La tradition du "jardin à la française" s'est imposée au XVIIème siècle. Cette tradition avait pour objectif de corriger et de domestiquer une nature que nos lointains ancêtres trouvaient hostile. Pourtant, en y regardant de plus près, il faut bien avouer que cette nature hostile fait souvent bien les choses et qu'il n'est pas inintéressant de la regarder ou de l'écouter s'exprimer. Que diriez vous de faire un petit "retour aux sources" avec nous ?
Affichage des articles dont le libellé est plantes sauvages locales. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est plantes sauvages locales. Afficher tous les articles
jeudi 4 décembre 2014
Un coin de banlieue sans histoire... 5
Un coin de banlieue sans histoire 1
Un coin de banlieue sans histoire 2
Un coin de banlieue sans histoire 3
Un coin de banlieue sans histoire 4
Tronçonnator venait de comprendre. L'absurdité de sa mission. Dangereuse, inutile, coûteuse, terriblement néfaste et destructrice...
La prise de conscience pesa sur ses épaules comme une chape de plomb. Ses jambes chancelantes firent défaut et il chut. Comme pour lui offrir un soutien reconnaissant, l'arbre du coin se trouva juste là pour le laisser glisser en douceur le long de son tronc.
Assis à même le trottoir, au pied de son géant bienfaiteur tout heureux de ne plus recevoir sa dose habituelle de poison, Tronçonnator fit ce qu'il n'aurait jamais dû avoir à réaliser. D'un geste lent mais assuré par l'acuité et la logique de son raisonnement, il ôta son masque. Il ne le remettrait plus.
Soulagé, apaisé, serein, il laissa vagabonder son esprit réconforté. Qui sait combien de temps, il resta ainsi, la tête renversée contre l'écorce, à savourer son choix résolu.
Il renia son surnom effrayant. Tronçonnator n'était plus.
Soudain, une voix inquiète le ramena dans la réalité :
"Bonjour Monsieur ! Tout va bien ? Je suis le père de l'un des enfants qui jouaient dans la rue. Il paraît que cela fait 10 mn que vous êtes assis là, presque sur la route avec tout votre matériel de jardinage éparpillé autour de vous."
Il se releva et scruta le père attentivement comme l'alpiniste la montagne qu'il s'apprête à gravir. Puis, avec un grand sourire, il lança, goguenard :
"Bonjour, je m'appelle Jacques Lafleur. Je vais très bien et je vais vous convaincre qu'il ne s'agit pas là de matériel de jardinage."
Jacques fut quelque peu emporté par le sentiment de libération qu'il ressentait. Toute cette frustration liée à un travail mené depuis de longues années en dépit du bon sens se solda par l'expulsion d'un flot de paroles :
"Je ne dis pas qu'il n'y a aucun entretien à faire. Mais pas partout ! Qu'est-ce que ça peut faire qu'il y ait de l'herbe au pied des arbres ? C'est grave ? Ça va changer votre vie ? Et de petits insectes comme les gendarmes qui se nourrissent de petits débris organiques, ça vous pose un problème ? Vous croyez pas qu'il y a des choses plus graves dans la vie ?
Un pissenlit dans une fissure du trottoir ou même sur une allée du cimetière, c'est une insulte ? Non, c'est merveilleux de voir que la vie reprend le dessus ! C'est un signe d'espoir !
Des herbes hautes sur une partie d'un grand parc public, c'est intolérable ? Faut tout ratiboiser ? Tous les 15 jours, passer la tondeuse, partout, tout le temps, même sur des talus où personne ne va ? Vous pique-niquez souvent au bord de la route ?
En plus, vous savez quoi ? Entretenir une ville de façon non écologique, ça coûte très cher ! Protéger la biodiversité, c'est économique ! Et oui, personne ne vous l'a dit. J'ai passé ma vie à tondre plus que de raison des espaces que personne n'utilisait. On m'a payé 30 ans pour que je répande des poisons de plus en plus chers. Pour que je tonde tout comme un terrain de foot. Vous n'auriez pas préféré des places en crèche supplémentaires plutôt que le fait de s'acharner sur quelques malheureuses pâquerettes ?"
Le père, désarçonné par l'aplomb et la vivacité de celui qu'il croyait en perdition, ne put esquiver la suite des propos d'un Jacques redevenu enthousiaste par son engagement sur la voie de la sagesse. Celui-ci exposa sa nouvelle vision de l'entretien des espaces verts, beaucoup plus douce et saine. Outre l'orientation forcément plus écologique, son propos était désormais empreint de bon sens et de vérité ; il lui était bien plus facile de développer une argumentation cohérente de bout en bout. Plus besoin de baratiner voire de mentir pour masquer certains faits gênants comme il le faisait jadis quand on lui demandait conseil sur l'usage des produits chimiques.
Terminées, désormais, les solutions pseudo-miraculeuses toutes préconçues en laboratoires pétrochimiques qui se bornaient à appliquer tel produit pour tel problème, réduisant les hommes à de simples machines à appliquer. Un peu comme l'abus des tranquillisants qui ne traite en rien la cause première des maux d'humains soumis à tous les stress imaginables.
Il parlerait désormais de vrai jardinage. De celui qui fait appel aux compétences, à l'intelligence et à la créativité mais aussi à l'émotion et au respect de la nature.
Les enfants furent les premiers à réagir :
"Mais moi, j'aime bien les pissenlits sur le trottoirs ! I'sont beaux !"
"Oui et puis, y'a aussi les fourmis qui sont mignones ! Regardez, sur le tronc, là !"
Le père, en empathie avec Jacques, chercha à savoir ce qu'il pouvait faire :
"Vous savez, moi, la nature et le jardin, j'y connais pas grand chose. Qu'est ce qu'on peut faire pour vous aider à améliorer les choses sur la commune ?"
Jacques se rendit compte qu'il attendait cette question depuis longtemps. Il se précipita encore pour répondre :
"Eh bien, allez voir vos responsables communaux et dites leur qu'ils seront réélus même s'ils consentent à l'arrêt cette gestion absurde et coûteuse. Ne râlez plus parce que de petites plantes sauvages poussent un peu par-ci, par-là. Tolérez le sauvage en ville.
Dites leur qu'éradiquer les petites Véroniques n'est pas la priorité ! S'ils n'entendent rien, eh bien, ma foi, votez pour d'autres. Ou présentez-vous, ou investissez-vous dans une association. Au moins, parlez-en autour de vous, vous verrez, il y a du boulot !
Mais surtout, appliquez déjà cette nouvelle gestion chez vous, si vous avez la chance d'avoir un jardin ou même des jardinières.
Si vous arrivez à convaincre vos amis, vos proches, vos collègues, vos élus, d'autres personnes pourront tomber le masque comme moi."
Et les enfants de trépigner :
"Oui, nous, on veut que t'arrêtes de mettre du poison partout et que tu puisses enlever ta combinaison et ton masque ! Mais dis, c'est quoi les Véroniques ?"
Jacques se dit que c'était gagné pour ces petits d'hommes. Béat, il leur confia :
"Il y a un endroit où je n'ai jamais eu le temps de les faire disparaître. Venez, je vais vous montrer."
Guillaume
Dessin d'Olivier
dimanche 26 octobre 2014
Un coin de banlieue sans histoire... 4
Et puis, un jour, Tronçonnator s’effondre.
Durant toutes ces années, tel un golem moderne, il a servi sans sourciller, sans réfléchir, modelé pour semer la désolation "pesticidentielle" avec le détachement et l'insensibilité propres à ces créatures dévouées et implacables.
Sa servilité sans faille, pourtant, n'avait jamais reposé sur des velléités malveillantes. Lui se pensait convaincu d'effectuer une ingrate mais nécessaire besogne susceptible d'améliorer la vie de ses concitoyens. Loin d'imaginer répandre la désolation, il se confortait dans la conviction d'assainir, de nettoyer les rues comme on le disait encore.
Mais la vue de ces enfants fuyant à son approche avait provoqué un choc irréversible. Pourquoi cet effroi ? Il travaillait pour le bien commun, non ?
Il se remémora alors les premières années de son service. Un mot lui vint à l'esprit : insouciance. Il n'y avait pas cette injonction radicale consistant à traquer toute trace de nature sauvage. Les pissenlits des trottoirs ne provoquaient pas encore d'allergie psychologique chez certains habitants et n'agressaient pas les vieilles dames au détour d'une ruelle sombre. Il avait été embauché comme jardinier (un travail enrichissant) pour s'occuper des quelques parterres localisés uniquement aux endroits stratégiques et prestigieux de la ville (devant la façade de la mairie, le square de la place centrale, etc.). Mais plus le béton s'étendait, plus la surface à entretenir augmentait, moins la nature était tolérée. Faire plus, plus vite, avec moins de moyens.
Le recours aux produits chimiques augmentait sans cesse, induisant un recul implacable du sauvage sur la voirie. Aucun habitant ne l’avait vraiment souhaité mais petit à petit, les trottoirs sans herbe avaient fini par devenir le standard habituel, la mode esthétique et paysagère qu'il convenait d'exiger, sans justification pratique ou logique. C'était devenu le modèle indiscutable. Absurde mais obligatoire.
Alors, il avait du suivre. Il avait subi le mouvement au début, surtout parce qu'il avait dû cesser de pratiquer son métier de jardinier. Et puis, encouragé par sa hiérarchie, il s’était peu à peu transformé en un simple exécutant zélé (un travail simpliste et répétitif).
L'usage massif des produits chimiques avait eu, par exemple, pour effet de généraliser l'installation de vastes surfaces gravillonnées (sinon très difficiles d'entretien) aussi bien sur les espaces publics que chez les particuliers. Ces derniers le questionnaient souvent pour connaître l'herbicide le plus efficace pour leur jardin. Malgré le sujet, il appréciait ce contact avec les habitants.
Mais petit à petit, l’innocuité des produits chimiques fut remise en question. Des doutes, on passa aux certitudes puis aux obligations réglementaires.
Du coup, son corps fut recouvert progressivement d'éléments de protection. Masque, gants, cagoule, bottes et puis combinaison intégrale l'avaient finalement transformé en un Dark Vador contemporain. Certes rouge vif (ou jaune fluo, souvent) mais non moins inquiétant. Plus personne ne lui adressait alors la parole. Pire, ceux qui autrefois lui serraient la main, décrivaient désormais un large détour en changeant de trottoir. Pris au piège de cette mission morbide et absurde dont cet équipement était censé le protéger, il provoquait désormais l'inquiétude et l'effroi d'un pestiféré.
