Affichage des articles dont le libellé est Savoir regarder. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Savoir regarder. Afficher tous les articles

mercredi 31 juillet 2013

Les choses vraies - épisode 6

Dans le dernier article de la série "les choses vraies", qui relate mon voyage naturaliste en Espagne, j'évoquais le sublime et discret faucon kobez.
J'ai découvert la bête au plumage gris bleuté et aux yeux de braise à cette occasion et je ne pouvais pas en parler sans lui dédier un croquis...
Faucon kobez (Falco vespertinus). Photo : Ivan L.

A présent, procédons à un zoom arrière pour embrasser une vue d'ensemble des lagunes de Villafàfila. Régalons-nous de cet espace peu anthropisé (seuls quelques moutons et leur berger y poussent par-ci par-là) abritant toutes les ressources nécessaires au gîte et au couvert d'innombrables espèces d'oiseaux d'eau tels qu'avocettes, échasses, courlis, chevaliers, sternes, canards divers et variés... Ils se pavanent, se dandinent, ondulent, dérivent tels des badauds faisant leur marché, rien que pour le plaisir de nos yeux émerveillés. Nous y passerons plusieurs jours avant de gagner le site de la Sierra de la Culebra où nous attend le loup !


Le dessin original issu du carnet de croquis.

Mais pour l'heure, je crois que je vais m'arrêter sur ces images afin de ménager encore un peu le suspense !

lundi 8 juillet 2013

Les choses vraies - épisode 5

Suite à la lecture des épisodes 1 à 4 des "choses vraies", vous voici tout haletants et avides de savoir si j'ai pu apercevoir le loup lors de mon voyage de printemps en Espagne.

Eh bien, sachez que ce n'est pas encore aujourd'hui que je vais dévoiler ce secret. Après tout, nous avons tout notre temps. Rappelez-vous que nous nous sommes momentanément affranchis de notre monde de fous pour ouvrir les yeux - et les oreilles - sur les choses vraies qui nous entourent.

La scène qui nous intéresse aujourd'hui est donc d'une banalité délirante : nous sommes sur un chemin de terre, à proximité de zones humides accueillant une communauté d'oiseaux limicoles d'une grande diversité : les lagunes de Villafàfila.
Pourtant, nous avons laissé de coté jumelles et longues-vues pour nous régaler d'un pique-nique entre amis. Le soleil est au rendez-vous, même si les nombreux nuages et une petite flaque d'eau en forme de cœur nous rappellent les intempéries des derniers jours. Une brise légère caresse nos visages et nos bras dénudés. Nous dégustons de délicieux sandwiches-maison, accompagnés d'un gobelet de vin. Nos oreilles sont remplies du chant des oiseaux mêlé aux voix graves et mélancoliques d'un troupeau de montons.
Comment ne pas sortir carnet et crayon dans de telles conditions !

Pause pique-nique, sous les ailes des milans et crécerellettes.
Le croquis original, en noir et blanc.

Évidemment nous sommes là pour observer les oiseaux et on ne s'en prive pas ! Mais cela ne nous empêche pas de faire une pause touristico-culturelle dans les ruines du petit village de La Tabla, situé à proximité. Village dans lequel nous aurons la chance d'observer le rare Faucon kobez...

Escale touristique.
Croquis original en noir et blanc.
Qui avait remarqué le nid de cigogne accroché au toit de l'église ?

Fichtre, encore un nouvel article-pavé ! Je m'arrête donc là pour aujourd'hui et je vous retrouve dans quelques jours, avec des dessins tout frais...

samedi 29 juin 2013

Les choses vraies - épisode 4

Souvenez vous : nous sommes en Espagne, c'est le printemps et nous sommes sur la piste de nos plus grands carnivores européens : l'ours et le loup.
Après une traque humide et froide, mais ô combien récompensée, nous venons d'apercevoir le premier.
Les yeux emplis d'étoiles et le cœur léger, nous reprenons notre route afin de nous diriger sur le "spot" à loups espagnol : la Sierra de la Culebra.
Cependant, je suis accompagné d'insatiables ornithologues et notre chemin est ponctué de haltes au cours desquelles on déballe jumelles, longues-vues, et copieux casse-croûtes à base de jambon et de saucisson espagnol.

