autorisés !
Le syndicat a aussi ailleurs formulé une proposition constructive : sous réserve de trouver un apiculteur volontaire, il propose la production d'un miel de chardon que pourrait ainsi goûter le grand public. A bon entendeur !
Le juge, impatient :
"Bon sang ! Encore tous ces témoins en faveur de M. Robin des champs ! Il faut nous hâter ! Bon ! J’appelle maintenant le..."

FFFFZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZ !

Le juge, enrhumé par un bref courant d'air :
"Hein ? Mais qu'est ce que... ? Quoi ? Un colibri ?"

Robert Parcker, le Morosphinx, surexcité :
"Mais non ! Chuis pas un oiseau ! Enfin, passons, pas le temps ! J'ai pris 5 minutes pour venir témoigner malgré mon emploi du temps ministériel."

Le juge, interloqué :
"Que...? Mais enfin ! Vous n'êtes pas sur la liste !"

Robert Parcker, avec un aplomb de ministre :
"Écoutez M. le juge ! Pas le temps pour ces enfantillages. J'ai visité aujourd'hui 3738 corolles et il m'en reste encore 4025 ! Je me présente Robert PARCKER, je suis un Morosphinx ou Sphinx-colibri. Mais je préfère la dénomination scientifique Macroglossum stellatarum, soyons précis. Je suis l'auteur du fameux Bestseller "Le guide Parcker des meilleurs nectars du monde" réédité chaque année. Vous avez donc devant vous un butineur professionnel, également parmi les plus rapides d'Europe. Un chercheur, M. Heinig m'a observé alors que je butinais un parterre de violettes ; verdict : je fais du 1600 à l'heure."

Le juge, ébahi :
"Comment ? 1600 km/h ? Ne vous fichez pas de la cour ou je vous vous mets en examen pour excès de vitesse caractérisé. -12 points et radiation à vie garantis !"

Robert Parcker, l'exaspération feinte:
"Mais non, voyons ! Je butine 108 violettes à la minute soit 1600 à l'heure. Référence à trouver facilement page 17 dans le numéro 86 de la Hulotte qui m'est entièrement consacré. Hum ! Quel honneur, entre nous, n'est-ce pas ?
Bref ! Tout ça pour dire que le nectar, ça me connaît, je suis un expert. Des corolles, des fleurs, j'en ai visité plus que vous tous réunis ! J'en ai gouté des crus et des crus de nectar ! Donc, ouvrez grand vos oreilles !
Le verdict est implacable. Voyez les notes, sur 100, qui j'ai attribuées au nectar de Cirsium arvense par exemple : en 2008, 94, en 2009, 97, en 2010, 95, en 2011, 95. Pas de doute, il s'agit d'un nectar classé premier grand cru. Vous n'allez pas me le coller en prison, tout de même ! Quel affreux manque de goût cela révèlerait !"

Robin des champs, sourire niais aux lèvres :
" Hé ! Merci l'ami !"
 
Robert Parcker, l'exaspération feinte:
"Attention, je ne suis l'ami d'aucune fleur. Je tiens à garder mon indépendance critique. Ma crédibilité est en jeu. D'ailleurs, avant de partir, je tiens à défendre d'autres crus de nectar dont les fleurs sont également détruites en raison de leur ressemblance avec celles des chardons. Je pense notamment aux Bardanes et Centaurées, cousines des Cirses mais aussi à la grande Cardère. Ces méprises sont tout bonnement intolérables.
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, au revoir."

Le Morosphinx, tel un météore, file vers la sortie. Silence dans la salle. A vous les studios.


Guillaume.

A suivre...

PS : Le Morosphinx butine une Centaurée (qui n'est pas un chardon) sur la photo ci-dessus.

samedi 17 décembre 2011

Rose : la couleur de la révolte ! - épisode 4 (témoin 1 : le papillon)

 
Épisode 1


Chers auditeurs! Bonjour ! Ici, Sarah Plicq pour Verte Inter, la radio française pour la biodiversité. En direct du grand auditorium de Paris-Bercy ! Tous les médias sont dans la place pour couvrir l'événement de la semaine. L'opinion publique est en train de se forger une nouvelle icône. La cause que défend Robin des champs dépasse largement celle des seuls chardons ou de quelque autre fleur. Il s'agit du droit à la naturalité des espaces anthropiques ! Rien de moins ! Une façon radicalement différente d'envisager, d'aborder ces espaces, qui consisterait à cesser de regarder de travers toute plante sauvage qui aurait décidé de pousser sans notre permission.
Mais on peut douter de l'imminence d'une telle sagesse à la vue de cette scène, chers auditeurs : voici Robin des champs, le chef des chardons rebelles (1), menotté et encadré de près par les forces de l'ordre qui s'engouffre dans l'arène surchauffée de l'auditorium. Le tribunal initial était décidément devenu trop exigu pour contenir la foule des citoyens désireux d'assister à ce moment qu'on espère historique. Les nombreux membres des SAPIC (soutiens assemblés pour la protection internationale des chardons) témoignent d'ailleurs leur réprobation vis à vis d'un tel traitement ; la tension monte d'un cran et les voici brandissant une représentation volontairement enragée de leur héraut, scandant son nom en une transe percutante. "Robin ! Robin ! "

Alors que le juge peine à ramener le silence, j'aperçois le procureur que l'on dit affecté par les précédentes séances. En effet, sa stratégie superficiellement élaborée, par excès de confiance, est en cours de démembrement par la défense, certes un peu roublarde et railleuse, de Robin des champs ! On accuse aussi le procureur de conflit d'intérêt puisqu'il préside, comme vous le savez, l'organe de censure bien connu sous le nom de COSAC (Comité Officiel des Scientifiques Annihilateurs de Controverses)...

