lundi 28 novembre 2011

Lisière d'automne...

Aquarelle - 10 x 13 cm - 28-11-2011


Ces derniers temps, j'ai adopté l'usage régulier d'un site permettant de mettre en ligne directement les observations naturalistes, en l’occurrence et pour l'instant, les oiseaux.
Il s'avère que toute mention compte. Du banal merle noir à la rareté la plus affolante, susceptible de déplacer sur des centaines de kilomètres des hordes de longue-vues. Les oiseaux communs peuvent connaître des fluctuations de leurs populations riches d'enseignement. Cela est effrayant et dramatique mais ceux-là aussi peuvent voir leurs effectifs chuter... On ne l'aurait pas soupçonné sinon mais le suivi collectif des populations en apporte la preuve.
Suivre quelques sites régulièrement devient alors très intéressant.

Personnellement, je préfère observer la nature dans les milieux ouverts à semi-ouverts. Même lorsque je vais en forêt, je recherche ces zones qui ne ressemblent finalement pas à la forêt au sens commun.
Le paysage représenté dans la croûte associée à cet article est l'un de ces sites que je visite régulièrement depuis quelques temps. Un friche parsemée de quelques bouleaux et épineux délimitée par une une lisière de chênes et pins sylvestres mêlés. Rien d'extraordinaire, surtout en hiver mais il a l'avantage d'être accessible en vélo depuis chez moi en 10 mn.
Hier, je n'y ai vu (et plutôt entendu) que peu d'oiseaux. Il faut dire que je n'étais pas des plus attentifs puisque j'ai pondu l’aquarelle en question en me hâtant et voyant la nuit tomber. Mais de toutes façons, cela fait partie du truc. On n'a pas toujours une liste longue comme le bras d'un Titan.

En l'occurrence :
3 Corneilles noires
2 Rougegorges
2 Mésanges huppées
2 Mésanges à longue queue
4 Pinsons des arbres
1 Pic noir
1 Pic épeiche

Pour participer, quelques exemples d'un réseau de sites. L'adresse Internet est bâtie sur le même principe à chaque fois :
http://www.faune-aquitaine.org/
http://www.faune-iledefrance.org/
http://www.faune-auvergne.org/
...

Il y a aussi d'autres sites ne fonctionnant pas aux mêmes échelles. Mais je pose la question : à quand le site intergalactique, valable pour l'éternité ?

Guillaume.

PS : les autres créatures doivent aussi avoir le droit d'être recensées mais cela arrive petit-à-petit.

dimanche 13 novembre 2011

Rose : la couleur de la révolte ! - épisode 3

Apollon (Parnassius apollon) sur Chardon des champs (Cirsium arvense).
Épisode 1
Épisode 2

Les membres du tribunal entrent et prennent place sous un tohu-bohu digne d'un carnaval de hooligans brésiliens. 

Le juge, irrité :
"Bien, commençons : ce procès a pour objet de juger les faits relatifs à la plainte pour diffamation déposée par le responsable du COSAC (Comité Officiel des Scientifiques Annihilateurs de Controverses), procureur en l’occurrence, à l'encontre de Robin des champs, généralement reconnu comme meneur de la troupe des Chardons rebelles. Le COSAC reproche à ce Robin ses allégations quant à sa prétendue utilité en faveur de la biodiversité. La parole est à l'accusation !"

Procureur du COSAC, condescendant :
"Alors comme ça, Môssieur prétend que les Chardons, ces infâmes détrousseurs d'engrais, ces horreurs angoissantes qui résistent à nos meilleures armes chimiques seraient des plus utiles à la biodiversité ! Balivernes ! Quelle abeille, quel insecte accorderait la moindre importance à si répugnantes plantes. Et fi de vos belles paroles, nous voulons des preuves !"

Robin des champs, feignant le dépit :
"Ah, mais que n'ai-je donc pas accompli pour ne mériter que ces pitres atrabilaires, ces adversaires inaptes à toute attaque dotée d'une once de finesse, ces ignorants incapables de constater l'évidence... A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ! Je..."

Procureur du COSAC, enragé, les yeux dilatés :
"Assez ! Obsolète arrogant ! Répondez si vous le pouvez !"