Première pause : nous avons quitté la montagne, et pour la première fois depuis notre arrivée, il fait beau. Voici enfin une occasion de sortir carnet et crayon du fond de mon sac pour un crobard en direct live !

Passage au dessus du Rio Esla, en direction de Villafàfila

La version en couleur

Quelques minutes plus tard, nous remontons en voiture et nous prenons la direction des Lagunes de Villafàfila, haut-lieu ornithologique où nous espérons croiser de splendides volatiles.
Serons-nous récompensés ? Vous le saurez sans doute, si vous repassez sur ce blog d'ici quelques jours.

lundi 23 avril 2012

Il n'est pas encore trop tard pour chercher des œufs. Peut-être pas ceux que vous imaginez. Disons, surement moins comestibles.
Mais les créatures qui en sortent sont sources d'émerveillement.
Un article de saison à relire, donc.


Les oeufs de Pâques pillons !

mercredi 26 octobre 2011

Merle ou Ptérodactyle ?

Allez, je me lance : mésanges à longue-queue ?
Je ne sais pas si c'est le cas pour vous mais j'ai souvent besoin de me constituer de petits outils sémantiques. Des sortes de devises aux allures de principes définitifs, auxquelles je vais me raccrocher pour tenir le cap de ma vie.
Je commence par glaner des idées de-ci et de-là, ou je tente d'en concevoir. Et puis je les mastique, les rumine, les digère. Parfois, je me noie dans l'introspection et là, c'est la crise d'encéphale : surchauffe et bouillonnement du cerveau. Éventuellement avec une petite déprime passagère à la clé. Mais sans gravité, n'allons pas imaginer que réfléchir est dangereux pour la santé !
De temps en temps, il en ressort un précepte à la concision redoutable, porteur de valeurs utopiques qui m'aide donc à m'orienter. Je m'y raccroche ou le décoche comme un trait sémantique au cours d'échanges les plus divers.
Tiens par exemple, d'autres l'ont surement formulé auparavant mais en voilà un qui m'accompagne depuis plusieurs années sans s'user : "Moins mais mieux." Ça marche du tonnerre avec la consommation, la télévision, la nourriture, etc.
Vous méditerez dessus plus tard si le cœur vous en dit mais en attendant je voudrais vous proposer quelques réflexions autour d'un autre principe, ici mis en relation avec la nature :
"On ne protège que ce que l'on connaît".

Et finalement, on connaît quoi ? C'est un fait que l'on arrive toujours (plutôt facilement si l'on est assez ouvert) à rencontrer des gens susceptibles de nous instruire, de nous faire partager leurs savoirs.

Mais ce qui est vertigineux, ce sont les niveaux de connaissances successifs que l'on découvre en approfondissant l'étude d'une thématique, quelle qu'elle soit.
Prenons l'exemple d'un domaine naturaliste pourtant largement étudié. Je redécouvre cycliquement mon ignorance ornithologique.

A l'âge de 15 ans, je suis resté abasourdi par la capacité d'un certain Grégoire à coller un nom sur la silhouette d'un rapace qui planait à 50 mètres au-dessus de nos têtes. Il avait juste commencé l'ornithologie et pas moi. C'est un peu grâce à lui si je me suis passionné pour la nature (merci à lui, donc !). Deux mois plus tard, je me faisais offrir une petite paire de jumelles. Cette acquisition changea radicalement ma vie et je pèse mes mots.