Mais attention, le procès va reprendre ; je vous laisse écouter les débats !

Le juge, pour la forme :
Monsieur le procureur, avez-vous une quelconque raison de vous opposer à l'écoute des témoins sollicités par la défense ? "

Le procureur, las, affalé dans son fauteuil, l'air absent, montrant la barre d'une main renversée :
" Allez, qu'on en finisse ! "

Le juge, surpris du manque de morgue :
"Bien. Droit au but ! M. Robin, vous avez la parole ! "

Robin des champs, mine ravie :
" J'appelle à la barre M. Gérard Blanchart. Pieris rapae pour l'état civil."

Gérard Blanchart, volète un temps de droite et de gauche puis se pose, hésitant, sur la barre :
"B... Bon... Bonjour, Gé... Gérard Blanchart, avec un "t", rep... représentant syndical de l'AILE : Ass... Association inter-espèces des lépidoptères européens. Je... Je suis un peu impressionné, excusez-moi. Grande inspiration.
Malgré mon grand âge, c'est la première fois que j'ai l'occasion de parler au nom de mes congénères. La première fois qu'on nous en donne l'occasion, d'ailleurs. En effet, je suis né le 16 mars 2011 à Choisy-les-près ! Oooh ! Ma mère n'a pas vraiment choisi cette bourgade pour son charme bucolique.
Le paysage dans lequel elle évolua à peu près toute sa vie ne fut constitué que d'une petite poignée de cultures différentes. Parmi celles-ci, une seule plante à fleur : le colza. A perte de vue, une seule culture nourricière pour ma butineuse de mère !"

Le procureur, sursautant, pensant tenir un filon inespéré :
" Alors, quoi ! D'aucuns se plaignent ici de ne pas avoir assez de fleurs à butiner. Et voilà que vous venez geindre alors qu'on vous en offre des hectares entiers. Qu'est ce, si ce n'est de l'ingratitude? "

Gérard Blanchart, humble :
"Monsieur le procureur, avec tout le respect que je vous dois, c'est un cadeau empoisonné. Au premier sens du terme comme au second. Je n'insisterai pas sur la teneur des produits habituellement vaporisés. Mais pour répondre précisément à votre allusion : de quoi imaginez-vous que nous nous sustentions en dehors de la période de floraison ? D'air pur ? D'eau fraîche. D'amour peut-être ? En certaines régions, il n'y a alors sur ces parcelles, plus une seule fleur sur des kilomètres à la ronde !"

Le procureur, vexé :
" Ah ! Qu'en sais-je, moi ? Vous êtes bien en vie aujourd'hui pour témoigner, non ? Et puis si ! Je sais ! Vous faites partie d'une infâme famille de papillons, les piérides, dont les chenilles croquent volontiers certaines de nos plantes cultivées parmi les crucifères : choux, colza, moutarde, etc."

Gérard Blanchart, la voix claire et assurée :
"Certes mais cela ne concerne que nos larves qui sont en général tuées par les insecticides des parcelles cultivées." Et tournant la tête vers le public : "comme celles de certains jardins ! Heureusement qu'elles arrivent encore à croquer des crucifères sauvages et saines !
Je concède aussi que certaines piérides ne sont pas des plus à plaindre mais je parle au nom de tous les papillons. Et peu nombreux sont mes congénères à même de venir témoigner ici ! Selon l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), je cite : "les populations de près du tiers (31%) des 435 espèces de papillons d’Europe sont en déclin et 9% sont déjà menacées d’extinction". Et les estimations sont probablement sous-estimées.
Monsieur le procureur, c'est justement la santé ruinée par toutes les toxines qu'elle a pu ingurgiter sur les dernières fleurs d'un champ de colza,  à bout de force, affamée, que ma mère a fini par pondre l’œuf qui me contenait. La pauvre a erré des jours entiers sans trouver le moindre coin un peu diversifié où se nourrir. Parce que, consciencieuse et dévouée, elle voulait m'épargner cette plante à fleurs jaunes. Finalement, elle a échoué sur une oasis du pauvre. Une maigrelette bande enherbée régulièrement ratiboisée bordant une route communale. Rien de bien glorieux ! Par chance, quelques pieds d'une crucifère, la Cardamine hirsute (Cardamine hirsuta) poussant par là, j'ai pu, à l'état de chenille, m'y développer. En effet, les feuilles basales de cette plante comestible, même pour vous, M. le procureur, sont les plus charnues et échappent aux lames de vos machines qui décapitent ses fleurs. Cette cardamine étant commune, j'ai trouvé l'énergie pour me métamorphoser."