Le juge, déjà lassé de la débauche de rhétorique :
"Oui, au fait ! Arrêtez vos digressions et allez droit au but. Et cela vaut aussi pour les rédacteurs de ce blog !"

Robin des champs, comme si de rien n'était :
"Comme je le disais, donc, M. le Juge, s'il est bien une évidence, c'est que mes corolles sont gorgées de nectar. Il n'y a qu'à se poster devant ma chevelure sans trop s'agiter : les butineurs en tous genres s'y précipitent. Les plus beaux papillons, les abeilles de ruches ou les solitaires, les élégantes guêpes, les syrphes bariolées, les coléoptères aux reflets irisés, la liste est trop longue."

Procureur du COSAC, les muscles du visage tordus de grimaces moqueuses et outrées :
"Ça déblatère, ça jacte, ça baragouine ! Mais les preuves, hein? Vous en avez, oui ou non?"

Robin des champs, brandissant une image :
" Voici ma première preuve : une abondante iconographie photographique. Le tuyau est bien connu des photographes qui ne se privent pas de nous shooter en pleine offrande. Oh ! Rassurez-vous, nous ne cherchons pas la gloriole ni la chaleur des flashes.
D'ailleurs, nous savons bien que nous ne sommes pas le sujet visé. Il s'agit plutôt de l'insecte qui sirote le nectar que nous dispensons généreusement, tous les jours. Bien plus, en tous cas, que certaines de ces fleurs "civilisées", ces horticoles issues de croisements, d'hybridations ou tout simplement exotiques. Ces mijaurées ne pensent qu'à paraître, qu'à s'occuper de leur apparence extérieure.
Mais tout cela est vain : bien souvent, elles dépensent toute leur énergie à produire des pétales plus grands ou à les doubler, les tripler voire plus. Tout cela afin d'attirer et charmer le plus grand nombre d'insectes comme autant de trophées. Malheureusement pour ces derniers, l'énergie manque pour la fabrication du nectar et ils repartent souvent déçus et frustrés, au mieux le ventre vide ! Quelle vacuité, on en met plein la vue mais c'est pour cacher le manque de sens, de matière, de sincérité. Un peu comme à la télévision ou en politique. Alors que..."

Procureur du COSAC, ravi de son intervention :
"Objection, votre honneur ! Hors sujet ! Ce n'est pas le procès des horticoles ! Qu'il nous montre plutôt  cette photographie !

Le juge, acquiesçant:
"Certes, arrêtez de gesticuler et montrez-nous cela calmement."



Robin des champs ; coup de taille :
"Avec plaisir ! Voyez-donc : ceux qui gouttent notre breuvage y reviennent et le bouche-à-oreilles fait son œuvre. Pas moins de 4 hyménoptères simultanément sur un cousin à moi, Carduus nutans, dont la taille et la beauté de la fleur n'ont rien à envier aux horticoles précitées, soit dit en passant !"

Le public atteste par quelques murmures empressés.

Procureur du COSAC, sentant monter la pression :
"Mystification ! Manipulations grossières ! C'est un trucage !"

Robin des champs ; coup d'estoc :
"Regardez-y bien M. le Juge, ces insectes affairés sont totalement indifférents aux sirènes de la célébrité et se détournent complètement des flashes et projecteurs. Pas de temps pour la figuration. La récolte est inespérée pour ces modestes et honnêtes ouvrières sans le sou, surtout en zone de cultures intensives ou de parc horticole minimaliste ! Seul leur importe de vider les corolles de mon cousin. C'est parfaitement crédible et véridique.
J'ai d'ailleurs ici le rapport d'un expert photographique qui estime la distance  maximale entre le photographe et son sujet à 30 cm ! Si les corolles n'avaient pas été attractives, vous pouvez être sûrs que les insectes auraient remarqué le gêneur et (pointant subitement les deux index vers le procureur) décampé dard-dard. Euh, pardon, dare-dare !"

La salle et le juge se fendent de rire.

Procureur du COSAC, désarçonné :
"M'enfin ! Je... Non ! Vous ne pouvez pas..."

Robin des champs ; coup de grâce :
"Et pour anticiper la remarque que vous peinez à formuler, cher M. le Procureur, voici bien d'autres constatations photographiques qui permettront de lever l’ambiguïté. Il ne s'agit pas d'un cas isolé. Voyez plutôt..."