La première phase, dite de l'émerveillement, débuta. Ce fut un moment où j'en pris plein les yeux. "Oh ! Mais le rouge-gorge à vraiment la gorge rouge ! Comme il est grand ce héron ! Que ce rapace vole bien ! Et tous ces oiseaux aux couleurs exotiques, comme en Amazonie !" Bref, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Mais pourquoi pas, après tout ! Ce moment n'a rien de ridicule et s'avère essentiel pour cristalliser cette capacité à s'émouvoir et à s'émerveiller. Je suis alors devenu accro et hypersensible à la beauté de la nature. Au point d'en souffrir quand je constate sa destruction, revers de la médaille...

Vint ensuite le temps de la détermination. J'ai dû acquérir un guide ornithologique. Pour continuer dans la veine esthétique, j'ai commencé avec le superbe "Lars Jonsson". Avis aux amateurs, il n'est surement pas le plus "efficace" pour la reconnaissance mais bon sang, c'est de loin le plus beau...
Bref, au bout de 2 ans, et après avoir fait le tour des oiseaux notoirement communs de la campagne du sud-ouest français, j'ai commencé à impressionner le quidam. Tout fier de pouvoir discerner le faucon crécerelle de la buse variable, j'avais la sensation d'être le boss de l'ornithologie du canton ! Savant naturaliste précoce s'imaginant fouler les traces de Buffon et Linné, la grenouille était à deux doigts d'éclater !

Un drame évité de justesse lorsque, jeune étudiant, j'entrai en contact pour la première fois avec d'autres spécimens d'hominidés aux mœurs naturalistes aussi étranges que les miennes. Le passage obligé par l’association nature.
Et là, j'ai compris que je ne savais rien. Dès la première sortie, sur les berges d'un étang, un collègue me signala un fuligule milouin d'un vague geste de la main en direction de l'eau. Ignorant que j'étais , je cherchai un truc mouvant à mi-distance et remarquai une libellule à un mètre du bord. Je m'empressai bien évidemment de faire remarquer que j'avais détecté l'insecte, en vantant la beauté de son corps bariolé.
J'en fus pour mon compte : honteux, gentiment ridicule et couillon. Tout le monde passa le reste de la journée à me chambrer. Il n'y avait juste pas d'étang remarquable près de chez moi et je n'avais pas trop pensé à en chercher un peu plus loin pour étudier les canards... Bon, si vous pensez que je m'en tenais une bonne couche, vous avez surement raison (On confirme ! NDLR).

Ce genre de déconvenue est salutaire de temps en temps : il oblige à intégrer une bonne dose d'humilité qu'il convient de garder (même dans le cas où l'on deviendrait un grand ponte de l'ornithologie. A bon entendeur !)
Pour le coup, cette fois-ci, j'ai fait fort et je me suis mis a douter de tout, quitte à en devenir ridicule dans l'autre extrémité : "Hum, voyons-voir ! Une analyse morphologique approfondie de ce spécimen révèle la présence d'ailes porteuses de plumes. Le fait est confirmé par l'observation de l'espèce en vol. Un bec jaune associé à un plumage noir. La présence régulière de l'animal dans le jardin prouve un caractère relativement commun de la distribution... Je penche pour un oiseau. J'oserais "Merle noir" mais sans certitude... J'attends encore les analyses ADN. Qu'en pensez-vous chers collègues naturalistes?"

Point trop n'en faut et au bout d'un certain temps sur le terrain, j'ai retrouvé le minimum d'assurance nécessaire pour arrêter les séances devenues quotidiennes d’auto-flagellation. Alors que je commençais à avoir une réelle compétence (Ça y est, ça le reprend ! NDLR)  à identifier la plupart des oiseaux que j'observais, une nouvelle montagne se dressa sur ma route d'éternel apprenti ornithologue. Les chants d’oiseaux.
Un jour, un nouvel étudiant compétent dans le domaine mena une sortie nature pour notre association sur le thème des émissions sonores. Je fus effaré (Ah, mais quel gros naïf, ce type ! NDLR) de constater le nombre faramineux d'oiseaux à côté desquels je passais. Bien souvent, je n'avais même pas pensé à tendre l'oreille.
Et donc c'était reparti pour un tour. Achat de 4 CD d'enregistrements de chants d'oiseaux et deux ans d'efforts avec les potes pour mettre un chant sur chaque nom connu. Et un entraînement permanent sous peine de régresser fissa ! L'avantage, c'est qu'on pouvait détecter des oiseaux "inédits" que l'on aurait sinon ignorés car peu distincts visuellement (exemple : le Pouillot fitis).
D'ailleurs, en tant que vieux sage expérimenté (Dis-donc, fanfaron, relis-donc les paragraphes précédents ! Incorrigibles, ces ornithos ! NDLR), je ne saurais que trop recommander de commencer l'étude simultanée des reconnaissances visuelle et auditive pour ceux qui se lanceraient dans l'ornithologie.