Le procureur, irrité :
" Épargnez-nous vos digressions mélodramatiques. Ne nous mystifiez pas avec votre récit tire-larmes hors-sujet !" Beuglant : "Hors sujet ! Les chardons ne semblent donc pas vous être d'une quelconque utilité !" 
Gérard Blanchart, laissant poindre une once d'exaspération :
"Bien, bien, M. le Procureur, je ne faisais que répondre à vos remarques sur les plantes hôtes des larves de piérides... Si vous tenez tant à entendre la partie de mon témoignage qui vous portera tort... Qu'il en soit ainsi.
Après ma métamorphose, j'émergeai miraculeusement au sein d'un vaste carnage de végétaux méconnaissables : hachés voire pulvérisés par des lames rotatives surpuissantes. Pas la moindre goutte de nectar à siroter. Fort de l'enthousiasme de ma jeunesse, je ne me démontai pas ! J'entrepris d'explorer ce monde à la recherche de quelque moyen de me sustenter. Et là, j'avoue que moi même n'aurai ni le courage ni la patience de vous narrer le détail de toutes mes déconvenues et déceptions.
Tondues, rasées, broyées, fauchées, ratiboisées... Les parcelles enherbées s'apparentaient toutes à des tapis de billard sans grand intérêt nourricier.
Et combien d'espoirs déçus ! Parfois, à la faveur d'un heureux relâchement, du trèfle riche en nectar tentait une sortie. Bah ! Douche froide. A peine la ruée des abeilles y barrait l'accès par une impénétrable cohue qu'un coup de lame plongeait tous les insectes dans les affres de la famine.
Parfois aussi, mes stigmates battirent la chamade à la vue de grosses fleurs horticoles aux couleurs exubérantes. M'y précipitant, j'imaginai me lover dans des torrents de nectar. Ah ! Le plus souvent, de maigres gouttelettes affreusement inaccessibles à ma trompe pourtant longue ou des fleurs au comportement de pimbêche négligeant leur rôle nourricier au profit de couteuses tenues d’apparat...
Une journée d'été, affamé et à bout de force comme ma mère en son temps, j'avais négligé la recherche d'un abri afin de passer la nuit. Le souffle d'un orage me surprit. Arraché en un éclair, je passais la nuit emporté dans les airs. A demi-conscient.
Je me réveillai le lendemain dans de l'herbe plus haute qu'à l'accoutumée, au pied d'un poteau de bois. Curieux, j'y  grimpai pour lire au sommet sur un panonceau : "Refuge de nature". Je voyais autour de moi un espace vert dans lequel un tiers des parties enherbées avait échappé à la tonte depuis au moins ma naissance !! Incroyable ! Je repérai tout de suite les chevelures hirsutes des chardons: des Cirses lancéolés (Cirsium vulgare) et des chardons des champs (Cirsium arvense). Et pour une fois, il n'y avait pas tromperie sur la marchandise : une belle fleur tape-à-l'œil mais aux multiples corolles gorgées de nectar ! J'étais sauvé ! Oh, certes, vue l'attractivité des fleurs, il y avait quelques petites altercations avec des bourdons, des abeilles, des congénères voire même quelques prédateurs.
Mais je ne me plaindrai pas. Les chardons furent les oasis de nectar ponctuant mon périple ! J'y ai même rencontré ma femme. D'ailleurs, je dois partir, elle va bientôt pondre ! Je vais encore être Papa et je ne veux pas rater cela ! Bref, les chardons ont changé et sauvé ma vie ! Au revoir "
Sarah Plicq, pour Verte Inter ! Alors que Gérard Blanchart s'éloigne la défense de Robin des Champs en profite pour exhiber quelques preuves photographiques. Je reconnais une photo de Gérard Blanchart lui-même, dans son habit blanc et jaune. Il y a aussi un demi-deuil en noir et blanc et un grand nacré. Et puis le procureur se prend la tête entre les mains. Il demande une pause. Je rends l'antenne. A vous, Paris !



 


Guillaume 

PS : merci à Olivier pour le portrait du Chardon en furie nectarifère !

dimanche 13 novembre 2011

Rose : la couleur de la révolte ! - épisode 3

Apollon (Parnassius apollon) sur Chardon des champs (Cirsium arvense).
Épisode 1
Épisode 2

Les membres du tribunal entrent et prennent place sous un tohu-bohu digne d'un carnaval de hooligans brésiliens. 

Le juge, irrité :
"Bien, commençons : ce procès a pour objet de juger les faits relatifs à la plainte pour diffamation déposée par le responsable du COSAC (Comité Officiel des Scientifiques Annihilateurs de Controverses), procureur en l’occurrence, à l'encontre de Robin des champs, généralement reconnu comme meneur de la troupe des Chardons rebelles. Le COSAC reproche à ce Robin ses allégations quant à sa prétendue utilité en faveur de la biodiversité. La parole est à l'accusation !"

Procureur du COSAC, condescendant :
"Alors comme ça, Môssieur prétend que les Chardons, ces infâmes détrousseurs d'engrais, ces horreurs angoissantes qui résistent à nos meilleures armes chimiques seraient des plus utiles à la biodiversité ! Balivernes ! Quelle abeille, quel insecte accorderait la moindre importance à si répugnantes plantes. Et fi de vos belles paroles, nous voulons des preuves !"

Robin des champs, feignant le dépit :
"Ah, mais que n'ai-je donc pas accompli pour ne mériter que ces pitres atrabilaires, ces adversaires inaptes à toute attaque dotée d'une once de finesse, ces ignorants incapables de constater l'évidence... A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ! Je..."

Procureur du COSAC, enragé, les yeux dilatés :
"Assez ! Obsolète arrogant ! Répondez si vous le pouvez !"

Le juge, déjà lassé de la débauche de rhétorique :
"Oui, au fait ! Arrêtez vos digressions et allez droit au but. Et cela vaut aussi pour les rédacteurs de ce blog !"

Robin des champs, comme si de rien n'était :
"Comme je le disais, donc, M. le Juge, s'il est bien une évidence, c'est que mes corolles sont gorgées de nectar. Il n'y a qu'à se poster devant ma chevelure sans trop s'agiter : les butineurs en tous genres s'y précipitent. Les plus beaux papillons, les abeilles de ruches ou les solitaires, les élégantes guêpes, les syrphes bariolées, les coléoptères aux reflets irisés, la liste est trop longue."