Procureur du COSAC, feignant un malaise:
"Ahhh ! Mon cœur s'emballe, je m'évanouis !"

Le procureur s'effondre avec ostentation. La houle de la colère publique défrise les perruques de tous les membres du jury.

Le juge, tapant sur la table :
"Silence ! La séance est levée ; nous reprendrons dans une semaine et vous nous montrerez ces preuves supplémentaires !"

A suivre...

Guillaume.

samedi 5 novembre 2011

Ça butine encore sur le lierre...

Samedi 5 novembre 2011 à 13h00, à la faveur d'un rayon de soleil et d'une douceur remarquable, j'ai constaté l'incroyable bourdonnement des butineurs sur les fleurs de lierre surement encore très riches en nectar.
La densité des insectes dont de nombreuses abeilles s'élevait facilement à une cinquantaine par mètre cube !
Encore une preuve que cette plante mérite mieux que notre mépris ou notre maltraitance.

Je tiens à le rappeler car j'ai aussi constaté aujourd'hui une section systématique et méthodique des branches de lierre au pied des troncs d'arbres d'un ensemble de parcelles. Quelle perte de temps...
Non, le lierre ne doit pas être éradiqué sur les troncs ! Ce n'est pas un parasite. Pour vous en convaincre, il y a toujours en ligne sur notre blog un lot de 3 articles sur ce sujet. Allez, révision gratuite !
Article 1 (intérêts du lierre)
Article 2 (les travaux pratiques de tonton Olivier !)
Article 3 (les idées reçues et les amoureux, ma partie préférée, très romantique !)

Petite consolation, ces trois articles sont parmi les plus lus de tout le blog notamment le premier qui détient le record absolu. Il en restera peut-être quelque-chose...

Guillaume

vendredi 4 novembre 2011

Piafs : pour quelques bouquins de plus...

Fuligule milouin -croquis de terrain - 27-10-2011 - Comparaison radicalement impossible avec une aquarelle de Lars Jonsson.
Il manquait assurément quelque chose à l'article nostalgique sur l’ornithologie : quelques références. Mais bon, on sait comment ça se passe, si l'article dépasse trop en dessous de l'écran du moniteur, on se dit qu'on le lira un peu plus tard... Et là, certains n'y seraient pas revenus car il était déjà bien (trop?) long.
Alors voilà, on vous le découpe en morceaux plus digestes...

N'étant pas un pro de l'ornithologie, mes choix pourront surement être critiqués et c'est tant mieux. J'invite les volontaires à écrire des commentaires!

Bref, le meilleur guide pour la reconnaissance des oiseaux est, à mon avis, "le guide ornitho". Oui, il se nomme ainsi. Il est le plus complet grâce aux nombreux dessins (c'est mieux que les photos) des différents plumages (nuptiaux, immatures, femelles, internuptiaux, juvéniles, etc.) quand c'est nécessaire (laridés, limicoles, anatidés, etc.). Les critères discriminants sont indiqués par des flèches annotées directement sur les dessins (pratique et pas souvent le cas dans les autres guides). Il y a même des pages de dessins d'hybrides de fuligules pour les acharnés... Si, si. Les dessins sont précis, le nombre des espèces exhaustif sauf bien sûr, si vous faites partie des pros qui recherchent les oiseaux perdus d'Amérique du nord à Ouessant (mais bon, pour ceux-là, mon article est obsolète !).
Pourtant, le livre reste compact comme un vrai guide de terrain. Les auteurs : Lars Svensson , Killian Mullarney , Dan Zetterstrom , Guilhem Lesaffre , Benoît Paepegaey . Il existe aussi dans une magnifique version légèrement augmentée en grand format. Il est édité par Delachaux et Niestlé.

Quant au plus beau selon moi, si vous avez lu l'article précédent, vous savez : encore un Lars...

Concernant les chants d'oiseaux, je recommande pour débuter (et même plus) le livre suivant accompagné de deux CD (180 espèces, c'est déjà pas mal), toujours aux éditions Delachaux et Niestlé : "Guide des chants d'oiseaux d'Europe Occidentale". Une page est consacrée à chaque espèce avec les risques de confusion, un sonogramme, le milieu le plus probable, etc. Une introduction générale sur l'écoute des chants et même une clé de détermination simple sont proposées. Quand ce bouquin et ses disques n'auront plus de secrets pour vous, je vous garantis que peu d'oreilles d'ornithologues seront meilleures que vous.