J'ai déjà beaucoup écrit et il serait long de détailler les occasions de rester humble quant à son savoir. Je cite en vrac, des événements ou découvertes qui m'ont confirmé dans cette opinion en dévoilant des pans entiers de savoirs à acquérir :
- l'achat (Donc, il faut consommer un peu tout de même, n'est ce pas ? NDLR) d'une longue-vue qui en permettant de se mettre à distance facilite l'observation d'oiseaux farouches,
- des vacances en Bretagne qui m'ont confronté aux oiseaux marins et aux erratiques occasionnels égarés, parfois en provenance d'autres continents (et donc pas toujours dans les guides),
- la montée en puissance d'Internet et ses forums d'observateurs qui signalent tel ou tel oiseau rare là où l'on ne l'aurait pas imaginé,
- et surtout la rencontre avec d'autres ornithologues aux compétences largement supérieures voire stupéfiantes qui révèlent douloureusement que l'on a dû souvent se tromper sur telle ou telle détermination auparavant.

Bref, tout cela pour dire l'infinie richesse de la nature. Et si "on ne protège que ce que l'on connaît" et vu que même des passionnés peuvent n'avoir qu'une connaissance très partielle de leur sujet, il y a danger à voir s'étioler cette richesse dans l'indifférence générale par manque de connaissance...

Guillaume

dimanche 26 juin 2011

Le blog consacré à Broadway !

Si cela vous fait penser à du liquide dégraissant, lisez-donc la suite avant de faire votre vaisselle avec...


Voici, en exclusivité mondiale, un extrait de la future pièce de théâtre narrant l'épopée de notre blog qui se jouera à Broadway en septembre prochain. Grandeur mais aussi petits travers quotidiens : le scénario n'élude pas les vicissitudes liées à la vie du blog.
En effet, la co-conception exige une bonne entente et nécessite d'être sur la même longueur d'onde. Mais si vous croyez que tout roule entre nous, sachez que nous connaissons aussi les affres de la scène de ménage. L'extrait suivant, bientôt culte, relate donc l'une de ces disputes.

ACTE 2, scène 4 :
Guillaume, exaspéré : Quels goujats ! Non mais sans blagues ! Ah non mais j'y crois pas !
On se décarcasse pour eux et tout ce qu'ils trouvent à faire c'est de se planquer dans les branches pour vous cracher dessus ! Bande d'archicuistres !


Olivier, paternel : Boh, tu sais, c'est normal... Les enfants cherchent régulièrement à tester les limites ! Ce sont des phases qui passent comme elles sont arrivées. Te bile pas !

Guillaume, remonté : Quoi ? Non, je ne parle pas de nos enfants mais des Cercopes. Tu sais, ces bestioles ressemblant à un croisement miniaturisé de coccinelle et cigale aux couleurs diaboliques! Tu vas vite constater l'incapacité de nos propres petits diables de chérubins à rivaliser dans l'art de susciter des regards torves.

Olivier, surpris : Holà ! Je te trouve bien remonté ! Qu'ont-ils donc fait de si grave ?

Guillaume, rageur : Ce sont des ingrats ! Comment vais-je pouvoir les défendre auprès du grand public, maintenant ? Ils sabrent tout notre boulot ! On rame pour réhabiliter la cause des insectes, on rédige avec assiduité un blog qui leur fait la part belle et voilà comment certains nous remercient !
Ça commence bien : les Cercopes se nourrissent en suçant la sève de nombreux végétaux sauvages ! Ils sont fréquents sur les saules et osiers.