Procureur du COSAC, les muscles du visage tordus de grimaces moqueuses et outrées :
"Ça déblatère, ça jacte, ça baragouine ! Mais les preuves, hein? Vous en avez, oui ou non?"

Robin des champs, brandissant une image :
" Voici ma première preuve : une abondante iconographie photographique. Le tuyau est bien connu des photographes qui ne se privent pas de nous shooter en pleine offrande. Oh ! Rassurez-vous, nous ne cherchons pas la gloriole ni la chaleur des flashes.
D'ailleurs, nous savons bien que nous ne sommes pas le sujet visé. Il s'agit plutôt de l'insecte qui sirote le nectar que nous dispensons généreusement, tous les jours. Bien plus, en tous cas, que certaines de ces fleurs "civilisées", ces horticoles issues de croisements, d'hybridations ou tout simplement exotiques. Ces mijaurées ne pensent qu'à paraître, qu'à s'occuper de leur apparence extérieure.
Mais tout cela est vain : bien souvent, elles dépensent toute leur énergie à produire des pétales plus grands ou à les doubler, les tripler voire plus. Tout cela afin d'attirer et charmer le plus grand nombre d'insectes comme autant de trophées. Malheureusement pour ces derniers, l'énergie manque pour la fabrication du nectar et ils repartent souvent déçus et frustrés, au mieux le ventre vide ! Quelle vacuité, on en met plein la vue mais c'est pour cacher le manque de sens, de matière, de sincérité. Un peu comme à la télévision ou en politique. Alors que..."

Procureur du COSAC, ravi de son intervention :
"Objection, votre honneur ! Hors sujet ! Ce n'est pas le procès des horticoles ! Qu'il nous montre plutôt  cette photographie !

Le juge, acquiesçant:
"Certes, arrêtez de gesticuler et montrez-nous cela calmement."



Robin des champs ; coup de taille :
"Avec plaisir ! Voyez-donc : ceux qui gouttent notre breuvage y reviennent et le bouche-à-oreilles fait son œuvre. Pas moins de 4 hyménoptères simultanément sur un cousin à moi, Carduus nutans, dont la taille et la beauté de la fleur n'ont rien à envier aux horticoles précitées, soit dit en passant !"

Le public atteste par quelques murmures empressés.

Procureur du COSAC, sentant monter la pression :
"Mystification ! Manipulations grossières ! C'est un trucage !"

Robin des champs ; coup d'estoc :
"Regardez-y bien M. le Juge, ces insectes affairés sont totalement indifférents aux sirènes de la célébrité et se détournent complètement des flashes et projecteurs. Pas de temps pour la figuration. La récolte est inespérée pour ces modestes et honnêtes ouvrières sans le sou, surtout en zone de cultures intensives ou de parc horticole minimaliste ! Seul leur importe de vider les corolles de mon cousin. C'est parfaitement crédible et véridique.
J'ai d'ailleurs ici le rapport d'un expert photographique qui estime la distance  maximale entre le photographe et son sujet à 30 cm ! Si les corolles n'avaient pas été attractives, vous pouvez être sûrs que les insectes auraient remarqué le gêneur et (pointant subitement les deux index vers le procureur) décampé dard-dard. Euh, pardon, dare-dare !"

La salle et le juge se fendent de rire.

Procureur du COSAC, désarçonné :
"M'enfin ! Je... Non ! Vous ne pouvez pas..."

Robin des champs ; coup de grâce :
"Et pour anticiper la remarque que vous peinez à formuler, cher M. le Procureur, voici bien d'autres constatations photographiques qui permettront de lever l’ambiguïté. Il ne s'agit pas d'un cas isolé. Voyez plutôt..."

Procureur du COSAC, feignant un malaise:
"Ahhh ! Mon cœur s'emballe, je m'évanouis !"

Le procureur s'effondre avec ostentation. La houle de la colère publique défrise les perruques de tous les membres du jury.

Le juge, tapant sur la table :
"Silence ! La séance est levée ; nous reprendrons dans une semaine et vous nous montrerez ces preuves supplémentaires !"

A suivre...

Guillaume.

mercredi 19 octobre 2011

Rose : la couleur de la révolte ! - épisode 2

Épisode 1

Franchement, vous y croyez, vous, à ce rôle de super-vilain en habit rose ? J'admets volontiers que les collants moule-coucougnettes de nos superhéros préférés rivalisent de ridicule mais là je crois que l'on frise le mauvais goût le plus crasse, non ? Trop c'est trop ! Ce n'est plus crédible !

Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiipppp! Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiipppp! Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiipppp!
Ce qui va suivre constitue une interruption indépendante de notre volonté.

Arrivée des membres du COSAC, tout de noir vêtus :
"Le Comité Officiel des Scientifiques Annihilateurs de Controverses (COSAC (1)) tient à délivrer le message suivant : le COSAC tient enfin sa revanche ! Vous ne pourrez nier, vil rédacteur, que le registre de langue employé dans cet article s'englue dans un ton d'une familiarité en dessous de la bassesse la plus méprisable ! Et toc ! Vous voici mouché, méga-cuistre ! Nous allons pouvoir vous interdire de publication. Ah, ma douce censure chérie, te voilà bientôt de retour..."


Guillaume, rictus sardonique en bandoulière :
"Ah? Pardon ? Votre excellence daignerait-elle s'abaisser dans la fange de mon ignorance, afin, dans un élan de grande magnanimité, de tenter d’expliciter ce nouveau reproche dont les tenants m'échappent ?"
 