Tout ça pour quoi ? Pour quelques herbes sur le trottoir ? Comment allait-il se sortir de cette nasse ? Pour enlever cet attirail épouvantable, une seule solution : arrêter de répandre des produits chimiques et tolérer le retour des plantes sauvages en ville.
Mais comment convaincre les habitants ?
Guillaume.
Dessin d'Olivier.
Un coin de banlieue sans histoire 1
Un coin de banlieue sans histoire 2
Un coin de banlieue sans histoire 3
Un coin de banlieue sans histoire 4
Un coin de banlieue sans histoire 5
mercredi 24 septembre 2014
Un coin de banlieue sans histoire... 3
Tronçonnator.
Vous l'avez déjà vu. Souvenez-vous. L'éradicateur. Il est de retour.
Oubliez la biodiversité. Oubliez la nature. Il va les pulvériser. Au sens propre comme au figuré.
Formaté pour. C'est sa mission.
Les enfants ont fui.
Guillaume.
Dessin d'Olivier.
Un coin de banlieue sans histoire 1
Un coin de banlieue sans histoire 2
Un coin de banlieue sans histoire 3
Un coin de banlieue sans histoire 4
Un coin de banlieue sans histoire 5
jeudi 11 septembre 2014
Un coin de banlieue sans histoire... 2
Un coin de banlieue sans histoire 1
Un coin de banlieue sans histoire 2
Un coin de banlieue sans histoire 3
Un coin de banlieue sans histoire 4
Un coin de banlieue sans histoire 5
Ce qui frappe tout de même, dans cette paisible commune sans histoire, ce sont les rues.
Les rues sont propres. Si propres. Incroyablement propres ! Enfin ! C'est curieux, ça ! Personne ne l'a donc remarqué ? Comment cela peut-il être si propre ? Cela fait-il partie de la banalité du paysage, ici comme ailleurs ? De sorte qu'on n'y fait plus attention ? Ou qu'on le souhaite inconsciemment ?
Mais... C'est propre ou désert ? Propre ou dénué de vie ? Propre ou aseptisé ? Propre ou pollué ? Propre ou empoisonné ?
Des arbres hybrides, inconnus dans la nature (vous savez, celle que visitent les écoliers une fois dans l'année ou dans leur vie parfois, là-bas, dans la réserve naturelle à 30 minutes de bus), taillés au carré poussent seuls aux emplacements soigneusement prévus à cet effet. Pas un brin d'herbe pour les accompagner, pas un insecte pour se cacher dans leurs fissures.
C'est normal. C'est prévu. C'est voulu... Et c'est dangereux.
Frémissez braves gens ! Fuyez pauvres enfants !
Dans ce paysage en apparence inoffensif, rode celui qui porte le nuage de la mort. Logiquement, on aurait dû l'appeler Désherbator, Biocidor ou Bio-éradicator. Mais ce nom aurait presque rassuré les bons citoyens de cette ville.
Alors on l'a nommé...
Guillaume.
Euh, non pas Guillaume, en fait. Je veux dire, c'est pas moi le méchant... C'est juste que je signe, là !
Mais bon, vous pigez... Vous saurez au prochain épisode. Le vrai nom du méchant, quoi ! Comment ça, c'est pas clair ?
Dessin d'Olivier
mardi 2 septembre 2014
Un coin de banlieue sans histoire... 1
Un coin de banlieue sans histoire 1
Un coin de banlieue sans histoire 2
Un coin de banlieue sans histoire 3
Un coin de banlieue sans histoire 4
Un coin de banlieue sans histoire 5
Un jour comme les autres dans une ville sans histoires. Un coin de rue anodin dans une banlieue paisible et soignée, à mille lieues des clichés habituels. Ni drogue, ni violence, ni délinquance. La télévision poubelle n'a rien à se mettre sous la dent ici.
Une voiture passe au vert et emporte une famille réunie après une journée d'école et de travail méritante. Trois enfants sortis de la boulangerie, avec deux sous de bonbons dans les poches, dont le pire méfait consiste à se les partager sans respecter la stricte équité vis-à-vis du plus jeune.
En apparence, tout est tranquille et apaisé...
A suivre.
Guillaume.
Dessin d'Olivier
dimanche 26 janvier 2014
Le Lierre à la place du Thuya.
Pour ceux qui n'auraient pas encore vu la poilante illustration de mon cher ami Olivier ou pour ceux qui nous prendraient pour de joyeux fantaisistes quant à la véracité du potentiel du Lierre en tant que remplaçant de meilleure tenue que le Thuya, voici quelques photos pour tenter, encore une fois, de vous convaincre, de la haute utilité des plantes locales. Aussi bonnes pour la Nature que pour nous. Commençons par celle-ci, d'autres suivront.
Voici donc ci-dessus une superbe haie de Lierre au feuillage tout aussi persistant et sempervirent en hiver que son concurrent nord-américain. Sauf que le Lierre est une plante sauvage locale autrement plus bénéfique pour la faune sauvage depuis bien des siècles.
Et je m'empresse de préciser que, malgré ses talents, que je jalouse, à la palette graphique, notre cher Olivier est encore incapable de nous pondre une peinture aussi réaliste. Il s'agit bien d'une photo...
Guillaume.
Voici donc ci-dessus une superbe haie de Lierre au feuillage tout aussi persistant et sempervirent en hiver que son concurrent nord-américain. Sauf que le Lierre est une plante sauvage locale autrement plus bénéfique pour la faune sauvage depuis bien des siècles.
Et je m'empresse de préciser que, malgré ses talents, que je jalouse, à la palette graphique, notre cher Olivier est encore incapable de nous pondre une peinture aussi réaliste. Il s'agit bien d'une photo...
Guillaume.
vendredi 3 janvier 2014
Mémento du parfait sadique
| Elle a abandonné sa faux, les dégâts étaient dérisoires... |
"Aujourd'hui, c'est Black Bill qui vous parle. Je vis de l'autre côté. Je ne me fous pas de la Nature. Non...
Je la crains. Je m'en méfie plus que tout. Elle est mauvaise. Et je m'applique à lui nuire. Je le fais consciencieusement. Avec application, ruse et minutie. Sans morale.
Vous voulez en savoir plus... Je vous intrigue ?
Il est certain que les deux pauvres naïfs habituels de ce blog ne vous ont pas habitués à ce genre de ton.
Laissez moi vous dire comment je procède.
D'abord, j'ai l'embarras du choix. Des linéaires de berges, de routes, des milliers et des milliers d'hectares cumulés d'espaces verts à n'en plus finir. Je trouve partout matière à nuire. Mon matériau, c'est un sol, enherbé de préférence car dans ce cas, j'ai l'écosystème de base, des plantes à même d'attirer de la vie.
Et si par chance, il s'agit d'espèces sauvages locales, non issues de croisements, de sélection, de pépinières, de jardinerie ou d'une autre région, d'un autre continent, c'est encore mieux. L'assurance de tuer encore plus d'insectes et d'animaux en tous genres.
Je vais prendre en exemple les bas-côtés d'une piste cyclable, le long d'un canal. Le massacre que j'y ai perpétré cette année a dû approcher la perfection de très près.
D'abord, je patiente. Je me montre opiniâtre. Je brûle d'envie de tout broyer mais je résiste car je sais que la destruction n'en sera que plus massive si je sais repousser un peu l'échéance. J'observe. Puis je feins la douleur. Non... Je me contrains ! Je me force, dans la douleur des convulsions internes de mon dégoût, à singer l’émerveillement de ces naturalistes nuisibles et naïfs.
La vie se montre prudente au début. Au plus, quelques fleurs téméraires, isolées et puis quelques tapis, denses parfois. Mais c'est encore trop ras. Il fait encore un peu frais. Les bestioles hésitent encore, pour la plupart. Mais plus les plantes poussent, plus les insectes abondent. Et bientôt, l’éruption finale a lieu. Tous les boutons de toutes les ramifications éclatent. Le goût le plus vulgaire s’étale et s’exhibe sans la moindre pudeur. Couleurs criardes, parfums grossiers. Les fleurs sont là, en masse, au somment d'un enchevêtrement portant au sol une ombre malsaine et fourbe, une pénombre plutôt, avec son lot de perfides mystères. La vermine y fourmille, sournoisement tapie. Et prendre un peu de hauteur est inutile. Les insectes que j'avais cru nombreux affluent de tous côtés. Des nuées de créatures volantes s'abattent sur les ombelles putassières. Une infâme orgie se prépare sur les capitules. Et va-z-y que l'on copule. On s'occit sauvagement dans chaque touffe. Et va-z-y que l'on se bouffe.
Ça grouille, ça suce, ça ronge, ça pique, ça mord, ça chie ! Argh ! C'est affreux ! Je me supplicie à m'imposer pareille endurance. Scènes obscènes au sommet des calices. Je bois le mien jusqu'à la lie.
Et c'est là. Oui, Mesdames et Messieurs, c'est là que je tranche. Tout bien net, tout bien propre, tout bien ras. Nous sommes à la fin du mois de mai. J'ai patiemment attendu que l'écosystème se structure, s'enrichisse, se complexifie. Je lui ai fait croire que le risque de la tondeuse était passé. Si j'étais passé plus tôt et plus souvent, je n'aurais tué qu'une poignée de chenilles maigrelettes issues des rares papillons ou diverses larves minuscules à peine sorties de cocons protecteurs ayant réchappé à l'hiver. En gros, les aventureux téméraires en nombre restreint qui courent le risque de se lancer avant tous les autres.
Alors qu'après le 15 mai, tous se sont résolus à engendrer, procréer, grandir, grossir. Le gros des troupes est présent. C'est une victoire totale. Ou quasi totale. Car mon passage a détruit 90% de cette ville engeance. Mais les 10% de rescapés peuvent encore profiter des beaux jours pour forniquer, se multiplier et croître à nouveau.
J'applique donc la même méthode : je laisse un peu de temps aux futurs condamnés afin qu'ils gaspillent leurs ultimes forces et réserves. Début juillet, je décapite pour la seconde fois : moisson encore acceptable.
Je procède ensuite à quelques broyages supplémentaires histoire d'être certain que toute la biodiversité aura bien été anéantie. Je reconnais que je pourrais me passer des deux derniers passages en octobre et novembre qui n'ont qu'un effet limité rapporté aux coûts supplémentaires engendrés. Mais je suis besogneux et ne veut laisser la moindre chance à la nature."