Pour celles et ceux qui voudraient encore approfondir, il y a aussi les enregistrements de Jean Roché, "Tous les oiseaux d'Europe" en 4 CD auxquels je faisais référence. Il n'y a que les CD avec une ou deux lignes par espèce dans les jaquettes. C'est le plus complet concernant les espèces mais il reste un peu austère. C'est tout de même un classique.

Enfin, pour vous achever et faire de vous un vrai pro, il faudra jeter un oeil sur ce dernier bouquin :
"Guide des traces et indices des oiseaux" par R Brown (Auteur), John Ferguson (Auteur), M Lawrence (Auteur), David Lees (Auteur), encore chez Delachaux et Niestlé. Il présente des dessins de plumes, de coquilles d’œufs, de crânes, etc. Très souvent utile, même si on l'a rarement sur soi au bon moment !

Il reste encore pas mal de livres fantastiques à acquérir (et surtout potasser !) sur des groupes tels que les limicoles, les passereaux, les pies grièches, les rapaces (etc.), des auteurs comme Géroudet à lire, etc. Mais on va encore me dire que c'est trop long.

Allez, c'est déjà pas mal. Au boulot maintenant ! A vous de découvrir la biodiversité ornithologique.

Guillaume

mercredi 26 octobre 2011

Merle ou Ptérodactyle ?

Allez, je me lance : mésanges à longue-queue ?
Je ne sais pas si c'est le cas pour vous mais j'ai souvent besoin de me constituer de petits outils sémantiques. Des sortes de devises aux allures de principes définitifs, auxquelles je vais me raccrocher pour tenir le cap de ma vie.
Je commence par glaner des idées de-ci et de-là, ou je tente d'en concevoir. Et puis je les mastique, les rumine, les digère. Parfois, je me noie dans l'introspection et là, c'est la crise d'encéphale : surchauffe et bouillonnement du cerveau. Éventuellement avec une petite déprime passagère à la clé. Mais sans gravité, n'allons pas imaginer que réfléchir est dangereux pour la santé !
De temps en temps, il en ressort un précepte à la concision redoutable, porteur de valeurs utopiques qui m'aide donc à m'orienter. Je m'y raccroche ou le décoche comme un trait sémantique au cours d'échanges les plus divers.
Tiens par exemple, d'autres l'ont surement formulé auparavant mais en voilà un qui m'accompagne depuis plusieurs années sans s'user : "Moins mais mieux." Ça marche du tonnerre avec la consommation, la télévision, la nourriture, etc.
Vous méditerez dessus plus tard si le cœur vous en dit mais en attendant je voudrais vous proposer quelques réflexions autour d'un autre principe, ici mis en relation avec la nature :
"On ne protège que ce que l'on connaît".

Et finalement, on connaît quoi ? C'est un fait que l'on arrive toujours (plutôt facilement si l'on est assez ouvert) à rencontrer des gens susceptibles de nous instruire, de nous faire partager leurs savoirs.

Mais ce qui est vertigineux, ce sont les niveaux de connaissances successifs que l'on découvre en approfondissant l'étude d'une thématique, quelle qu'elle soit.
Prenons l'exemple d'un domaine naturaliste pourtant largement étudié. Je redécouvre cycliquement mon ignorance ornithologique.

A l'âge de 15 ans, je suis resté abasourdi par la capacité d'un certain Grégoire à coller un nom sur la silhouette d'un rapace qui planait à 50 mètres au-dessus de nos têtes. Il avait juste commencé l'ornithologie et pas moi. C'est un peu grâce à lui si je me suis passionné pour la nature (merci à lui, donc !). Deux mois plus tard, je me faisais offrir une petite paire de jumelles. Cette acquisition changea radicalement ma vie et je pèse mes mots.

La première phase, dite de l'émerveillement, débuta. Ce fut un moment où j'en pris plein les yeux. "Oh ! Mais le rouge-gorge à vraiment la gorge rouge ! Comme il est grand ce héron ! Que ce rapace vole bien ! Et tous ces oiseaux aux couleurs exotiques, comme en Amazonie !" Bref, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Mais pourquoi pas, après tout ! Ce moment n'a rien de ridicule et s'avère essentiel pour cristalliser cette capacité à s'émouvoir et à s'émerveiller. Je suis alors devenu accro et hypersensible à la beauté de la nature. Au point d'en souffrir quand je constate sa destruction, revers de la médaille...