Olivier, rassurant : Oui mais ce n'est pas grave. Nous savons tous les deux que la plupart s'en accommode sans soucis. Les plus vieux saules nourrissant largement 250 autres espèces d'arthropodes pour la plus grande joie de prédateurs tels que les oiseaux.

Guillaume, gêné aux entournures : Oui, c'est vrai ! Mais regarde un peu ces couleurs ! Les fourbes veulent surement se faire passer pour des créatures toxiques !



Olivier, inquisiteur : Eh ! Attention ! Et la présomption d'innocence ! Tu ferais pas un délit de sale tronche, là ?
Il est peut-être vraiment toxique et le signaler serait un moyen de se défendre en affichant le danger de façon franche et honnête.

Guillaume, déstabilisé : Mouais, bon, soit ! Il a quand même pris soin de se doter de fortes capacités à sauter pour fuir au moindre dérangement. (Avec emphase !) Quel courage !
Fuir. C'est d'ailleurs bien ce qu'il fait devant ses responsabilités parentales. Il abandonne carrément ses enfants. Tu trouves ça bien ? Les insectes sociaux s'occupent bien de leurs larves. Même les araignées fabriquent des cocons pour leur progéniture et vont jusqu'à les trimballer avec elles.

Olivier, philosophe : qu'ont à faire les notions de bien ou de mal dans la nature ? Tu sais bien que la plupart des arthropodes agissent ainsi. Ils adoptent une stratégie qui joue sur le nombre important d'individus pondus, voilà tout !

Guillaume, surjouant l'émotion : Oui mais tout de même ! Les larves, elles, sont incapables de sauter et auraient pu se retrouver sans défense ! (Reprenant un ton péremptoire) Loin de moi l'idée de les absoudre cependant ! Car elles mettent en œuvre, pour se protéger, un procédé confinant au grotesque ! En effet, pour se mettre à l'abri des regards, elles fabriquent une mousse très spéciale.

Olivier, curieux : Ah ? Et de quel genre ?

Guillaume, pudibond : Ah, je n'ose le dire ! C'est répugnant ! Figure-toi qu'elles se laissent aller aux flatulences les plus intenses et abjectes pour faire mousser leurs déjections. Il en résulte cette émulsion dans laquelle elles se cachent pour siroter la sève des arbres. (Outré) Et c'est cela qui me goutte dessus lorsque, ces derniers temps, je fais des photos pour le blog !

Olivier, s'esclaffant : Mais Guillaume, ces déjections n'ont rien à voir avec ce que tu imagines ! (Docte) Rappelle-toi le miellat. Il s'agit des excréments sucrés produits par les pucerons. Les fourmis le récoltent ainsi que les abeilles qui l'intègrent même au miel.

Guillaume, désemparé : D'accord mais alors pourquoi les Cercopes n'assument-ils pas leur comportement ? En nommant la mousse "crachat de Coucou", ils désignent le coupable idéal, bien connu pour ses mœurs de parasite déjà pas très reluisantes. C'est trop facile ! Je te ressors la présomption d'innocence !

Le metteur en scène, consterné : STOP ! Guillaume, ton numéro d'avocat du diable anthropomorphique ne convainc personne. L'argumentation est affligeante, réécris-moi ce texte ! Tu retournes bosser l'affaire et on la refait dans une heure. Allez, on enchaîne ! PFF ! Y'a du boulot, mes amis !