Si j'ai laissé parler un double maléfique et (très) imaginaire, c'est pour décrire une situation absolument véridique qui m'a révolté. Et pour évacuer mon exaspération.
Les passages ont été effectués aux dates indiquées à quelques jours près. Comme on le voit sur les photos prises le 16 mai avant le premier passage, il existe un chemin goudronné que l'on peut utiliser dont les bords sont entretenus régulièrement, eux. Cela suffit largement au cheminement et permet d'observer une nature plutôt riche sur les ombellifères et les renoncules. D'autant que ce n'est pas un lieu où l'on s'arrête pour pique-niquer ou s'asseoir. Il y a un lieu prévu à cet effet un peu plus loin, entretenu plus régulièrement, ce qui est logique. Tout au plus aurait-on pu passer plus souvent afin de dégager la périphérie immédiate d'un banc (présent dans la zone des photos) que l'herbe avait un peu envahi.
Mais pour le reste (photos des hautes herbes en fleur), si l'objectif était de tondre régulièrement (ce qui n'a donc pas d'intérêt à l'exception compréhensible de la zone du banc et des abords immédiats du chemin), pourquoi attendre que l'herbe ait monté si haut avec un écosystème riche à la clé ? Et pourquoi passer encore en octobre et en novembre pour tondre de l'herbe qui atteint 10 cm de haut et ne peut gagner que 2 ou 3 cm durant l'hiver (et encore, est-ce que je n'exagère pas ?). C'est vous qui payez avec vos impôts le coût de ces passages totalement inutiles et absurdes, quel que soit le point de vue ou l'objectif, pensez-y !
Évidemment, je ne pense pas que ceux qui entretiennent ou font entretenir ces espaces le font avec des intentions maléfiques, encore heureux ! Mais cet exemple de gaspillage de l'argent public qui en outre, détruit la nature, représente la norme actuelle de ce qui se fait en routine sur nos espaces verts. En toute indifférence et ignorance.
Maintenant, vous savez.
Guillaume
D'autres vues de ce que l'on pourrait laisser pousser (et ne faucher qu'une fois par an).
C'est vraiment si moche que ça ?
D'autres articles sur ce thème :
Les herbes hautes et la fauche annuelle unique.
Ne pas tondre tout son jardin.
1- Laissons pousser quelques fleurs sauvages - Elles ne vont pas nous agresser...
2- Laissons pousser quelques fleurs sauvages - Nous aurons peut-être des orchidées.
3- Laissons pousser quelques fleurs sauvages - Au moins pour les abeilles...
4- Laissons pousser quelques fleurs sauvages - Le long des routes.
5- Laissons pousser quelques fleurs sauvages - Mais en hiver, ça donne quoi ?
vendredi 1 novembre 2013
Buissonnons - 2 - Une vraie friche dans le jardin.
![]() |
| Huppe fasciée. Vous voulez l'accueillir ? Lâchez un peu vos outils de jardinage ! |
Aujourd'hui, je vous propose de jouer à un petit jeu qui risque de vous occuper durant des années. Un bien foutraque.
Le but est de développer une friche dans votre jardin. Balcons avec jardinières s’abstenir ! Je sais, c'est cruel mais c'est mon cas en ce moment alors je n'hésite pas à remuer le couteau dans la plaie...
Une vraie friche, c'est en gros un milieu contenant des petits buissons par-ci, par-là. Pas juste de l'herbe haute, donc. Par conséquent, il faut bien attendre deux ou trois ans sans la moindre coupe avant de les voir se développer dans une pelouse.
Par la suite, l'idée est de couper un tiers de votre jardin à un intervalle de temps régulier en fin d'année, lorsque toutes les plantes et animaux qui en dépendent ont terminé leur cycle de vie. Les deux autres tiers qui continuent à se développer assurent une zone refuge idéale pour tous ceux qui ont choisi de passer l'hiver accrochés dans les branches ou sur les tiges. Et il faut préciser que la friche attire des animaux spécifiques qui ne se plaisent ni dans les prés ni dans la forêt.
Libre à chacun de choisir son pas de temps préféré. Pour de la friche basse à tendance herbacée : tous les deux ans. Pour les procrastinateurs, on peut pousser jusqu'à 3 voire 5 ans. Il est à parier que dans le dernier cas, le troisième tiers fournira du bois de chauffage ! Il faudra sortir la hache...
Oui, c'est un fait oublié tant l'homme marque au fer rouge de son empreinte dominatrice la nature (1) mais rappelons que la forêt pousse toute seule. N'en déplaise à son orgueil hypertrophié.
Une variante amusante consiste d'ailleurs à choisir comme pas de temps une éternité. A n'en pas douter, vous (ou vos enfants) verrez grandir une forêt dans votre jardin fût-il au départ, engazonné et rasé de près.
Mmmhh... Je vous sens enthousiaste.
Allez, je suis bon prince, divisez plutôt le tout en 4 et entretenez l'un des quarts un peu plus souvent, histoire de pouvoir pique-niquer face à l'Hypolaïs polyglotte, la Pie-grièche écorcheur, au Tarier pâtre, la Fauvette grisette, la Huppe fasciée, au Flambé, aux Théclas, l'Azuré des Nerpruns, au Citron, au Gazé, etc.
Guillaume.
(1) Enfin, c'est ce qu'il se plaît à croire. Mais plus il tire sur l'élastique, plus il se le prend violemment dans la gueule...
A lire aussi : Buissonnons - 1 - Le jardin rêvé...
dimanche 14 juillet 2013
Buissonnons - 1 - Le jardin rêvé...
Nouveau bandeau, renouvellement thématique.
Proposition pour de futurs travaux pratiques.
Ne plus chercher la solution en commissions.
Passer à l'action : notre but, notre mission.
Nous aimons nous lancer dans de nouvelles aventures. Nous peinons un peu à les terminer (si l'on peut considérer que des aventures se terminent un jour...). Mais je tiens à préciser que nous ne lâchons pas le morceau !
C'est comme le dessin. Le plus jouissif, c'est l'esquisse, les premiers jets, les débuts prometteurs.
Après tout, nous sommes dans l'esprit. Ce blog a été conçu pour une bonne part comme un prétexte pour dessiner...
Donc, nouvelle série d'articles pour ouvrir la porte des rêves. Les plus fous et surtout les plus foutraques.
Le blog foutraque et instructif sur la biodiversité, c'est bien ici.
Faisons l'école buissonnière, donc, mais dans le sens le plus littéral possible.
Buissonnons ensemble, voulez-vous?
Est-ce seulement possible ? Pourrait-on en voir, ne serait-ce qu'un seul ?
Un jardin qui ne consisterait qu'en un agencement subtil de ce que la nature proposerait spontanément aux alentours immédiats voire même de ce qui pousserait dans le terrain si l'on arrêtait l'entretien.
Un jardin dont le principe ne serait que de sculpter les écosystèmes locaux émis sans volonté expresse humaine.
Sculpter le terroir. Se reconnecter avec la logique du territoire. Savoir recevoir l'authenticité de la terre. Avoir l'humilité de s'accorder à son essence, à ses essences.
Un bout de haie ? Bien. Abandonner une bande de terrain. N'y rien faire. Rien. Pendant des années.
Si. Tout de même, j'oubliais, c'est un jardin. C'est la règle du jeu. Le compromis avec la nature est recherché. Couper seulement ce qui dépasse du volume défini. Regarder pousser les ronces et puis couic ! Moins de 1,5 m, avez-vous dit ? Soit, va pour 1,5 m. C'est déjà inouï, inespéré, un long pavé de ronces
de 150 cm de côté.
Bien d'autres essences tenteront leur chance. Ici, les frênes prendront le meilleur départ. Là, les prunelliers domineront. Là bas, les cornouillers sanguins déborderont.
A chaque fois, la complexité, la richesse du patrimoine vivant local se reconstitueront devant vos yeux. Vous aurez à transmettre à vos descendants un espace plein de sens, en harmonie avec la terre, qu'ils verront eux-mêmes évoluer, dont la richesse continuera à se dévoiler.
Que recherchent ceux qui fuient le béton et l'agencement artificiel des espaces verts urbains où l'illusion de domination ostentatoire écrase du talon toute idée de nature ?
S'ils viennent pour en retrouver l’authenticité pourquoi s'empressent-ils d'y éradiquer tout ce qui en faisait la typicité pour n'y mettre que de l'artificiel, de l'exotique, de l'hybride fluorescent ou du transgénique à bandes spiralées et pompons rouges à crochets du Caucase oriental ?
Mmmh... Je ne comprendrai jamais... Je dois être un extrémiste.
La Pie-grièche écorcheur, ce passereau trapu ambitionnant la glorieuse condition de rapace de poche est typiquement l'oiseau lié aux haies champêtres autrefois si banales. Tout comme les prairies extensives qu'elles ceinturaient.
Cette toile de fond du paysage campagnard a pratiquement disparu aujourd'hui de certaines régions et partout elle est malmenée, remplacée par de la monoculture intensive à perte de vue, de la zone industrielle déprimante mais aussi du lotissement aseptisé et ses jardins artificiels clonés à l'infini (1).
Du coup, les effectifs de la pauvre bête se sont effondrés. C'est encore pire pour ses cousines (Pie-grièche grise et Pie-grièche à tête rousse) qui sont globalement devenues rarissimes en France.
Voici un croquis d'après nature d'un individu migrateur en halte près de chez moi (l'illustration ne fera pas date mais c'était une occasion rare de la dessiner. Je n'ai pas eu le temps de tergiverser ni de recommencer).
Pour finir sur une note positive, les solutions ne manquent pas. Chaque paysage décrit ci-avant (1) prendrait une autre allure et un autre intérêt pour la biodiversité si on ne faisait pas l'effort d'y gommer toutes les espèces autochtones. Une petite poignée de principes suffirait à rendre ces zones attractives pour la vie sauvage.
Est-ce que 150 m de haie champêtre autour d'un jardin de banlieue suffisent au retour de la Pie-grièche écorcheur ? Probablement pas, il faut un peu d'espace à la belle. Mais il faut bien commencer un jour et une foule de bestioles tout aussi fascinantes profiteront de l'aubaine. Et pour n'avoir plus conscience du foisonnement de la vie dans des paysages tels que le bocage, nous peinons à imaginer ce que des initiatives positives de la sorte, cumulées, pourraient avoir comme résultat. Et je vous fais grâce ici, du discours sur la fauche tardive, souvent évoquée dans ce blog.