Vint ensuite le temps de la détermination. J'ai dû acquérir un guide ornithologique. Pour continuer dans la veine esthétique, j'ai commencé avec le superbe "Lars Jonsson". Avis aux amateurs, il n'est surement pas le plus "efficace" pour la reconnaissance mais bon sang, c'est de loin le plus beau...
Bref, au bout de 2 ans, et après avoir fait le tour des oiseaux notoirement communs de la campagne du sud-ouest français, j'ai commencé à impressionner le quidam. Tout fier de pouvoir discerner le faucon crécerelle de la buse variable, j'avais la sensation d'être le boss de l'ornithologie du canton ! Savant naturaliste précoce s'imaginant fouler les traces de Buffon et Linné, la grenouille était à deux doigts d'éclater !

Un drame évité de justesse lorsque, jeune étudiant, j'entrai en contact pour la première fois avec d'autres spécimens d'hominidés aux mœurs naturalistes aussi étranges que les miennes. Le passage obligé par l’association nature.
Et là, j'ai compris que je ne savais rien. Dès la première sortie, sur les berges d'un étang, un collègue me signala un fuligule milouin d'un vague geste de la main en direction de l'eau. Ignorant que j'étais , je cherchai un truc mouvant à mi-distance et remarquai une libellule à un mètre du bord. Je m'empressai bien évidemment de faire remarquer que j'avais détecté l'insecte, en vantant la beauté de son corps bariolé.
J'en fus pour mon compte : honteux, gentiment ridicule et couillon. Tout le monde passa le reste de la journée à me chambrer. Il n'y avait juste pas d'étang remarquable près de chez moi et je n'avais pas trop pensé à en chercher un peu plus loin pour étudier les canards... Bon, si vous pensez que je m'en tenais une bonne couche, vous avez surement raison (On confirme ! NDLR).

Ce genre de déconvenue est salutaire de temps en temps : il oblige à intégrer une bonne dose d'humilité qu'il convient de garder (même dans le cas où l'on deviendrait un grand ponte de l'ornithologie. A bon entendeur !)
Pour le coup, cette fois-ci, j'ai fait fort et je me suis mis a douter de tout, quitte à en devenir ridicule dans l'autre extrémité : "Hum, voyons-voir ! Une analyse morphologique approfondie de ce spécimen révèle la présence d'ailes porteuses de plumes. Le fait est confirmé par l'observation de l'espèce en vol. Un bec jaune associé à un plumage noir. La présence régulière de l'animal dans le jardin prouve un caractère relativement commun de la distribution... Je penche pour un oiseau. J'oserais "Merle noir" mais sans certitude... J'attends encore les analyses ADN. Qu'en pensez-vous chers collègues naturalistes?"

Point trop n'en faut et au bout d'un certain temps sur le terrain, j'ai retrouvé le minimum d'assurance nécessaire pour arrêter les séances devenues quotidiennes d’auto-flagellation. Alors que je commençais à avoir une réelle compétence (Ça y est, ça le reprend ! NDLR)  à identifier la plupart des oiseaux que j'observais, une nouvelle montagne se dressa sur ma route d'éternel apprenti ornithologue. Les chants d’oiseaux.
Un jour, un nouvel étudiant compétent dans le domaine mena une sortie nature pour notre association sur le thème des émissions sonores. Je fus effaré (Ah, mais quel gros naïf, ce type ! NDLR) de constater le nombre faramineux d'oiseaux à côté desquels je passais. Bien souvent, je n'avais même pas pensé à tendre l'oreille.
Et donc c'était reparti pour un tour. Achat de 4 CD d'enregistrements de chants d'oiseaux et deux ans d'efforts avec les potes pour mettre un chant sur chaque nom connu. Et un entraînement permanent sous peine de régresser fissa ! L'avantage, c'est qu'on pouvait détecter des oiseaux "inédits" que l'on aurait sinon ignorés car peu distincts visuellement (exemple : le Pouillot fitis).
D'ailleurs, en tant que vieux sage expérimenté (Dis-donc, fanfaron, relis-donc les paragraphes précédents ! Incorrigibles, ces ornithos ! NDLR), je ne saurais que trop recommander de commencer l'étude simultanée des reconnaissances visuelle et auditive pour ceux qui se lanceraient dans l'ornithologie.