Le chef du groupe du COSAC, excédé :
"Ah ! Ne feignez pas le mielleux, vous le fielleux ! Ce mot là, que je ne prononcerai pas : coucou... quelque chose. C'est une grossièreté ! Vous le savez, vous êtes piégé."

Guillaume, roublard :
"Ce mot désigne une confiserie à base d'amandes et de chocolat. Sa prononciation n'est point répréhensible que je sache ? J'en ai justement une boîte. Je vous offre une ?"

Le COSAC, humilié au plus haut point tourne les talons non sans lâcher :
"Je reviendrai. Et cette fois..."

Mille excuses pour cette fâcheuse parenthèse. Reprenons.

Si des lobbies agro-industriels, chimiques ou d'autres joyeusetés du genre veulent nous faire croire que le Chardon ressemble à cet infâme bande d'affreux du COSAC, à grand coup de propagande hygiéno-sécuritaire, nous nous devons de contrecarrer cette théorie fallacieuse.

Certes, il a tendance à repousser tous les ans avec une vigueur certaine et pas toujours où l'on voudrait. Certes, il peut parfois représenter une nuisance pour d'honnêtes paysans et agriculteurs faisant de leur mieux pour produire sainement. Certes, il pique.
Sauf que d'autres solutions, alternatives au tout chimique existent pour le réguler (développement dans un article ultérieur). Sauf que les rosiers horticoles piquent aussi et que cela ne nous empêche pas de planter partout ces chétifs végétaux mal adaptés, demandant mille soins, craignant une misérable attaque de pucerons qui ferait mourir de rire le moindre plant en version sauvage locale.

Derrière cette impression d'arrogance du Chardon, due en partie à sa formidable force vitale, se cache un être au cœur généreux. Un Robin des Champs redistribuant aux sans-grades démunis des richesses épandues sous forme d'engrais de synthèse fabriqués à base de pétrole par de dispendieuses firmes agro-alimentaires !


Herbicides ? Même s'ils éradiquent toutes les plantes dans un premier temps, l'effet "place nette" favorise notre rebelle dans un deuxième temps. Il est parmi les premiers à revenir s'installer dans le sol laissé vide. Il est mu par l'enthousiasme et l'inébranlable foi des vrais pionniers !

Engrais chimiques ? Ces substances de synthèse trop vite lessivées et gaspillées pour sols agonisants, eh bien, le chardon arrive à en tirer parti. Il les détourne, les vole si vous voulez, pour élaborer, fabriquer sa propre matière.

Des tracteurs surpuissants pour labourer le sol en profondeur ou lui trancher les racines ? La technologie humaine convaincue de sa force insiste et persiste avec des monstres mécaniques toujours plus performants. C'est bien nécessaire afin d'enfoncer les socs toujours plus profondément. Certaines machines arrivent à labourer ou travailler plus de 50 cm de sol.
En vain, car la puissance des tracteurs croît avec leur poids et ses conséquences : paradoxalement, les couches inférieures sont tassées et compactées. Et ça, le Chardon, il adore. Il est le champion des sols compacts. Il y enfonce ses racines, bien à l'abri largement en dessous d'un mètre absolument inaccessible à toutes les lames.
Les grands perdants, ce sont les sols, dont la structure et fertilité naturelles patiemment élaborées par la nature au cours des siècles, se voient détruits en une génération, quelques décennies voire quelques années. Mais cela est une autre histoire.

On favorise ainsi le Chardon, même dans ces sols vampirisés par une surexploitation intensive et caractérisée, tranchés et retranchés, maintenus sous respiration artificielle à grands coups de molécules synthétiques issues de la chimie du pétrole. Il va donc croître...

Pas pour la gloire, oh, non ! Le butin est redistribué car le Chardon offre son corps en pâture à toute une horde d'insectes ; souvent des larves, qui vont le piquer, le sucer, le brouter, le grignoter, le siroter, le bouloter, le parasiter...
Bref, une aubaine pour ces bestioles qui sont souvent incapables de manger autre chose qu'un chardon.

C'est justement parce qu'il est commun que nombre d'entre elles on décidé de s'en servir de plat de résistance. Facile à trouver, même dans les déserts verts que nous fabrique cette agriculture trop intensive.

Comment ! Vous ne me croyez pas ? Hein ? Je vous baratine ? Des preuves ?
OK, donnez-moi une semaine et je vous fais mon rapport.

A suivre.

Guillaume.

(1) Pour en savoir plus sur les agissements néfastes du COSAC (rien à voir avec cette institution, je le précise), cliquez sur le libellé ci-dessous.

dimanche 8 mai 2011

Le COSAC prend le pouvoir de ce blog !!!

"Le Comité Officiel des Scientifiques Annihilateurs de Controverses (COSAC) prend le contrôle de ce blog compte-tenu des incessantes mises en garde et des systématiques refus d'obtempérer des deux trublions y faisant pitoyablement office de rédacteurs. Ces fieffés propagandistes pro-nature, pseudo-scientifiques, ont trop longtemps cru pouvoir corrompre impunément les esprits au moyen de ce blog.

L'étude de la biodiversité ou de l'écologie est une entreprise sérieuse qui requiert une rigueur scientifique certaine et qui ne saurait être traitée sur le ton badin, désinvolte voire grotesque pratiqué dans ces pages. Aussi, nous décrétons à partir de dorénavant et dès à présent, à compter de ce jour (et jusqu'à nouvel ordre), que nous prenons en charge l'éducation des masses incultes.
Nous prodiguerons donc un enseignement sérieux et rigoureux avec la dose d'austérité convenable.