Dans le Morvan, alors que j'étais en vacances dans un gîte, j'ai vu depuis la cuisine, une Pie-grièche écorcheur se poster sur la haie (champêtre, forcément) qui bordait le jardin. Vous voyez, on ne sait jamais.
Faut y croire et se dépêcher d'agir.
Guillaume.
Une sorte de suite : Buissonnons - 2 - Une vraie friche dans le jardin.
Proposition pour de futurs travaux pratiques.
Ne plus chercher la solution en commissions.
Passer à l'action : notre but, notre mission.
Nous aimons nous lancer dans de nouvelles aventures. Nous peinons un peu à les terminer (si l'on peut considérer que des aventures se terminent un jour...). Mais je tiens à préciser que nous ne lâchons pas le morceau !
C'est comme le dessin. Le plus jouissif, c'est l'esquisse, les premiers jets, les débuts prometteurs.
Après tout, nous sommes dans l'esprit. Ce blog a été conçu pour une bonne part comme un prétexte pour dessiner...
Donc, nouvelle série d'articles pour ouvrir la porte des rêves. Les plus fous et surtout les plus foutraques.
Le blog foutraque et instructif sur la biodiversité, c'est bien ici.
Faisons l'école buissonnière, donc, mais dans le sens le plus littéral possible.
Buissonnons ensemble, voulez-vous?
Est-ce seulement possible ? Pourrait-on en voir, ne serait-ce qu'un seul ?
Un jardin qui ne consisterait qu'en un agencement subtil de ce que la nature proposerait spontanément aux alentours immédiats voire même de ce qui pousserait dans le terrain si l'on arrêtait l'entretien.
Un jardin dont le principe ne serait que de sculpter les écosystèmes locaux émis sans volonté expresse humaine.
Sculpter le terroir. Se reconnecter avec la logique du territoire. Savoir recevoir l'authenticité de la terre. Avoir l'humilité de s'accorder à son essence, à ses essences.
![]() |
| Une haie arborée gratuite dans 35 ans si vous résistez à la taille des bordures de votre limite de terrain. |
Si. Tout de même, j'oubliais, c'est un jardin. C'est la règle du jeu. Le compromis avec la nature est recherché. Couper seulement ce qui dépasse du volume défini. Regarder pousser les ronces et puis couic ! Moins de 1,5 m, avez-vous dit ? Soit, va pour 1,5 m. C'est déjà inouï, inespéré, un long pavé de ronces
de 150 cm de côté.
Bien d'autres essences tenteront leur chance. Ici, les frênes prendront le meilleur départ. Là, les prunelliers domineront. Là bas, les cornouillers sanguins déborderont.
A chaque fois, la complexité, la richesse du patrimoine vivant local se reconstitueront devant vos yeux. Vous aurez à transmettre à vos descendants un espace plein de sens, en harmonie avec la terre, qu'ils verront eux-mêmes évoluer, dont la richesse continuera à se dévoiler.
Que recherchent ceux qui fuient le béton et l'agencement artificiel des espaces verts urbains où l'illusion de domination ostentatoire écrase du talon toute idée de nature ?
S'ils viennent pour en retrouver l’authenticité pourquoi s'empressent-ils d'y éradiquer tout ce qui en faisait la typicité pour n'y mettre que de l'artificiel, de l'exotique, de l'hybride fluorescent ou du transgénique à bandes spiralées et pompons rouges à crochets du Caucase oriental ?
Mmmh... Je ne comprendrai jamais... Je dois être un extrémiste.
La Pie-grièche écorcheur, ce passereau trapu ambitionnant la glorieuse condition de rapace de poche est typiquement l'oiseau lié aux haies champêtres autrefois si banales. Tout comme les prairies extensives qu'elles ceinturaient.
Cette toile de fond du paysage campagnard a pratiquement disparu aujourd'hui de certaines régions et partout elle est malmenée, remplacée par de la monoculture intensive à perte de vue, de la zone industrielle déprimante mais aussi du lotissement aseptisé et ses jardins artificiels clonés à l'infini (1).
Du coup, les effectifs de la pauvre bête se sont effondrés. C'est encore pire pour ses cousines (Pie-grièche grise et Pie-grièche à tête rousse) qui sont globalement devenues rarissimes en France.
Voici un croquis d'après nature d'un individu migrateur en halte près de chez moi (l'illustration ne fera pas date mais c'était une occasion rare de la dessiner. Je n'ai pas eu le temps de tergiverser ni de recommencer).
![]() |
| Pie-grièche grise (Lanius excubitor) |
Pour finir sur une note positive, les solutions ne manquent pas. Chaque paysage décrit ci-avant (1) prendrait une autre allure et un autre intérêt pour la biodiversité si on ne faisait pas l'effort d'y gommer toutes les espèces autochtones. Une petite poignée de principes suffirait à rendre ces zones attractives pour la vie sauvage.
Est-ce que 150 m de haie champêtre autour d'un jardin de banlieue suffisent au retour de la Pie-grièche écorcheur ? Probablement pas, il faut un peu d'espace à la belle. Mais il faut bien commencer un jour et une foule de bestioles tout aussi fascinantes profiteront de l'aubaine. Et pour n'avoir plus conscience du foisonnement de la vie dans des paysages tels que le bocage, nous peinons à imaginer ce que des initiatives positives de la sorte, cumulées, pourraient avoir comme résultat. Et je vous fais grâce ici, du discours sur la fauche tardive, souvent évoquée dans ce blog.
Dans le Morvan, alors que j'étais en vacances dans un gîte, j'ai vu depuis la cuisine, une Pie-grièche écorcheur se poster sur la haie (champêtre, forcément) qui bordait le jardin. Vous voyez, on ne sait jamais.
Faut y croire et se dépêcher d'agir.
Guillaume.
Une sorte de suite : Buissonnons - 2 - Une vraie friche dans le jardin.
mercredi 2 janvier 2013
Rose : la couleur de la révolte ! - épisode 7 (témoin 4 : la Tachinaire)
Épisodes précédents :
1- Le Chardon est-il aussi abominable qu'on voudrait nous le faire croire ?
2- Quelles forces permettent au Chardon de subsister malgré les conditions hostiles que nous instaurons à son encontre ?
3- A qui profite le Chardon ? Les butineurs pour commencer !
4- A qui profite le Chardon ? Aux papillons !
5- Le témoignage du Morosphinx en faveur du Chardon et des fleurs qui lui ressemblent.
6- Le taon blanc
Chère Maman, cher Papa,
Voilà maintenant plusieurs semaines que vous n'aviez plus de nouvelles de ma part. Depuis le 28 septembre 2012 pour être exact, date de mon premier et dernier reportage au sujet du chardon pour la télévision.
Mes chers parents, excusez-moi et ne m'en veuillez pas ! Il se peut que vous ayez du mal à l'accepter mais je vis une histoire incroyable ! L'amour ! L'amour était dans le pré !
Oui, mes chers aïeux, je suis tombé amoureux ! Le mieux pour vous en convaincre, c'est encore de vous présenter la belle. Je suis sûr que vous me pardonnerez en constatant sa beauté sans pareilles :
Son nom sonne comme une douce mélodie : Tachinaire...
Coup de foudre dès la première rencontre. Sous son air bougon et ses soies grossières, se cache une inoffensive petite bête presque pacifique : mon aimée ne se nourrit que de nectar. Certes, sa progéniture qui s'accroche à la première larve de passage, la dévore vivante, de l'intérieur. Mais elle a abandonné depuis déjà plusieurs semaines ces pratiques un tantinet cruelles mais si utiles au maintien des équilibres naturels (1). Ses lèvres proéminentes (en réalité, son péristome !) sont garanties sans botox ajouté ! Et lorsqu'elle me lance un regard amoureux, ce ne sont pas deux mais bien des centaines d'yeux (ommatidies) qui m'admirent passionnément.
Je n'ai pu risquer de vous la présenter avant son témoignage en faveur du Chardon rebelle, Robin des champs, de peur de compromettre sa présence au procès. C'est l'un de ses amis qui a généreusement pourvu à son alimentation, un indispensable à sa survie.
Mais surtout, oui, je dois l'avouer, j'ai peur des préjugés que notre relation pourrait provoquer. Si notre amour ne peut que se vivre, pour d'évidentes raisons d'incompatibilité physiologique, selon un mode platonique, je ne compte pas pour autant revenir en arrière au risque de vous déplaire. Elle m'a ouvert les yeux sur un nouveau mode de vie. Pour moi, il n'y a plus de mauvaises herbes (et pas plus d'insectes inutiles) mais des plantes hôtes pour les arthropodes. Et le Chardon en fait partie.
Papa, je te suis reconnaissant d'avoir fait ton possible, à ta façon, en me pistonnant à la télévision mais si tu veux vraiment aider ton fiston, utilise tes relations afin d'offrir une meilleure image des espèces sauvages qui tentent de vivre au plus près des hommes.
Et puis tu sais, si tu veux investir dans une communication rentable, sache que ma dulcinée est une vraie vedette ! Une double page lui a même été consacrée dans l'extraordinaire numéro 84 "Frissons d'ombelle" de la célèbre revue La Hulotte, la plus lue dans les terriers.
Je quitte mon poste de reporter et m'apprête à changer de vie. Je vais me consacrer à protéger cette vie sauvage que je découvre émerveillé. SNIF ! Je me sens déjà mieux de vous avoir dit tout cela et j'espère que vous l'accepterez...
Bises,
Philistin de Jolibourg.
(1) rôle d'auxiliaire du jardinier
1- Le Chardon est-il aussi abominable qu'on voudrait nous le faire croire ?
2- Quelles forces permettent au Chardon de subsister malgré les conditions hostiles que nous instaurons à son encontre ?
3- A qui profite le Chardon ? Les butineurs pour commencer !
4- A qui profite le Chardon ? Aux papillons !
5- Le témoignage du Morosphinx en faveur du Chardon et des fleurs qui lui ressemblent.
6- Le taon blanc
Chère Maman, cher Papa,
Voilà maintenant plusieurs semaines que vous n'aviez plus de nouvelles de ma part. Depuis le 28 septembre 2012 pour être exact, date de mon premier et dernier reportage au sujet du chardon pour la télévision.
Mes chers parents, excusez-moi et ne m'en veuillez pas ! Il se peut que vous ayez du mal à l'accepter mais je vis une histoire incroyable ! L'amour ! L'amour était dans le pré !