PS : Vente exclusive de places en avant-première !
Tarifs préférentiels pour la première représentation à New York:
Places standards : 45 dollars
Premiers rangs : 75 dollars
Loges :  115 dollars

Envoyez vos chèques à :
Guillaume et Olivier
3° sauge derrière la fourmilière
Parcelle aux orobanches et salsifis sauvages
15 sentier du gros chêne pourri aux capricornes
33,5 190 Bourg-les-Belles-Scabieuses

PPS : Dernière minute ! Olivier me prévient que Dark Maul, dont il a tiré le portrait ci-après, aurait collé un procès au Cercope. Il accuse la sale bête de lui avoir volé sont style. Bien fait !

vendredi 11 mars 2011

La mousse cérémoniale... Savoir regarder la nature - partie 3.

Voilà le genre de petite merveille naturelle que seuls les lutins, farfadets et gnomes ne manquent pas d'admirer.

Depuis les denses fourrés épineux, les profonds recoins sombres des ronciers nourriciers, une belette loubatone m'a confié l'autre soir un petit secret si réjouissant que je m'en vais le partager avec vous. Entonnant une douce mélopée, la voilà presque hypnotisée, me décrivant le défilé nocturne des petits hominidés:
"A pas lents repasse et tourne le long cortège.
Les lutins fringants, fiers de ce vrai privilège,
Psalmodient sans sourire un charmant florilège,
Au son solennel de leurs plus beaux arpèges,
Leurs vertes lanternes éclairent le manège."

Reprenant tous ses esprits, elle lâcha encore : "ils ont tourné là-bas, autour de la vieille aubépine, brandissant leurs capsules de mousses enchantées jusqu'à ce que le renard y passe".

Le temps que je tourne la tête, pour contempler le vieux végétal à la silhouette arrondie par trop de générosité, lourde de maintes boules de gui et de ses propres baies, la belette avait fui. Brusquement, comme si elle avait pris conscience de son imprudence à se permettre la licence de parler ainsi aux hommes.

Le lendemain matin, à la faveur d'une lumière chaleureuse, je me mis en quête photographique. Au bout d'un bon quart d'heure d'une promenade attentive, j'avais déjà parcouru quelques mètres le long d'un vieux mur quand je tombai nez à nez avec ces lampadaires miniaturisés, fructifications bryophytiques accrochées aux parois granuleuses de la pierre calcaire.
Ces capsules pendantes semblaient encore imprégnées d'une fluorescence à la vigueur passée. Le songe de la nuit juste écoulée éblouit mon esprit comme un éclair. C'était celui d'une belette narrant un étrange ballet nocturne...

mardi 22 février 2011

Les oeufs de Pâques pillons ! - Savoir regarder la nature - partie 2

Probablement, une ponte de pentatomidae (famille de punaises).
Je me souviens quand j'étais collégien... Snif, nostalgie ! Les boutons sur le pif nouvellement démesuré, les premières lunettes pour l'affaisser, les premières incompréhensions mathématiques, les drames sentimentaux totalement insurmontables... C'était vachement bien ! La mode de la cueillette des trèfles à quatre feuilles avait émergé comme un beau rosé des près dans les pelouses du collège. Ah oui, ça c'était vraiment bien, tout n'était pas bétonné.

Pas de difficulté technique pour les détecter, juste de la patience et de la minutie dans la recherche. On n'avait pas bac +38,5 mais on en trouvait des tas. Personnellement, j'en avais ramassé 16 en 2 ou 3 semaines ! Mais il y avait de meilleurs scores même si la ressource avait quelque peu fini par se tarir.
Je n'avais pas trouvé mieux qu'une bible pour écraser et sécher, entre deux feuilles de buvard jaune d'or, mes trèfles à 4 feuilles païens.
Mystérieusement, la révélation ne vint pas du Saint Livre mais du fait même de constater leur existence et surtout en si grand nombre.

Il avait seulement fallu dépasser l'idée reçue selon laquelle ces feuilles de fortune ne poussaient que dans les prairies enchantées. Qui cherche trouve...

Dans quelle autre quête tout aussi incongrue pourrions-nous nous engager, à quatre pattes dans l'herbe ? Eh bien, nous aurions pu chercher des œufs d'insectes, par exemple. Compte tenu de la hauteur des herbes autorisée par les lames au collège, nous aurions surement fait chou blanc le plus souvent...