Nous commençons dès aujourd'hui, par les critères de détermination des larves d'amphibiens en Ile-de-France. C'est avec perplexité que nous constatons la présence de nos deux petits cuistres rédacteurs. Leur présence en fond de salle et à proximité de radiateurs et fenêtres ne nous laisse guère d'illusions quant à leur motivation à réhabiliter leur conduite indigne. Mais enfin, on ne sait jamais...

Le premier critère intéressant à étudier est l'orifice excréteur de l'eau qui a transité à travers les branchies. En observant une larve par son flanc gauche, on peut vérifier sa position. S'il est toujours globalement situé sur la face inférieure du corps, il peut néanmoins occuper des positions centrales ou plus latérales. J'écris au tableau noir le nom de cet orifice.
Veuillez donc noter avec moi : "S.P.I.R.A.C.L.E." Mais ! ! Quoi ?! Qui a osé lancer cet avion de papier ?
Mais enfin qu'est ce que c'est ? Des gribouillages ?
Rions un peu... Déplions ce rudimentaire aéroplane pour nous gausser de son message d'ignare probable. Voyons-voir cela...

Quoi ? Quelle révolution? Ah! J'aurais dû me méfier de ces deux gredins!"

Sous un brouhaha tohubohuesque tonitruant :
"Mais enfin ! Puisqu'il n'y a qu'un spiracle ! Et qu'il est sous le ventre !! Silence, assis tout le monde !! Non, mais ça va pas bien ? Lâchez-moi !! Aïe, mes fesses !"

Les membres du comité sont chassés à grands coups de chaussures de randonnées (ça doit faire mal !) dans le postérieur par des amoureux de la nature et de l'humour. Merci, lecteurs bien-aimés !!

OUF ! Le rire est de retour !

PS : une formation sur les amphibiens a bien eu lieu ces derniers temps mais je précise pour les organisateurs (ils se reconnaîtront) qu'elle était autrement plus réussie que celle du COSAC et que j'en garde un excellent souvenir (bravo et merci à eux).
Entre autre réjouissances, nous avons évoqué ce bon père de famille qui veille sur sa progéniture : l'alyte accoucheur (croquis ci-dessous).


lundi 11 avril 2011

Auprès de ma Berce, qu'il fait bon, fait bon, fait bon... 5ème

Suite de nos découvertes entomologiques sphondyliennes !

OUCH ! PAN ! Hé ! Excusez du peu mais là, c'est du titre qui déchire. Pour briller en société et faire le malin avec des expressions pédantes et alambiquées, tout est là, concentré en un mot tout à la fois énigmatique, épique et pompeux. Sphondylien.

Mais bon, il s'agissait en fait de vérifier le niveau d'assiduité des lecteurs. "Oh ! Hé ! La pauvre excuse pour se sortir du gouffre !!" Certes, je me suis mis dans ce ridicule pétrin tout seul mais je pose la question. A quoi se rapporte ce mot? Réponse à trouver sur la page suivante : Auprès de ma Berce, qu'il fait bon, fait bon, fait bon... 1ère partie.


Revenons-en à nos mou... ches !
Aujourd'hui la famille des Tachinides. On commence avec Cylindromyia bicolor. Avec sa robe rouge et sa silhouette élancée, elle aurait tôt fait d'afficher de grands airs de starlette. J'avoue avoir succombé à son charme et abandonner tout esprit critique pour tirer l'affaire au clair.


Jusque-là, tout va bien. J'entends vos neurones marmonner : "Mouais, bon, on le connais, il est un peu bizarre. Une mouche rouge, c'est tout lui, ça ! Si ça lui fait plaisir ! Ne le contrarions pas! Laissons-lui un petit message sur le blog. Du genre : "certes, elle est originale!" C'est neutre, il ne le prendra pas mal."


Attendez un peu que je vous présente le coup de cœur suivant !


Moins distinguée : Tachina grossa, la grosse bourrue,  dénommée Tachinaire hérisson géante dans le fabuleux numéro 84 de La Hulotte, "Frissons d'ombelles". C'est le colosse de la famille ! Elle atteint les 2 cm de long ! Son corps hirsute et sombre, laisse échapper une tête jaune comme une alerte au danger.
 
Son aspect inquiétant s'accorde d'ailleurs avec ses mœurs de grand escogriffe. Il faut bien reconnaître que sa jeunesse n'est peut-être pas un exemple à suivre pour nos chères têtes multicolores. Si la larve n'a commis qu'un écart dans sa vie, il est certes de taille. En effet, après s'être accrochée à une innocente chenille passant à sa proximité, elle s'est introduite dans son corps pour la siroter vivante, de l'intérieur.

Si nos yeux d'humains n'y voient qu'un crime dégoutant, le jardinier reconnaîtra deux atouts à la grosse bourrue :
- primo, elle régule les populations de chenilles en évitant les surpopulations qui nuiraient aux plantes (la nature est bien faite, non?)
- secundo, à l'instar des bourdons qu'elle imite pour qu'on lui fiche la paix (tous en cœur ! la nature est bien faite !), elle contribue à polliniser les fleurs qu'elle visite (la foule en liesse, briquets allumés ! La nature... Lalalère...).