Oui, mes chers aïeux, je suis tombé amoureux ! Le mieux pour vous en convaincre, c'est encore de vous présenter la belle. Je suis sûr que vous me pardonnerez en constatant sa beauté sans pareilles :
![]() |
| Tachinaire sur chardon. |
Son nom sonne comme une douce mélodie : Tachinaire...
Coup de foudre dès la première rencontre. Sous son air bougon et ses soies grossières, se cache une inoffensive petite bête presque pacifique : mon aimée ne se nourrit que de nectar. Certes, sa progéniture qui s'accroche à la première larve de passage, la dévore vivante, de l'intérieur. Mais elle a abandonné depuis déjà plusieurs semaines ces pratiques un tantinet cruelles mais si utiles au maintien des équilibres naturels (1). Ses lèvres proéminentes (en réalité, son péristome !) sont garanties sans botox ajouté ! Et lorsqu'elle me lance un regard amoureux, ce ne sont pas deux mais bien des centaines d'yeux (ommatidies) qui m'admirent passionnément.
Je n'ai pu risquer de vous la présenter avant son témoignage en faveur du Chardon rebelle, Robin des champs, de peur de compromettre sa présence au procès. C'est l'un de ses amis qui a généreusement pourvu à son alimentation, un indispensable à sa survie.
Mais surtout, oui, je dois l'avouer, j'ai peur des préjugés que notre relation pourrait provoquer. Si notre amour ne peut que se vivre, pour d'évidentes raisons d'incompatibilité physiologique, selon un mode platonique, je ne compte pas pour autant revenir en arrière au risque de vous déplaire. Elle m'a ouvert les yeux sur un nouveau mode de vie. Pour moi, il n'y a plus de mauvaises herbes (et pas plus d'insectes inutiles) mais des plantes hôtes pour les arthropodes. Et le Chardon en fait partie.
Papa, je te suis reconnaissant d'avoir fait ton possible, à ta façon, en me pistonnant à la télévision mais si tu veux vraiment aider ton fiston, utilise tes relations afin d'offrir une meilleure image des espèces sauvages qui tentent de vivre au plus près des hommes.
Et puis tu sais, si tu veux investir dans une communication rentable, sache que ma dulcinée est une vraie vedette ! Une double page lui a même été consacrée dans l'extraordinaire numéro 84 "Frissons d'ombelle" de la célèbre revue La Hulotte, la plus lue dans les terriers.
Je quitte mon poste de reporter et m'apprête à changer de vie. Je vais me consacrer à protéger cette vie sauvage que je découvre émerveillé. SNIF ! Je me sens déjà mieux de vous avoir dit tout cela et j'espère que vous l'accepterez...
Bises,
Philistin de Jolibourg.
(1) rôle d'auxiliaire du jardinier
jeudi 25 octobre 2012
Aujourd'hui, on réinvente l'eau chaude.
![]() |
| Vieil arbre, Étang de la Mer Rouge, Brenne, 2011. |
Il existe des mécaniciens de la nature. Ils essayent de restaurer ce que d'autres ont détruit ou ils détournent à leur profit certaines propriétés des écosystèmes. Les plus sages d'entre eux se contentent souvent de laisser la nature agir ou se réparer toute seule. Parfois, ils se servent d'elle pour des tâches que la technologie tente imparfaitement d'accomplir (épurer l'eau, par exemple). Leur discipline, c’est le génie écologique.
On peut mettre à leur crédit un certain nombre de réussites.
A condition de ne faucher qu'une fois l'an et de ramasser les fauches, on peut, au bout de quelques années (oui, tout de même), récupérer une prairie relativement diversifiée (Y compris dans les jardins. OUI ! MÊME LE VÔTRE !) là où les tontes hebdomadaires avaient régné durant trop longtemps.
On peut replanter des haies (AVEC DES VÉGÉTAUX SAUVAGES LOCAUX ! Y compris dans les jardins. OUI ! MÊME LE VÔTRE !) Même si une haie poussera toute seule sur une bande jamais entretenue...
Grâce au pâturage mais aussi avec de puissants engins mécaniques, on restaure des zones humides que les végétaux en développement avaient asséchées. On peut encore re-profiler les berges, re-creuser des mares comblées, etc. Y compris dans les jardins. Mais pas forcément tous... On réhabilite même des carrières !!
Bref, on peut restaurer des tas d'écosystèmes variés favorables à une riche biodiversité... Le résultat n'est pas toujours à la hauteur de la situation antérieure aux dégradations mais ne broyons pas du noir, c'est plutôt encourageant. Si on le lui permet, la Nature revient très vite. Il suffit de constater la vitesse de colonisation d'une terre nue par les végétaux sauvages...
Seulement parfois, ça coince. Il est désormais temps d'enfoncer une porte ouverte. Quand on abat un vieil arbre, les ingénieurs ont beau tourner le problème dans tous les sens, il n'y a pas de solution de remplacement.
Le chêne d'à peine 100 à 200 ans (car il y a bien plus vieux), celui qui présente à la fois un gros volume de bois sain et un gros volume de bois mort avec pour chaque catégorie un cortège de faune spécifique (probablement plus de 1000 espèces d'arthropodes sur les essences de chênes européens), celui-ci est irremplaçable.
On ne sait pas planter de vieux arbres. C'est ridicule à dire mais j'ose prétendre qu'il faut le rappeler.
Guillaume.
PS: une dernière porte ouverte enfoncée pour la route : le plus simple serait de ne pas détruire !
Dans la salle et derrière les écrans, des "Oh !" et des "Ah!" admiratifs. "Lumineux ! Oh, la belle bleue ! Époustouflant ! Quelle sagesse !"
Le rédacteur : "Merci, stop, n'en jetez plus !"
lundi 23 avril 2012
Il n'est pas encore trop tard pour chercher des œufs. Peut-être pas ceux que vous imaginez. Disons, surement moins comestibles.
Mais les créatures qui en sortent sont sources d'émerveillement.
Un article de saison à relire, donc.
Les oeufs de Pâques pillons !
Mais les créatures qui en sortent sont sources d'émerveillement.
Un article de saison à relire, donc.
Les oeufs de Pâques pillons !
jeudi 15 mars 2012
Ça y est ! Elles reviennent ! Ahhhrg ! Noooonnn !!
Et si !
Z'étiez pourtant prévenus. On l'avait prédit l'année dernière ! Ben, oui, fallait lire le blog !
Allez, dernière chance avant la prochaine:
Le retour de l'attaque de la mort qui tue, XXIII. (Et que c'en est même carrément plus qu'affreux, au point qu'on dit que c'en devient épouvantable !)
L'attaque qui tue pas trop, en fait ! Le retour...
Ah, ce bon vieux Tronçonnator...
Z'étiez pourtant prévenus. On l'avait prédit l'année dernière ! Ben, oui, fallait lire le blog !
Allez, dernière chance avant la prochaine:
Le retour de l'attaque de la mort qui tue, XXIII. (Et que c'en est même carrément plus qu'affreux, au point qu'on dit que c'en devient épouvantable !)
L'attaque qui tue pas trop, en fait ! Le retour...
Ah, ce bon vieux Tronçonnator...
mercredi 8 février 2012
Le soutien psychologique de Jean Henri Fabre.
Comme le disait le percutant maître thaïlandais du 8° siècle Kim Khi Kogn, "la puissance dévastatrice du "qu'en dira-t-on ?" peut annihiler tout projet non conforme aux règles du troupeau".
Même si ce projet est frappé au coin du bon sens.
Bon, vous avez tout lu Freud et un Retour aux sources. Et vous avez appliqué les consignes à la lettre. Je m'entends, celles du blog, hein?
Vous n'êtes pas peu fier de votre jardin qui concentre dans un espace contraint un panel exhaustif de techniques favorables à la biodiversité. Vous vous êtes émerveillés des mauves sylvestres, des vipérines, des coquelicots et des compagnons blancs, toutes fleurs sauvages, qui ont poussé librement. Certes, un peu seul pour l'instant car vous n'avez pas encore convaincu vos voisins. Certes aussi, vous vous êtes un peu vexé quand cet ingrat de Demi-deuil, dont la chenille s'était développée sur VOS graminées sauvages et spontanées, s'en est allé butiner les asters horticoles du voisin qui rase sa pelouse avec l’assiduité du coiffeur d'un monastère de moines bouddhistes.
Re-certes, alors que vous aviez respectueusement préservé de la fauche une parcelle (1) refuge d'herbes sèches pour l'hiver, vous n'avez pas apprécié la remarque désobligeante de ce même voisin quant à l'esthétique douteuse de votre "bout de friche", selon sa propre expression.
Ahhrrrg !! Et puis re-re-certes, vous avez tenté de le contredire mais avant d'articuler 2 mots, vos lèvres se sont figées à la vue de ce spectacle déconcertant. "Ce qu'elles peuvent être sèches ces plantes ! Et grisâtres ou marronnasses avec ça ! Comment y voir une quelconque beauté ?", avez vous ruminé intérieurement.
Ah ! Malheureux ! Votre foi vacille. La pression sournoise du "qu'en dira-t-on ?" menace les fondements de votre engagement en faveur de la nature.
Il vous faut une assistance psychologique de toute urgence. Sinon, vous risquez de mettre un terme à toutes vos initiatives de gestion innovantes, pleines de sagesse pour suivre les règles absurdes du troupeau.
Alors, écoutez ! J'ai cinq minutes, là. Si vous voulez, je vous prends en consultation exceptionnelle. Bon, d'accord, allongez-vous sur le divan.
Je vous propose une attaque rhétorique coordonnée selon les trois mouvements du désormais illustre et fulgurant maître laotien du 9° siècle Kim Ki K'ogn :
Esquive.
On ne peut pas contrer une attaque sur l'esthétique frontalement. C'est bien connu, les goûts et les couleurs ne se discutent pas. Ceci dit, si esthétique et biodiversité sont deux notions différentes, elles ne sont pas antagonistes non plus ! Du coup, vous allez changer le niveau de votre regard. Changez d'échelle. Accroupissez-vous. Et regardez de plus près.
De taille.
Au début, vous ne verrez rien de spécial mais si vous attendez quelques secondes vous découvrirez dans votre parcelle refuge une diversité de formes largement supérieure à celle du billard vert et désertique de votre cher voisin. S'il n'y a plus ni les fleurs ni les arthropodes bariolés de la belle saison, il reste surement une belle diversité de graines, de feuilles, d'ombelles, de fruits.