Mais dans une zone où l'on fauche tardivement (en fin d'été ou en automne), sur une haie champêtre composée d'essences locales, le taux de réussite peut augmenter rapidement. On sait que les papillons, en particulier, pondent souvent leurs œufs sur la plante sauvage hôte spécifiquement prisée par leurs chenilles.

Il faut aussi reconnaître que d'autres s'avèrent aussi de voraces généralistes en herbes (ci-contre les plausibles œufs d'un Bombyx de la Ronce, Macrothylacia rubi).

  

Et maintenant, séance de travaux pratiques : pour le dimanche de Pâques, je vous propose donc de créer les conditions suscitées pour trouver ces œufs. Proposez ensuite à vos enfants ou à ceux de vos amis de venir les chercher...

Il va falloir apprendre à regarder ! Mais ne les pillez pas pour de vrai, hein?


PS : j'ai conservé mes trèfles mais je n'ai pas encore gagné au loto (OK ! OK ! Je n'ai pas joué !).
PPS : merci à M. LEQUET pour ses précieuses déterminations concernant les œufs d'insectes (visitez son site).
PPPS : vous pouvez nous aider à identifier les pontes  ci-dessous si vous êtes motivés. Il s'agit pour l'instant d'un mystère même si les recherches sont à orienter du côté d'un papilllon nocturne selon M. LEQUET.


samedi 29 janvier 2011

Vous êtes plutôt Lis ou Criocères?

Nous sommes nombreux à admirer les fleurs de Lis. Et je mets de côté toute la symbolique associée à ces plantes car je ne veux me baser que sur des critères esthétiques. Il est ainsi fréquent d'en trouver des variétés horticoles plantées dans les jardins.
Bref, nous trouvons tous la plante fort jolie, c'est merveilleux. Que règne l'harmonie...

Seulement, voilà-t-y pas qu'une affreuse bébête à la couleur diabolique se met dans la caboche (pourtant fort étroite !) d'en grignoter des pans entiers ! Il faut préciser que ses plantes hôtes habituelles, des lis sauvages et fritillaires, se sont bien raréfiées dans la nature... Et les hommes n'y sont pas pour rien ! Du coup, elle rapplique illico sur les feuilles des variétés horticoles suscitées avec une voracité déconcertante. Du genre à sculpter de la dentelle anglaise, certes affriolante, mais bon, ce n'est pas le sujet...

Une telle bestiole se doit d'être hideuse en accord avec l'infamie perpétrée ! Seulement, c'est là que ça cloche. Parce que le coupable en question, répondant au doux nom de Criocère du Lis (Crioceris lilii) est un petit coléoptère tout ce qu'il y a de plus somptueux. Sa robe écarlate reluisante comme un velours de cardinal en impose un brin.

L'interruption suivante est indépendante de notre volonté. Le Comité Officiel des Scientifiques Annihilateurs de Controverses (COSAC) tient à préciser : "Le rédacteur feint d'ignorer que les larves s'enduisent le corps de leurs propres excréments pour se protéger de la dessiccation. Le COSAC dénonce donc avec force cette présentation outrancièrement flatteuse du Criocère. Le COSAC condamne ces procédés malhonnêtes assimilables à de la vile propagande naturaliste."

Mouais... Merci, ô tout puissant et vénéré COSAC ! Côôômme il était judicieux d'apporter ces précisions ! Je me flagelle dans l'allégresse dès la fin de l'article...

Bon, reprenons. Hum ! Mes amis, en vérité, je vous le dis, le temps des questions existentielles est arrivé.
Qui du Lis ou du Criocère (adulte !) est le plus beau ? Se pourrait-il que ce petit insecte devînt l'objet principal de notre émerveillement, au dépens du Lis ?