BZZZIIT !! CCRRUUSSCHCHH ! DDDZZZZITTT !
"Ce n'est pas une attaque d'une escadrille de tachinaire ! Ne touchez pas à votre transistor ! L'interruption suivante est indépendante de notre volonté. 
Le Comité Officiel des Scientifiques Annihilateurs de Controverses (COSAC) tient à préciser : "Le rédacteur use et abuse des pires stratagèmes de manipulation mentale ! Après avoir feint d'ignorer l'importance du crime abominable commis par Tachina grossa, le rédacteur s'emploie de façon sournoise et perverse à maquiller la monstrueuse bête d'atours écologistes notoirement propagandistes. Nous condamnons une nouvelle fois l'impardonnable malhonnêteté des procédés employés dans ce blog avec la plus grande fermeté."

Rhhooo ! Là ! Là ! Dis-donc, le rabat-joie... PAN ! Aïe ! Euh ! Oui, pardon, Ô tout-puissant et vénéré CASOC ! Paf ! Ouille ! Pardon, COSAC ! Je suis contrit de remords et de honte ! Je suis infâme !

Hum ! C'est bon, les pontes du comité sont partis. PSST ! Approchez ! Je vous le dis à l'oreille. Je serais vous, j'essaierais tout de même de laisser pousser des berces. Je ne suis pas obsédé par les dévoreuses de chenilles mais croyez-moi, c'est le bon plan pour le jardin !
Si on y ajoute l'arrivée de ces imitatrices des guêpes (sans la capacité de piquer) : les syrphes pollinisatrices dont les larves croquent les pucerons... Vous voilà bien armés pour vous tourner joyeusement les pouces. Du temps à en revendre pour observer à foison bien d'autres bêtes et insectes multicolores sur nos chères ombelles.

Bon, pas un mot au COSAC, hein ? A vous de jouer !

Un dernier portrait pour la route de Tachina grossa. Charmante, non?

samedi 29 janvier 2011

Vous êtes plutôt Lis ou Criocères?

Nous sommes nombreux à admirer les fleurs de Lis. Et je mets de côté toute la symbolique associée à ces plantes car je ne veux me baser que sur des critères esthétiques. Il est ainsi fréquent d'en trouver des variétés horticoles plantées dans les jardins.
Bref, nous trouvons tous la plante fort jolie, c'est merveilleux. Que règne l'harmonie...

Seulement, voilà-t-y pas qu'une affreuse bébête à la couleur diabolique se met dans la caboche (pourtant fort étroite !) d'en grignoter des pans entiers ! Il faut préciser que ses plantes hôtes habituelles, des lis sauvages et fritillaires, se sont bien raréfiées dans la nature... Et les hommes n'y sont pas pour rien ! Du coup, elle rapplique illico sur les feuilles des variétés horticoles suscitées avec une voracité déconcertante. Du genre à sculpter de la dentelle anglaise, certes affriolante, mais bon, ce n'est pas le sujet...

Une telle bestiole se doit d'être hideuse en accord avec l'infamie perpétrée ! Seulement, c'est là que ça cloche. Parce que le coupable en question, répondant au doux nom de Criocère du Lis (Crioceris lilii) est un petit coléoptère tout ce qu'il y a de plus somptueux. Sa robe écarlate reluisante comme un velours de cardinal en impose un brin.

L'interruption suivante est indépendante de notre volonté. Le Comité Officiel des Scientifiques Annihilateurs de Controverses (COSAC) tient à préciser : "Le rédacteur feint d'ignorer que les larves s'enduisent le corps de leurs propres excréments pour se protéger de la dessiccation. Le COSAC dénonce donc avec force cette présentation outrancièrement flatteuse du Criocère. Le COSAC condamne ces procédés malhonnêtes assimilables à de la vile propagande naturaliste."

Mouais... Merci, ô tout puissant et vénéré COSAC ! Côôômme il était judicieux d'apporter ces précisions ! Je me flagelle dans l'allégresse dès la fin de l'article...

Bon, reprenons. Hum ! Mes amis, en vérité, je vous le dis, le temps des questions existentielles est arrivé.
Qui du Lis ou du Criocère (adulte !) est le plus beau ? Se pourrait-il que ce petit insecte devînt l'objet principal de notre émerveillement, au dépens du Lis ?

L'air de rien, nous mettons le doigt sur l'un des nœuds du problème qui nous occupe dans ce blog. Roulements de tambours et frissons dorsaux. Voici que nous touchons au but ultime de notre problématique.
Eh oui ! Si nous nous compliquons la vie, dans nos jardins, à vouloir faire la guerre à ces petites bestioles, à pourchasser ces malheureuses plantes sauvages incapables de fuir, c'est parce que nous n'acceptons pas l'imprévu, l'inattendu, l'incontrôlé, l'insoumis, le spontané. Pire, par décret psychologique et culturel, nous décidons que ces manifestations de la vie sauvage sont viles et moches.
Mais que préfèrerait un extraterrestre ? Ou tout simplement un enfant ? Pour résumer, un individu non encore rompu à nos conventions culturelles et esthétiques ? Sans a priori en tête, ils pourraient s'émerveiller autant pour l'un que pour l'autre être vivant.

Et si nous passions au "jardin naturel" ? Je ne parle pas du potager (qui peut d'ailleurs lui aussi se gérer écologiquement) mais de l'espace vert d'agrément. Là donc, les chenilles, les criocères et autres phytophages bariolés sont désirés et suscitent autant d'émerveillement que tous les autres êtres vivants. Du coup, lutter contre n'a plus de sens.
Pourquoi ne pas nous émerveiller pour autre chose que la plante que nous avons payée cher en jardinerie ?
Insecticides obsolètes, longues heures de roulage de pouces en perspective, économies... N'est ce pas réjouissant?