Votre voisin ne goûte pas le charme d'une sommité sèche de carotte sauvage ou de tanaisie, pourtant germes d'une prochaine floraison aussi belle et naturelle que gratuite ? Et bien, ce n'est pas grave ! Car les petites bestioles ne sont pas en reste. Elles ont laissé pour vous derrière elles des traces riches d'historiettes parfois bouleversantes. Cherchez bien et découvrez alors des cocons, des chrysalides, des urnes, des amphores, des toiles dans lesquelles la vie palpite encore.
D'estoc.
Votre voisin n'est pas impressionné par ces boîtes sèches. Bon, c'est sûr, il s'en tient une sacrée couche ! Mais comme le proférait le sagace et vénéré maître birman du 7° siècle Kimki Khogn : "qu'importe de convaincre les convaincus !"
Persévérez-donc : votre dernière attaque vise au cœur. Prenez-le par les sentiments. Émerveillez-le avec un récit plus fort que son imagination ne peut en concevoir. Révélez-lui les secrets et l'intimité d'une amphore d'Eumenes sp. en une trilogie d'apothéose. Des mouvements de Tai-chi-chuan sont les bienvenus pour accompagner votre démonstration et la doter d'un impact supérieur.
Acte 1 - une technique ébouriffante :
Décrivez le génie bâtisseur de cette femelle d'hyménoptère qui élabore une petite capsule parfois appelée amphore ou urne incroyablement résistante, à l'aide d'un mortier composée de terre poudreuse, de grains de quartz ou d'autres matériaux aux reflets scintillants. Précisez que la pauvre bête amalgame le tout à l'aide de sa seule salive. Laissez observer la belle régularité de la capsule souvent munie d'un superbe goulot.
Acte 2 - chasse implacable et amour maternel :
Vantez le mérite de cette femelle bâtisseuse, mère courage, qui va ensuite capturer et paralyser une quinzaine de petites chenilles qu'elle placera sans les tuer dans l'amphore. Elle y pondra un œuf dont la
larve sortira plus tard.
Acte 3 - psychodrame horrifique (censuré aux moins de 16 ans) :
La petite larve avec son minois angélique et son air innocent va tout bonnement dévorer toutes crues les chenilles agitées de spasmes sous l'effet des morsures. Suspendue au sommet du dôme intérieur via une sorte de gaine de soie télescopique, elle fond sur ses pauvres victimes comme un couteau de cuisine sur un excellent boudin. Sans grand courage, elle s'en dégage dès que la véhémence de leurs réactions s'amplifie.
En temps voulu, l'année suivante, elle reproduira les mêmes supplices auprès d'autres malheureuses.
Mais bon, faut savoir ce que l'on veut ! Ces petites chenilles auraient tout aussi bien pu grignoter vos salades. Alors autant avaler les miennes car la nature est décidément bien faite. Cela vous évitera une aspersion de produits biocides...
Si votre retors voisin bouge encore à ce stade de votre récit, c'est que vous ne l'avez pas assez frappé. Dans le cas où vous auriez fait montre d'un sang-froid en tous points extraordinaire, en lui épargnant vos uppercuts, vous pouvez encore légitimement tenter de lui faire lire de force le récit détaillé suivant.
En effet, je n'aurais pas osé risquer de platement et vainement paraphraser cette figure tutélaire de l’éthologie et de l'entomologie, Jean Henri Fabre ; je me suis contenté d'esquisser rapidement le cycle de vie de la bestiole sus-citée.
Si votre voisin ne cède pas après cette lecture, s'il n'est pas contraint de poser le genou à terre en signe de soumission face au génie de la nature, changez de voisin !
Mais vous, vous n'allez pas céder ! Vous allez continuer !
La nature vous remercie !
C'est dans la boîte.
Même si ce projet est frappé au coin du bon sens.
Bon, vous avez tout lu Freud et un Retour aux sources. Et vous avez appliqué les consignes à la lettre. Je m'entends, celles du blog, hein?
Vous n'êtes pas peu fier de votre jardin qui concentre dans un espace contraint un panel exhaustif de techniques favorables à la biodiversité. Vous vous êtes émerveillés des mauves sylvestres, des vipérines, des coquelicots et des compagnons blancs, toutes fleurs sauvages, qui ont poussé librement. Certes, un peu seul pour l'instant car vous n'avez pas encore convaincu vos voisins. Certes aussi, vous vous êtes un peu vexé quand cet ingrat de Demi-deuil, dont la chenille s'était développée sur VOS graminées sauvages et spontanées, s'en est allé butiner les asters horticoles du voisin qui rase sa pelouse avec l’assiduité du coiffeur d'un monastère de moines bouddhistes.
Re-certes, alors que vous aviez respectueusement préservé de la fauche une parcelle (1) refuge d'herbes sèches pour l'hiver, vous n'avez pas apprécié la remarque désobligeante de ce même voisin quant à l'esthétique douteuse de votre "bout de friche", selon sa propre expression.
Ahhrrrg !! Et puis re-re-certes, vous avez tenté de le contredire mais avant d'articuler 2 mots, vos lèvres se sont figées à la vue de ce spectacle déconcertant. "Ce qu'elles peuvent être sèches ces plantes ! Et grisâtres ou marronnasses avec ça ! Comment y voir une quelconque beauté ?", avez vous ruminé intérieurement.
Ah ! Malheureux ! Votre foi vacille. La pression sournoise du "qu'en dira-t-on ?" menace les fondements de votre engagement en faveur de la nature.
Il vous faut une assistance psychologique de toute urgence. Sinon, vous risquez de mettre un terme à toutes vos initiatives de gestion innovantes, pleines de sagesse pour suivre les règles absurdes du troupeau.
Alors, écoutez ! J'ai cinq minutes, là. Si vous voulez, je vous prends en consultation exceptionnelle. Bon, d'accord, allongez-vous sur le divan.
Je vous propose une attaque rhétorique coordonnée selon les trois mouvements du désormais illustre et fulgurant maître laotien du 9° siècle Kim Ki K'ogn :
Esquive.
On ne peut pas contrer une attaque sur l'esthétique frontalement. C'est bien connu, les goûts et les couleurs ne se discutent pas. Ceci dit, si esthétique et biodiversité sont deux notions différentes, elles ne sont pas antagonistes non plus ! Du coup, vous allez changer le niveau de votre regard. Changez d'échelle. Accroupissez-vous. Et regardez de plus près.
De taille.
Au début, vous ne verrez rien de spécial mais si vous attendez quelques secondes vous découvrirez dans votre parcelle refuge une diversité de formes largement supérieure à celle du billard vert et désertique de votre cher voisin. S'il n'y a plus ni les fleurs ni les arthropodes bariolés de la belle saison, il reste surement une belle diversité de graines, de feuilles, d'ombelles, de fruits.
Votre voisin ne goûte pas le charme d'une sommité sèche de carotte sauvage ou de tanaisie, pourtant germes d'une prochaine floraison aussi belle et naturelle que gratuite ? Et bien, ce n'est pas grave ! Car les petites bestioles ne sont pas en reste. Elles ont laissé pour vous derrière elles des traces riches d'historiettes parfois bouleversantes. Cherchez bien et découvrez alors des cocons, des chrysalides, des urnes, des amphores, des toiles dans lesquelles la vie palpite encore.
D'estoc.
Votre voisin n'est pas impressionné par ces boîtes sèches. Bon, c'est sûr, il s'en tient une sacrée couche ! Mais comme le proférait le sagace et vénéré maître birman du 7° siècle Kimki Khogn : "qu'importe de convaincre les convaincus !"
Persévérez-donc : votre dernière attaque vise au cœur. Prenez-le par les sentiments. Émerveillez-le avec un récit plus fort que son imagination ne peut en concevoir. Révélez-lui les secrets et l'intimité d'une amphore d'Eumenes sp. en une trilogie d'apothéose. Des mouvements de Tai-chi-chuan sont les bienvenus pour accompagner votre démonstration et la doter d'un impact supérieur.
Acte 1 - une technique ébouriffante :Décrivez le génie bâtisseur de cette femelle d'hyménoptère qui élabore une petite capsule parfois appelée amphore ou urne incroyablement résistante, à l'aide d'un mortier composée de terre poudreuse, de grains de quartz ou d'autres matériaux aux reflets scintillants. Précisez que la pauvre bête amalgame le tout à l'aide de sa seule salive. Laissez observer la belle régularité de la capsule souvent munie d'un superbe goulot.
Acte 2 - chasse implacable et amour maternel :
Vantez le mérite de cette femelle bâtisseuse, mère courage, qui va ensuite capturer et paralyser une quinzaine de petites chenilles qu'elle placera sans les tuer dans l'amphore. Elle y pondra un œuf dont la
larve sortira plus tard.
Acte 3 - psychodrame horrifique (censuré aux moins de 16 ans) :
La petite larve avec son minois angélique et son air innocent va tout bonnement dévorer toutes crues les chenilles agitées de spasmes sous l'effet des morsures. Suspendue au sommet du dôme intérieur via une sorte de gaine de soie télescopique, elle fond sur ses pauvres victimes comme un couteau de cuisine sur un excellent boudin. Sans grand courage, elle s'en dégage dès que la véhémence de leurs réactions s'amplifie.
En temps voulu, l'année suivante, elle reproduira les mêmes supplices auprès d'autres malheureuses.
Mais bon, faut savoir ce que l'on veut ! Ces petites chenilles auraient tout aussi bien pu grignoter vos salades. Alors autant avaler les miennes car la nature est décidément bien faite. Cela vous évitera une aspersion de produits biocides...
Si votre retors voisin bouge encore à ce stade de votre récit, c'est que vous ne l'avez pas assez frappé. Dans le cas où vous auriez fait montre d'un sang-froid en tous points extraordinaire, en lui épargnant vos uppercuts, vous pouvez encore légitimement tenter de lui faire lire de force le récit détaillé suivant.
En effet, je n'aurais pas osé risquer de platement et vainement paraphraser cette figure tutélaire de l’éthologie et de l'entomologie, Jean Henri Fabre ; je me suis contenté d'esquisser rapidement le cycle de vie de la bestiole sus-citée.
Si votre voisin ne cède pas après cette lecture, s'il n'est pas contraint de poser le genou à terre en signe de soumission face au génie de la nature, changez de voisin !
Mais vous, vous n'allez pas céder ! Vous allez continuer !
La nature vous remercie !
C'est dans la boîte.
mardi 7 février 2012
Rappel de saison !
Je reconnais bien volontiers que réhabiliter les vieux articles soulage le rédacteur du blog.