J'ai déjà beaucoup écrit et il serait long de détailler les occasions de rester humble quant à son savoir. Je cite en vrac, des événements ou découvertes qui m'ont confirmé dans cette opinion en dévoilant des pans entiers de savoirs à acquérir :
- l'achat (Donc, il faut consommer un peu tout de même, n'est ce pas ? NDLR) d'une longue-vue qui en permettant de se mettre à distance facilite l'observation d'oiseaux farouches,
- des vacances en Bretagne qui m'ont confronté aux oiseaux marins et aux erratiques occasionnels égarés, parfois en provenance d'autres continents (et donc pas toujours dans les guides),
- la montée en puissance d'Internet et ses forums d'observateurs qui signalent tel ou tel oiseau rare là où l'on ne l'aurait pas imaginé,
- et surtout la rencontre avec d'autres ornithologues aux compétences largement supérieures voire stupéfiantes qui révèlent douloureusement que l'on a dû souvent se tromper sur telle ou telle détermination auparavant.

Bref, tout cela pour dire l'infinie richesse de la nature. Et si "on ne protège que ce que l'on connaît" et vu que même des passionnés peuvent n'avoir qu'une connaissance très partielle de leur sujet, il y a danger à voir s'étioler cette richesse dans l'indifférence générale par manque de connaissance...

Guillaume

mercredi 19 octobre 2011

Rose : la couleur de la révolte ! - épisode 2

Épisode 1

Franchement, vous y croyez, vous, à ce rôle de super-vilain en habit rose ? J'admets volontiers que les collants moule-coucougnettes de nos superhéros préférés rivalisent de ridicule mais là je crois que l'on frise le mauvais goût le plus crasse, non ? Trop c'est trop ! Ce n'est plus crédible !

Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiipppp! Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiipppp! Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiipppp!
Ce qui va suivre constitue une interruption indépendante de notre volonté.

Arrivée des membres du COSAC, tout de noir vêtus :
"Le Comité Officiel des Scientifiques Annihilateurs de Controverses (COSAC (1)) tient à délivrer le message suivant : le COSAC tient enfin sa revanche ! Vous ne pourrez nier, vil rédacteur, que le registre de langue employé dans cet article s'englue dans un ton d'une familiarité en dessous de la bassesse la plus méprisable ! Et toc ! Vous voici mouché, méga-cuistre ! Nous allons pouvoir vous interdire de publication. Ah, ma douce censure chérie, te voilà bientôt de retour..."


Guillaume, rictus sardonique en bandoulière :
"Ah? Pardon ? Votre excellence daignerait-elle s'abaisser dans la fange de mon ignorance, afin, dans un élan de grande magnanimité, de tenter d’expliciter ce nouveau reproche dont les tenants m'échappent ?"
 
Le chef du groupe du COSAC, excédé :
"Ah ! Ne feignez pas le mielleux, vous le fielleux ! Ce mot là, que je ne prononcerai pas : coucou... quelque chose. C'est une grossièreté ! Vous le savez, vous êtes piégé."

Guillaume, roublard :
"Ce mot désigne une confiserie à base d'amandes et de chocolat. Sa prononciation n'est point répréhensible que je sache ? J'en ai justement une boîte. Je vous offre une ?"

Le COSAC, humilié au plus haut point tourne les talons non sans lâcher :
"Je reviendrai. Et cette fois..."

Mille excuses pour cette fâcheuse parenthèse. Reprenons.

Si des lobbies agro-industriels, chimiques ou d'autres joyeusetés du genre veulent nous faire croire que le Chardon ressemble à cet infâme bande d'affreux du COSAC, à grand coup de propagande hygiéno-sécuritaire, nous nous devons de contrecarrer cette théorie fallacieuse.