L'air de rien, nous mettons le doigt sur l'un des nœuds du problème qui nous occupe dans ce blog. Roulements de tambours et frissons dorsaux. Voici que nous touchons au but ultime de notre problématique.
Eh oui ! Si nous nous compliquons la vie, dans nos jardins, à vouloir faire la guerre à ces petites bestioles, à pourchasser ces malheureuses plantes sauvages incapables de fuir, c'est parce que nous n'acceptons pas l'imprévu, l'inattendu, l'incontrôlé, l'insoumis, le spontané. Pire, par décret psychologique et culturel, nous décidons que ces manifestations de la vie sauvage sont viles et moches.
Mais que préfèrerait un extraterrestre ? Ou tout simplement un enfant ? Pour résumer, un individu non encore rompu à nos conventions culturelles et esthétiques ? Sans a priori en tête, ils pourraient s'émerveiller autant pour l'un que pour l'autre être vivant.

Et si nous passions au "jardin naturel" ? Je ne parle pas du potager (qui peut d'ailleurs lui aussi se gérer écologiquement) mais de l'espace vert d'agrément. Là donc, les chenilles, les criocères et autres phytophages bariolés sont désirés et suscitent autant d'émerveillement que tous les autres êtres vivants. Du coup, lutter contre n'a plus de sens.
Pourquoi ne pas nous émerveiller pour autre chose que la plante que nous avons payée cher en jardinerie ?
Insecticides obsolètes, longues heures de roulage de pouces en perspective, économies... N'est ce pas réjouissant?

PS : pour me faire pardonner mes penchants propagandistes, je vous recommande chaudement de consulter les extraordinaires pages entomologiques d'André Léquet et notamment celle où vous apprendrez toute la vérité sur le Criocère du Lis.

mercredi 12 janvier 2011

Savoir regarder la nature - introduction.




Les très jeunes enfants, disons avant l'âge de 7 ans, portent un regard neuf et ouvert sur leur environnement parce que leur curiosité n'est pas encore dirigée vers ce que les adultes considèrent primordial. Parce que leur comportement n'est pas encore calé sur celui des stéréotypes que nous leur imposons plus ou moins.
De plus, leur petite taille leur donne accès à des dimensions et strates que nous avons tendance à ignorer. Du coup, ils détectent avant nous nombre de petites bestioles et de fleurs cachées dans une prairie naturelle là où nous nous ne voyons qu'une mer homogène verdâtre de mauvaises herbes. De l'araignée crabe en embuscade autour du capitule de marguerite, en passant par les lichens en forme de trompettes pour lutins des souches jusqu'aux fleurs délicates et minuscules des gaillets jaunes.

Cette manière de regarder largement, ouvertement, naïvement plutôt que de voir selon les normes préétablies manque cruellement aux adultes. Cette faible capacité à percevoir soustrait de notre champ de vision une foule de représentations de la biodiversité dont nous finissons par ne même plus soupçonner l'existence.
Ainsi, comment ne serait-ce que souhaiter protéger ce que nous ne connaissons pas encore ?

Loin de moi l'idée d'affirmer qu'il faudrait retrouver l'immaturité des enfants. Ils peuvent aussi se montrer cruels (sans en avoir conscience, souvent) mais franchement, il nous faudrait réapprendre à porter un regard neuf comme le leur sur la nature. Et c'est tout un monde féérique et bariolé qui s'offrirait à nous. Nous retrouverions cette à capacité à nous émerveiller le plus naturellement du monde, à nous émouvoir sans détours, à être fascinés devant la diversité des formes du vivant, le génie de la nature, sa beauté tout simplement.
Ceux que la nature aura charmés n'auront plus beaucoup d'efforts à faire pour la protéger. Ce ne sera plus qu'une question technique. Et les solutions existent...

La vraie difficulté est bien de surmonter les barrières psychologiques et culturelles qui nous conditionnent.


PS : nous ouvrons cette série d'articles intitulée "Savoir regarder la nature" par cette petite introduction. D'autres articles suivront autour d'images et illustrations insolites de petits mystères de la nature, glanés au fil de nos promenades...
PPS : Merci et bravo à Olivier pour son illustration, malicieuse et pertinente, comme d'hab!