En même temps, il faut avouer que cette série d'articles tombe à pic par ces temps de grand froid. On s'était donné du mal pour les concevoir même si le ton est plus docte qu'à l'accoutumée.
Bref. Faut-il nourrir les animaux en hiver ? Eh bien, ce n'est pas si simple. La réponse ne coule pas de source et la question n'est peut-être même pas la bonne...
De quels animaux parle-t-on ?
Si on nourrit, comment fait-on ?
Vos commentaires sont les bienvenus. Bonnes lectures.
Guillaume.
En même temps, il faut avouer que cette série d'articles tombe à pic par ces temps de grand froid. On s'était donné du mal pour les concevoir même si le ton est plus docte qu'à l'accoutumée.
Bref. Faut-il nourrir les animaux en hiver ? Eh bien, ce n'est pas si simple. La réponse ne coule pas de source et la question n'est peut-être même pas la bonne...
De quels animaux parle-t-on ?
Si on nourrit, comment fait-on ?
Vos commentaires sont les bienvenus. Bonnes lectures.
Guillaume.
lundi 28 mars 2011
Le retour de l'attaque de la mort qui tue, XXIII. (Et que c'en est même carrément plus qu'affreux, au point qu'on dit que c'en devient épouvantable !)
| AAARRRGGGHH !! Elles arrivent ! C'est affreux, on y passera tous ! |
Après "l'attaque de la moussaka géante", "le retour des daltons morts-vivants", "la malédiction du baladeur mp3 tueur" et "la conspiration des édredons étouffeurs", la dernière bobine du célèbre réalisateur de films d'épouvante, Dario Desargento, déboule dans les bacs directement en DVD.
Votre serviteur s'est fendu d'une enquête digne des plus grands journalistes pour vous dénicher en exclusivité et en avant-première le synopsis (nous avons donc un mot pour dire pitch!) tenu secret de ce nouveau monument du cinéma, en route pour révolutionner le 7ème art :
| Vipérine : trop moche ! |
Leur nom : adventices."
Ces plantes sont très très méchantes parce que le printemps de retour, elles osent pousser sans notre aide, hors de notre obligatoire contrôle. Toute personne non dénuée du bon sens le plus élémentaire comprend le risque et le danger incommensurable que ces plantes font courir à notre survie : tremblez un peu en regardant avec effroi cette Véronique de Perse tentant d'engloutir le trottoir !
Pourtant, ce film me fait plutôt sourire comme toute bonne série Z qui se respecte. Ce n'est pas mon cauchemar. Ce serait plutôt celui de ceux qui emploient, sur les espaces verts, les jardins, soi-disant pour faire "joli" ou "propre" (étrange choix d'adjectifs), des produits chimiques mais aussi, il faut oser le dire de ceux, certes bien moins néfastes, qui s'épuisent à les éradiquer sans cesse par d'autres moyens mécaniques.
La binette est un bien bel objet. Elle est écologique et son utilisation nous oblige à pratiquer une activité physique qui fait tant défaut à nos vies sédentaires. Au potager, elle se justifie pleinement pour épargner une concurrence trop rude à nos légumes (n'oublions pas le paillage).
Mais ailleurs, est-ce vraiment la peine de s'acharner ? Toutes les plantes dont je parle aujourd'hui ne sont pas des arbustes pérennes. Il s'agit seulement de plantes annuelles. Une seule coupe par an, là où elles poussent empêchera le développement d'une flore plus robuste, ligneuse, par la suite. Il n'y a donc aucun risque en procédant de la sorte que nous soyons envahis par les végétaux de façon problématique ou irréversible.
Pensez un peu à cela : le fauchage unique annuel pratiqué dans les prairies autrefois créait un milieu composé de fleurs et graminées mais sans aucun arbuste. Je répète : aucun arbuste, une seule coupe. Et l'exportation répétée tous les ans de la fauche pour le fourrage ou la litière des bêtes empêchait le sol de trop s'enrichir (les végétaux coupés laissés au sol constituent un engrais azoté) et donc la flore de s'appauvrir et de se banaliser. L'exportation répétée tous les ans provoque une diversification importante de la flore sauvage.
Du coup, ne pourrions-nous pas envisager de patienter, au moins sur un coin du jardin, un bord de route, pour voir quelle tête ont donc ces créatures de l'enfer. Ces abominations que nous pensions devoir éradiquer?
Si vous êtes malins, le début de l'automne est une date judicieuse pour couper, faucher, tailler. Car les jours qui suivent ne verront pas les plantes repousser.
Mais pour plus de diversité, on peut aussi diviser l'espace et ne pas tout faucher en même temps, certains sols étant plus favorables à la floraison des espèces d'une saison donnée. Enfin, une masse d'insectes vous remercieront d'avoir laissé leurs larves intactes durant l'hiver sur une parcelle refuge.
Laissez un peu pousser, observez, apprenez...
Un jour, peut-être, les fleurs sauvages constitueront l'intérêt principal de nos jardins et nous les attendrons avec impatience en espérant en découvrir de nouvelles chaque année, comme les papillons qu'elles nourrissent...
Un jour, peut-être...
![]() | |
| L'horreur a un nom. Et c'est... Véronique ! Émergeant ici parmi d'autres monstruosités : les cardamines hérissées. Rien que le nom fait frissonner... |
jeudi 3 mars 2011
L'acte le plus efficace en faveur de la nature - Plantes sauvages locales - acte 1
Le temps est venu. L'heure de la grande révélation.
D'aucuns rétorqueront que j'aurais dû commencer par là : asséner ce que nous considérons comme le principe essentiel et primordial de toute personne désirant sérieusement protéger la biodiversité. Je reconnais qu'ils n'ont pas tort. Tel un fil conducteur, une épine dorsale, cela aurait structuré et éclairé notre discours rigolard, foutraque et un brin désordonné.
Seulement, à qui donc cette information cruciale aurait-elle servi? Durant les premiers mois de son existence, notre blog n'avait qu'un public maigrelet composé de très proches contraints sous les plus abjectes tortures de le visiter.
Maintenant que la gloire absolue nous interdit d'évoluer dans la rue sans que des fans transis n'arrachent nos vêtements, nous pouvons lâcher l'information.
Bon. Alors voilà. L'acte le plus important pour protéger la biodiversité, c'est de favoriser les plantes sauvages locales... Hum! Eh ben, oui ! Je le savais ! J'ai bien essayé de monter la mayonnaise mais je vous vois consternés... Vous vous attendiez à quelque chose de plus fracassant, de plus glamour peut-être ? Une révélation mystique ? Ben non, désolé, voilà notre vérité. Efficace car simple. Une porte ouverte défoncée au canon de 75 mm par un obus chargé au bon sens.
Maintenant, arrêtons les circonvolutions superfétatoires et laissons parler quelques chiffres (source : voir en bas de page) :
Le tableau ci-dessus présente quelques végétaux sauvages locaux et le nombre d'espèces d'insectes qui peuvent se nourrir sur chacun. Il s'agit en général des phases larvaires : par exemple, on dénombre jusqu'à 600 espèces de chenilles de papillons grignotant différentes parties des chênes sauvages. Certaines d'entre elles sont spécifiquement liées à une essence donnée et ne peuvent pas manger autre chose, d'autres sont plus généralistes et se coltinent aussi la chlorophylle ou la sève d'autres plantes.
Mais vue la quantité des insectes nourris (et même avec une légère et probable approximation des chiffres), il apparait évident que les espèces sauvages locales sont des démultiplicatrices de biodiversité.
Aucune espèce importée ne tient la comparaison. Au mieux, une poignée d'espèces se nourrissent sur les variétés modifiées ou exotiques. Par exemple, seules 2 ou 3 espèces croquent les fameux thuyas. Mais le comble, c'est que malgré leur faible diversité, ces insectes parviennent à anéantir des haies entières illico-presto de ce "béton vert".
Rajoutons que ces variétés sont en général les moins chères même si on ne les trouve pas forcément facilement. C'est logique, le système économique et les normes esthétiques des espaces verts se sont plutôt organisés pour nous vendre des végétaux nécessitant des soins (fragilité, inadaptabilité) ou de l'entretien intensif (taille et tonte suite à une croissance très rapide : thuyas toujours !) moyennant finances...
De toutes les façons, on a encore le droit de récolter les graines et baies dans la nature et de les resemer. Et puis nombre de variétés sauvages se bouturent à partir de morceaux des jeunes rameaux. Le tout, pour le prix d'un grand bol d'air frais.
A vous de jouer. Reconstituez les haies disparues!
Guillaume.
PS : je sais, je suis trop long ! Chacun ses défauts... Il y a encore tant à dire ! A suivre...
PPS : pour cet article, nous=Olivier et moi (ce blog est donc écrit et conçu par 2 personnes).
PPPS : source du tableau : "Le jardin idéal des bêtes - comment les accueillir", Heidi Rogner, Manfred Rogner, éditions Terre Vivante.
PPPPS : OK, j'arrête.
D'aucuns rétorqueront que j'aurais dû commencer par là : asséner ce que nous considérons comme le principe essentiel et primordial de toute personne désirant sérieusement protéger la biodiversité. Je reconnais qu'ils n'ont pas tort. Tel un fil conducteur, une épine dorsale, cela aurait structuré et éclairé notre discours rigolard, foutraque et un brin désordonné.
Seulement, à qui donc cette information cruciale aurait-elle servi? Durant les premiers mois de son existence, notre blog n'avait qu'un public maigrelet composé de très proches contraints sous les plus abjectes tortures de le visiter.
Maintenant que la gloire absolue nous interdit d'évoluer dans la rue sans que des fans transis n'arrachent nos vêtements, nous pouvons lâcher l'information.
Bon. Alors voilà. L'acte le plus important pour protéger la biodiversité, c'est de favoriser les plantes sauvages locales... Hum! Eh ben, oui ! Je le savais ! J'ai bien essayé de monter la mayonnaise mais je vous vois consternés... Vous vous attendiez à quelque chose de plus fracassant, de plus glamour peut-être ? Une révélation mystique ? Ben non, désolé, voilà notre vérité. Efficace car simple. Une porte ouverte défoncée au canon de 75 mm par un obus chargé au bon sens.