Certes, il a tendance à repousser tous les ans avec une vigueur certaine et pas toujours où l'on voudrait. Certes, il peut parfois représenter une nuisance pour d'honnêtes paysans et agriculteurs faisant de leur mieux pour produire sainement. Certes, il pique.
Sauf que d'autres solutions, alternatives au tout chimique existent pour le réguler (développement dans un article ultérieur). Sauf que les rosiers horticoles piquent aussi et que cela ne nous empêche pas de planter partout ces chétifs végétaux mal adaptés, demandant mille soins, craignant une misérable attaque de pucerons qui ferait mourir de rire le moindre plant en version sauvage locale.

Derrière cette impression d'arrogance du Chardon, due en partie à sa formidable force vitale, se cache un être au cœur généreux. Un Robin des Champs redistribuant aux sans-grades démunis des richesses épandues sous forme d'engrais de synthèse fabriqués à base de pétrole par de dispendieuses firmes agro-alimentaires !


Herbicides ? Même s'ils éradiquent toutes les plantes dans un premier temps, l'effet "place nette" favorise notre rebelle dans un deuxième temps. Il est parmi les premiers à revenir s'installer dans le sol laissé vide. Il est mu par l'enthousiasme et l'inébranlable foi des vrais pionniers !

Engrais chimiques ? Ces substances de synthèse trop vite lessivées et gaspillées pour sols agonisants, eh bien, le chardon arrive à en tirer parti. Il les détourne, les vole si vous voulez, pour élaborer, fabriquer sa propre matière.

Des tracteurs surpuissants pour labourer le sol en profondeur ou lui trancher les racines ? La technologie humaine convaincue de sa force insiste et persiste avec des monstres mécaniques toujours plus performants. C'est bien nécessaire afin d'enfoncer les socs toujours plus profondément. Certaines machines arrivent à labourer ou travailler plus de 50 cm de sol.
En vain, car la puissance des tracteurs croît avec leur poids et ses conséquences : paradoxalement, les couches inférieures sont tassées et compactées. Et ça, le Chardon, il adore. Il est le champion des sols compacts. Il y enfonce ses racines, bien à l'abri largement en dessous d'un mètre absolument inaccessible à toutes les lames.
Les grands perdants, ce sont les sols, dont la structure et fertilité naturelles patiemment élaborées par la nature au cours des siècles, se voient détruits en une génération, quelques décennies voire quelques années. Mais cela est une autre histoire.

On favorise ainsi le Chardon, même dans ces sols vampirisés par une surexploitation intensive et caractérisée, tranchés et retranchés, maintenus sous respiration artificielle à grands coups de molécules synthétiques issues de la chimie du pétrole. Il va donc croître...

Pas pour la gloire, oh, non ! Le butin est redistribué car le Chardon offre son corps en pâture à toute une horde d'insectes ; souvent des larves, qui vont le piquer, le sucer, le brouter, le grignoter, le siroter, le bouloter, le parasiter...
Bref, une aubaine pour ces bestioles qui sont souvent incapables de manger autre chose qu'un chardon.

C'est justement parce qu'il est commun que nombre d'entre elles on décidé de s'en servir de plat de résistance. Facile à trouver, même dans les déserts verts que nous fabrique cette agriculture trop intensive.

Comment ! Vous ne me croyez pas ? Hein ? Je vous baratine ? Des preuves ?
OK, donnez-moi une semaine et je vous fais mon rapport.

A suivre.

Guillaume.

(1) Pour en savoir plus sur les agissements néfastes du COSAC (rien à voir avec cette institution, je le précise), cliquez sur le libellé ci-dessous.

samedi 8 octobre 2011

Rose : la couleur de la révolte ! - épisode 1



Chef du studio d'enregistrement, directif :
"Chut ! On va enregistrer la voix-off de la bande-annonce ! Guillaume, tiens-toi prêt, Coco ! 5, 4, 3, 2, 1, top !"


Guillaume, inquiet :
" Un Retour aux Sources Entertainment est fier de vous présenter sa passionnante nouvelle série, une hypo-production campagnarde à budget spectral virtuel : Chardon, le..."

PAF !! 

Guillaume, en sursaut:
"Aïe ! Pas sur la tête !" Puis paniqué, se retournant : " Mais je n'ai encore rien dit !! C'était quoi, ce truc ? La taloche de mon esprit inquiet ? Celui qui voudrait me dissuader de chatouiller un sujet aussi sensible... ? Qui sait si des hommes en noir ne seront pas venus m'inviter au silence quand j'aurai fini de lire ces lignes ?"