PS : pour me faire pardonner mes penchants propagandistes, je vous recommande chaudement de consulter les extraordinaires pages entomologiques d'André Léquet et notamment celle où vous apprendrez toute la vérité sur le Criocère du Lis.

mardi 25 janvier 2011

C'est arrivé près de chez vous...




J'ai photographié cette guêpe de la famille des chrysides sur une autre ombellifère que la berce, la tout aussi commune carotte sauvage. S'agit-il d'une des plus jolies guêpes de France? Vue sa livrée arc-en-ciel, la question est légitimement posée.

Compte tenu de la ressemblance des deux plantes, j'aurais pu tricher un tantinet, céder à la tentation et l'intégrer à la série sur les berces pour l'enrichir. Ainsi j'aurais perfidement détourné à mon profit le capital de sympathie qu'une aussi charmante bestiole dégage afin d'achever de vous convaincre que décidément, oui, c'était fait avéré : les berces étaient vraiment des plantes fabuleuses.
Vous alliez les semer et les laisser pousser dans vos jardins et convaincre encore le maire et les services techniques d'en faire autant sur les plates-bandes communales puis organiser des sorties nature dans la cour de l'école pour observer les guêpes sur les ombelles... Ne riez pas ! J'en connais dont c'est le boulot quotidien. J'ai les noms mais ne comptez pas sur moi pour les dénoncer !

Mais un petit mensonge reste un mensonge ! Et point de cela ici.
Toutefois, il est vrai qu'elle aurait très bien pu être observée sur une berce. Mais non, ce jour-là, Madame n'a pas daigné. Ou je n'ai pas été au rendez-vous quand le fait s'est éventuellement produit.

Il ne me reste plus qu'à commencer une série sur les carottes sauvages, très attractives. Puis une autre sur la foule des butineurs de chardons (plantes éminemment riches en nectar fort appréciées des abeilles). Sans oublier les bourdons sur les vipérines, les papillons sur les scabieuses, etc. Y a de quoi faire, sans aucun doute !

Bref, revenons-en à notre guêpe, notre chryside superbe, en habit céleste. Sous ses airs de star de la mode charmeuse et ensorcelante de beauté se cache une perfide créature. Ne nous y fions pas ! La fainéante ne daigne pas (décidément !) élever ses petits elle-même. La mère indigne va rechercher les nids de certaines abeilles ou guêpes solitaires (par exemple, ici, les guêpes du genre Oedynerus pour les passionnés), attendre qu'elles aillent quérir pitance, délaissant alors leur édifice de terre, pour s'y introduire subrepticement.
Et là, c'est le drame. Via un procédé fourbement ourdi, certes dicté par ce qui lui reste d'instinct maternel, la chryside pique la larve présente pour y pondre son œuf. La malheureuse Oedynerus nourrira désormais à son insu, une autre larve, parasite, qui dévorera vivante la sienne.

L'interruption suivante est indépendante de notre volonté. Le Comité Officiel des Scientifiques Annihilateurs de Controverses (COSAC) tient à préciser ceci : "en délaissant ces sentiments anthropomorphiques n'ayant d'autre but que de vous faire maladroitement sourire, il faut considérer que les parasites jouent un important rôle régulateur. La chryside n'a donc pas d'effets négatifs sur son écosystème, bien au contraire !"

Hum ! Mmmhm ! Merci, tout puissant et vénéré COSAC !

Fin de la parenthèse. Je reprends.
Voici, maintenant, une reconstitution de l'horrible forfait. Bien entendu, les images violentes pouvant heurter la sensibilité des personnes les plus fragiles ont été retirées de cette publication. Pas de "nature-réalité" ici.

Voici notre brave et honnête femelle d'Oedynerus s'échinant à la tâche, mère consciencieuse et minutieuse en train d'élaborer un fier tube de terre pour accéder glorieusement à la chambre de sa progéniture. Elle va jusqu'à offrir sa salive pour amalgamer la terre constituant l'édifice.




A quelques décimètres de là, la chryside attend son heure, froidement et implacablement.




Hélas, l'occasion ne survient que trop tôt! Mère courage s'est déjà absentée, non pour abandonner sa tâche mais pour quérir quelque indispensable matériau !



Sans tarder, l'odieuse criminelle pénètre dans la chambre larvaire sans rencontrer d'obstacles. Je tairai alors la scène qui suit par égard pour les lecteurs tant elle pourrait choquer les âmes sensibles.



Vous croyez que cela se passe toujours chez les autres, n'est ce pas? Et bien regardez un peu ce beau terrain de chasse...



L'interruption suivante est indépendante de notre volonté.
Le COSAC tient à préciser ceci : "le COSAC ne cautionne pas le ton sentimentaliste adopté par le rédacteur pouvant laisser croire à de mauvaises intentions de la part d'insectes agissant dans le but d'assurer légitimement leur reproduction.
Par ailleurs, il dénonce l'hypocrisie du rédacteur qui prétend ne pas faire de "nature-réalité" alors même qu'il tente par des effets de dramatisation outrancières d'exacerber les émotions du lecteur. Ce ne sont pa
s là des procédés scientifiques et convenables à la hauteur des aspirations de sensibilisation et d'information affichées par ce blog."

Aïe! Pas sur la tête ! Certes, certes, vous n'avez que trop raison, savantissime COSAC ! Je suis indigne, je suis infâme !

Pfff! Si on peut plus rigoler...

Aïe ! Mais AIEUH !