Maintenant, arrêtons les circonvolutions superfétatoires et laissons parler quelques chiffres (source : voir en bas de page) :
| Essences | Nombre d'espèces d'insectes | Essences | Nombre d'espèces d'insectes |
| Chêne | + de 1000 | Aubépine | 150 |
| Saule | 260 | Frêne | 40 |
| Bouleau | 230 | Charme | 30 |
| Sorbier | 30 | Tilleul | 30 |
| Noisetier | 70 | Hêtre | 60 |
| Tremble | 100 | Orme | 80 |
| Aulne | 90 |
Le tableau ci-dessus présente quelques végétaux sauvages locaux et le nombre d'espèces d'insectes qui peuvent se nourrir sur chacun. Il s'agit en général des phases larvaires : par exemple, on dénombre jusqu'à 600 espèces de chenilles de papillons grignotant différentes parties des chênes sauvages. Certaines d'entre elles sont spécifiquement liées à une essence donnée et ne peuvent pas manger autre chose, d'autres sont plus généralistes et se coltinent aussi la chlorophylle ou la sève d'autres plantes.
Mais vue la quantité des insectes nourris (et même avec une légère et probable approximation des chiffres), il apparait évident que les espèces sauvages locales sont des démultiplicatrices de biodiversité.
Aucune espèce importée ne tient la comparaison. Au mieux, une poignée d'espèces se nourrissent sur les variétés modifiées ou exotiques. Par exemple, seules 2 ou 3 espèces croquent les fameux thuyas. Mais le comble, c'est que malgré leur faible diversité, ces insectes parviennent à anéantir des haies entières illico-presto de ce "béton vert".
De leur côté, les plantes locales, offertes en pâture dans l'indifférence générale à une abondante horde de profiteurs insatiables (parasites, brouteurs, croqueurs, suceurs, une foule de bestioles à poils, à antennes, à plumes, j'en passe et des meilleures !) se portent comme des charmes et résistent à quasi toutes les attaques. Adaptées depuis des siècles, à nos sols, nos climats, elles en ont vu d'autres.
Autonomes, elles se débrouillent toutes seules. Personne ne vient les arroser. Personne ne les « engraisse » artificiellement. Personne ne les soigne, ne les taille, ne les éclabousse de produits chimiques (préférons le terme de « biocides » (qui tuent la vie) plutôt que « phytosanitaires » ou « pesticides »).
Nous voilà en présence d'un système "gagnant-gagnant". Biodiversité et entretien facile.
Là, j'entends votre cerveau formuler : « Bon sang mais c'est bien sûr. Ce sont des plantes locales qu'il me faut dans mon jardin!».
C'est un idée pleine de bon sens que nos aïeux avaient exploitée jusqu'au bout. En effet, ils tiraient une foule d'avantages de ces espèces : pour l'alimentation, en agriculture et jardinage, pour leurs propriétés médicinales, en tant que matériaux de construction (architecture, outillage, etc.), bois de chauffage, etc. La liste est proprement infinie.Autonomes, elles se débrouillent toutes seules. Personne ne vient les arroser. Personne ne les « engraisse » artificiellement. Personne ne les soigne, ne les taille, ne les éclabousse de produits chimiques (préférons le terme de « biocides » (qui tuent la vie) plutôt que « phytosanitaires » ou « pesticides »).
Nous voilà en présence d'un système "gagnant-gagnant". Biodiversité et entretien facile.
Là, j'entends votre cerveau formuler : « Bon sang mais c'est bien sûr. Ce sont des plantes locales qu'il me faut dans mon jardin!».
Rajoutons que ces variétés sont en général les moins chères même si on ne les trouve pas forcément facilement. C'est logique, le système économique et les normes esthétiques des espaces verts se sont plutôt organisés pour nous vendre des végétaux nécessitant des soins (fragilité, inadaptabilité) ou de l'entretien intensif (taille et tonte suite à une croissance très rapide : thuyas toujours !) moyennant finances...
De toutes les façons, on a encore le droit de récolter les graines et baies dans la nature et de les resemer. Et puis nombre de variétés sauvages se bouturent à partir de morceaux des jeunes rameaux. Le tout, pour le prix d'un grand bol d'air frais.
A vous de jouer. Reconstituez les haies disparues!
Guillaume.
PS : je sais, je suis trop long ! Chacun ses défauts... Il y a encore tant à dire ! A suivre...
PPS : pour cet article, nous=Olivier et moi (ce blog est donc écrit et conçu par 2 personnes).
PPPS : source du tableau : "Le jardin idéal des bêtes - comment les accueillir", Heidi Rogner, Manfred Rogner, éditions Terre Vivante.
PPPPS : OK, j'arrête.
Libellés :
plantes sauvages locales
jeudi 24 juin 2010
"Fast food des friches" - bioquantité ou biodiversité
Selon les sources de l'INAO (Institut national de l'origine et de la qualité), il existe en France 49 appellations d'origine contrôlée de produits laitiers, 395 de produits viticoles et encore 41 de divers autres produits alimentaires. Et dans de nombreux pays, des armadas de labels ne protègent pourtant qu'une partie de la formidable diversité des produits des terroirs. Une richesse inouïe dont on ne verrait que la partie émergée de l'iceberg.Pourtant, la malbouffe semblait imposer irrémédiablement jusqu'à présent une palette réduite de saveurs où la puissance et le manque de subtilité dominaient : gras, sucré, croquant, fondant. Et basta. Une industrie agroalimentaire surpuissante avait imposé sa cuisine simpliste hyper-calorique pour assouvir les seuls besoins primaires d'humains en manque d'exigence ou malheureusement privés d'une éducation gustative suffisante.
La quantité primant sur la qualité, la diversité.
Les humains non contents de s'imposer cet appauvrissement à eux-mêmes se sont mis en tête de l'imposer aussi aux butineurs. Alors que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes pour les abeilles et papillons, la nature pourvoyant tout ce qu'il fallait de feuilles à grignoter pour les larves, de fleurs à butiner pour les adultes, avec taille, forme et profondeur des corolles adaptées à toutes les trompes, eh bien, il a fallu que l'homme s'en mêle. On a vu apparaître des plantes (à acheter, évidemment) spécialement mellifères. Vous imaginez, des fois que certains aient l'idée d'utiliser gratuitement les ressources de la nature, en l'occurrence, les fleurs et arbustes sauvages du coin qui jouent le même rôle depuis la nuit des temps avec succès? Surtout ne pas laisser le temps aux gens de réaliser que tout ne se trouve pas au supermarché! Vite ! Exploiter le filon marketing avant qu'ils aient le temps de réfléchir !
Ainsi donc, des plantes exotiques telles que le fameux arbre à papillons (ou Buddleia) ont envahi nos jardins, puis nos terrains vagues (îlots de biodiversité miraculeusement oubliés par les lames), puis les espaces naturels et autres réserves de biodiversité.
Cet arbuste, c'est le "fastfood des friches" : il produit beaucoup mais d'une seule substance sucrée, le nectar. Il attire beaucoup de papillons, notamment, c'est à dire des insectes adultes. Le problème c'est qu'il ne nourrit aucune larve lorsqu'il croît dans nos contrées. Il ne permet à aucune chenille de se transformer en papillon. Il ne crée pas de la biodiversité mais permet seulement de nourrir celle qui s'est développée sur d'autres arbustes, indigènes eux. En outre, il a tendance, en se propageant rapidement, à remplacer la flore locale nourricière, celle qui, justement, crée et démultiplie la diversité animale.
Quelques papillons communs qui se nourrissent sur des plantes ressources à l'abondance plutôt irréductible (orties, ronces, certaines violettes, des crucifères plus ou moins cultivées comme les moutardes et les choux, etc. Loin de moi la volonté de jeter l'anathème sur ces plantes fort utiles et respectables.) peuvent alors se concentrer en masse autour du fastfood des friches pour s'y gaver allègrement de ses larges décilitres de nectar. Mais il s'agit d'un nombre restreint d'espèces : Citron, piérides blanches, Paon du jour, Vulcain, Robert le Diable, Belle Dame... On parle alors plutôt de "bioquantité" (beaucoup d'individus de la même espèce) que de biodiversité.
Certes, il ne sera jamais possible de tous les rencontrer dans un jardin mais il existe un peu plus de 250 papillons de jour en France. Et ceux de nuit se comptent en milliers. Cela laisse rêveur.
Planter un Buddleia part souvent d'un bon sentiment. Celui d'apporter un soin à ces pauvres papillons que l'on a bien fait souffrir. Un peu comme les graines pour les oiseaux. Vous l'avez compris, ce n'est pas aussi évident...
Je peux vous imaginer un peu contrarié par ces propos qui ressemblent à ceux d'un rabat-joie. Détrompez vous ! Je ne veux pas vous laisser désemparés par l'absence de solutions. Car justement, elles existent ! Elles sont mêmes les moins fastidieuses à appliquer, les moins chères.
On peut rêver d'un monde où les animaux n'auraient pas besoin de soins artificiels, ces béquilles que nous croyons toujours indispensables à leur survie.
Il suffit de choisir pour nos jardins des plantes issues de la flore locale. Au moins un ou deux milliers d'arbres, arbustes et fleurs différents croissent dans chaque région. Parfaitement adaptés à nos sols et climats, ils n'ont pas besoin de soins particuliers, d'eau, d'engrais et encore moins de produits chimiques. Certains arbres et arbustes se bouturent le plus simplement du monde. Il suffit souvent d'aller récolter, certes avec parcimonie, quelques jeunes rameaux dans les alentours, de cornouiller, de rosiers, d'osiers sauvages, etc. Sinon, on trouve les jeunes plants aux prix les plus modiques chez certains pépiniéristes sous des termes tels que "plants forestiers". S'il est difficile de donner une liste valable pour chaque région de France, on peut se renseigner auprès de diverses associations naturalistes ou nature. Je réponds volontiers aux questions sur ce sujet si vous le souhaitez via les commentaires.
Laisser la nature se reconstituer par elle-même est encore ce qu'il y a de plus facile. Pratiquez le fauchage tardif (une seule coupe annuelle en automne) sur certaines parties du jardin, par exemple, et les insectes vous remercieront. Notamment par le rôle qu'ils joueront en tant qu'auxiliaires du jardinier...
Toute sortie nature sur les papillons et autres butineurs se doit de parler des plantes sauvages nourricières des larves ou des mellifères dont ces animaux dépendent. La quantité de ces végétaux est tellement faramineuse qu'on a du mal à imaginer de devoir ensuite acheter une plante exotique réputée pour son nectar. Sans oublier qu'autant de ces espèces s'avèrent alimentaires, médicinales, tinctoriales, textiles, etc.
C'est trop évident et simple peut-être, pour sembler plausible.
Maintenant, vous savez.
Inscription à :
Articles (Atom)