Chef du studio d'enregistrement, agacé :
"C'est bon Guillaume, arrête de psychoter, t'es seul en studio !"

Guillaume, se ressaisissant, abusant de la veine flamboyante :
"Chardon ! Derrière ce vocable comme derrière une bannière, se profile un cortège de vaillants bretteurs aux pointes acérées. "Qui s'y frotte, s'y pique!" clament ces plantes rebelles dressées face à l'oppression de l'agro-industrie chimique, intensive et destructrice. Des végétaux porte-drapeaux, hérauts de la biodiversité ordinaire. Et si !

Qu'il 'agisse du meneur, le chardon des champs (Cirsium arvense) recherché par Interpol et toutes les polices européennes ou de ses admirateurs zélés (Cirsium lanceolatum, Carduus nutans, etc.), tous sont confondus les uns avec les autres. Ils se reconnaissent sous le terme vernaculaire et générique de "Chardon" et parfois aussi, celui de "Cirse", nom de code utilisé pour les actions top secrètes.
Mais surtout, ils ont en commun de ressembler à ces inusables méchants. A ces durs à cuire qui jurent qu'ils reviendront toujours. Et qui tiennent parole. Leur devise assénée dans les cinq dernières minutes avec une régularité d'horloger suisse, leur ténacité revancharde flirtant avec le pathologique, leur cuir coriace et revêche relèvent presque du grotesque. Personne n'imagine l'existence de personnage aussi retors et indestructible. En effet, la propagande des lobbies agro-alimentaires leur a taillé un costume de super vilain tellement ridicule, leur a bâti une réputation tellement détestable, qu'on peine à y déceler l'once d'une pseudo amorce de trace de micro-poil de substantifique moelle de vraisemblance.

Et pourtant, malgré les herbicides, la prophétie se reproduit inexorablement. Tout chardon qui se respecte revient tous les ans hisser son outrecuidante chevelure hirsute, carrément mauve ou rose ! L'intrus indésirable s'incruste au cœur des régiments uniformes de clones végétaux en formation, les pieds dans des poisons n'épargnant ni les abeilles, ni les oiseaux. Couleur bravache ? Comme un pied de nez présenté à la face des chimiquiers ? Il semble clamer : "Hé, les gars ! Même pas mal, tout en métal. Je suis de retour !"

Mais il n'est pas sûr que l’engeance soit si maléfique qu'on veut bien nous le faire croire. Représente-elle vraiment une menace aussi terrifiante pour l'agriculture qui nous doit nous nourrir? Et de quelle agriculture parle-t-on ? Et pourquoi, alors, le Chardon est-il si apprécié par la faune ? Vous le saurez en visionnant le prochaine épisode de "ROSE : la couleur de la révolte !"

Chef du studio d'enregistrement, soulagé :
"Bon ! Eh ben, tu vois ? Tu l'as dit ton discours ! Fallait pas en faire tout un fromage ! En plus t'en as gardé beaucoup sous la semelle ; tu n'as quasiment rien révélé. Tu parles d'une prise de position ! Tu t'es pas trop mouillé, je trouve ! Bon, allez, à lundi pour la suite."

Guillaume, pas rassuré pour un sou :
"On voit bien que c'est pas toi qui t'exposes ! Ah mais pourquoi faut-il toujours que je défende ces maudits chardons, avec toutes leurs épines ? Pff ! Ferais mieux de réhabiliter les rosiers sauvages, tiens !"


Guillaume.

PS : merci et bravo à Olivier, l'illustrateur.

lundi 3 octobre 2011

Patience...

Bonjour à tous, chers amis!

Désolé pour les membres du blog ! Vous devez recevoir des mails vous signalant de nouveaux articles et ne rien lire en arrivant sur le blog.
En fait, j'ai (Guillaume) une fâcheuse tendance à confondre publication et aperçu... Je mets donc en ligne pour un court instant des articles non encore bons pour le service.
Olivier m'envoie au coin régulièrement mais rien n'y fait.
En même temps, cela signifie que nous préparons quelque chose. Ça grouille sous la souche... Ça bouillonne dans les encéphales... Ça mijote dans les cocottes...
A bientôt, donc.

Guillaume