lundi 11 avril 2011

Auprès de ma Berce, qu'il fait bon, fait bon, fait bon... 5ème

Suite de nos découvertes entomologiques sphondyliennes !

OUCH ! PAN ! Hé ! Excusez du peu mais là, c'est du titre qui déchire. Pour briller en société et faire le malin avec des expressions pédantes et alambiquées, tout est là, concentré en un mot tout à la fois énigmatique, épique et pompeux. Sphondylien.

Mais bon, il s'agissait en fait de vérifier le niveau d'assiduité des lecteurs. "Oh ! Hé ! La pauvre excuse pour se sortir du gouffre !!" Certes, je me suis mis dans ce ridicule pétrin tout seul mais je pose la question. A quoi se rapporte ce mot? Réponse à trouver sur la page suivante : Auprès de ma Berce, qu'il fait bon, fait bon, fait bon... 1ère partie.


Revenons-en à nos mou... ches !
Aujourd'hui la famille des Tachinides. On commence avec Cylindromyia bicolor. Avec sa robe rouge et sa silhouette élancée, elle aurait tôt fait d'afficher de grands airs de starlette. J'avoue avoir succombé à son charme et abandonner tout esprit critique pour tirer l'affaire au clair.


Jusque-là, tout va bien. J'entends vos neurones marmonner : "Mouais, bon, on le connais, il est un peu bizarre. Une mouche rouge, c'est tout lui, ça ! Si ça lui fait plaisir ! Ne le contrarions pas! Laissons-lui un petit message sur le blog. Du genre : "certes, elle est originale!" C'est neutre, il ne le prendra pas mal."


Attendez un peu que je vous présente le coup de cœur suivant !


Moins distinguée : Tachina grossa, la grosse bourrue,  dénommée Tachinaire hérisson géante dans le fabuleux numéro 84 de La Hulotte, "Frissons d'ombelles". C'est le colosse de la famille ! Elle atteint les 2 cm de long ! Son corps hirsute et sombre, laisse échapper une tête jaune comme une alerte au danger.
 
Son aspect inquiétant s'accorde d'ailleurs avec ses mœurs de grand escogriffe. Il faut bien reconnaître que sa jeunesse n'est peut-être pas un exemple à suivre pour nos chères têtes multicolores. Si la larve n'a commis qu'un écart dans sa vie, il est certes de taille. En effet, après s'être accrochée à une innocente chenille passant à sa proximité, elle s'est introduite dans son corps pour la siroter vivante, de l'intérieur.

Si nos yeux d'humains n'y voient qu'un crime dégoutant, le jardinier reconnaîtra deux atouts à la grosse bourrue :
- primo, elle régule les populations de chenilles en évitant les surpopulations qui nuiraient aux plantes (la nature est bien faite, non?)
- secundo, à l'instar des bourdons qu'elle imite pour qu'on lui fiche la paix (tous en cœur ! la nature est bien faite !), elle contribue à polliniser les fleurs qu'elle visite (la foule en liesse, briquets allumés ! La nature... Lalalère...).

BZZZIIT !! CCRRUUSSCHCHH ! DDDZZZZITTT !
"Ce n'est pas une attaque d'une escadrille de tachinaire ! Ne touchez pas à votre transistor ! L'interruption suivante est indépendante de notre volonté. 
Le Comité Officiel des Scientifiques Annihilateurs de Controverses (COSAC) tient à préciser : "Le rédacteur use et abuse des pires stratagèmes de manipulation mentale ! Après avoir feint d'ignorer l'importance du crime abominable commis par Tachina grossa, le rédacteur s'emploie de façon sournoise et perverse à maquiller la monstrueuse bête d'atours écologistes notoirement propagandistes. Nous condamnons une nouvelle fois l'impardonnable malhonnêteté des procédés employés dans ce blog avec la plus grande fermeté."

Rhhooo ! Là ! Là ! Dis-donc, le rabat-joie... PAN ! Aïe ! Euh ! Oui, pardon, Ô tout-puissant et vénéré CASOC ! Paf ! Ouille ! Pardon, COSAC ! Je suis contrit de remords et de honte ! Je suis infâme !

Hum ! C'est bon, les pontes du comité sont partis. PSST ! Approchez ! Je vous le dis à l'oreille. Je serais vous, j'essaierais tout de même de laisser pousser des berces. Je ne suis pas obsédé par les dévoreuses de chenilles mais croyez-moi, c'est le bon plan pour le jardin !
Si on y ajoute l'arrivée de ces imitatrices des guêpes (sans la capacité de piquer) : les syrphes pollinisatrices dont les larves croquent les pucerons... Vous voilà bien armés pour vous tourner joyeusement les pouces. Du temps à en revendre pour observer à foison bien d'autres bêtes et insectes multicolores sur nos chères ombelles.

Bon, pas un mot au COSAC, hein ? A vous de jouer !

Un dernier portrait pour la route de Tachina grossa. Charmante, non?

lundi 28 mars 2011

Le retour de l'attaque de la mort qui tue, XXIII. (Et que c'en est même carrément plus qu'affreux, au point qu'on dit que c'en devient épouvantable !)

AAARRRGGGHH !! Elles arrivent ! C'est affreux, on y passera tous !

Après "l'attaque de la moussaka géante", "le retour des daltons morts-vivants", "la malédiction du baladeur mp3 tueur" et "la conspiration des édredons étouffeurs", la dernière bobine du célèbre réalisateur de films d'épouvante, Dario Desargento, déboule dans les bacs directement en DVD.

Votre serviteur s'est fendu d'une enquête digne des plus grands journalistes pour vous dénicher en exclusivité et en avant-première le synopsis (nous avons donc un mot pour dire pitch!) tenu secret de ce nouveau monument du cinéma, en route pour révolutionner le 7ème art :
Vipérine : trop moche !


"La lumière polarisée du soleil levant tente naïvement d'égayer de ses rais vibrants l'humeur faiblarde de notre civilisation de béton. Engluée dans un sommeil barbiturique, la pauvresse n'a pas conscience de la menace effroyable qui sourd en tous lieux des entrailles infernales de la terre. Point de coulées de laves, pourtant ! Une horde d'immondes êtres vivants verdâtres prêts à nous sauter violemment à la gorge ! Leurs laids sobriquets ne sont que les justes reflets de leurs repoussantes apparences : la Véronique de Perse (Veronica persica) aux pétales bleu azur délicatement veinés de blanc, la Cardamine hirsute (Cardamine hirsuta) dont la taille gigantesque dépasse parfois 15 cm, le Lamier pourpre (Lamium purpureum) dont les horribles fleurs ressemblent à celles des orchidées. Je vous épargne la franchement moche pâquerette ! Et ce n'est qu'un aperçu extrêmement réducteur de la première vague. Ces végétaux malfaisants n'auront de cesse de surgir et de nous submerger. Bien d'autres, plus tard, vont déferler : de nouvelles hordes de coquelicots ou de Vipérine vulgaire (Echium vulgare), toutes plantes plus affreuses, plus moches les unes que les autres !

Leur nom : adventices."

Ces plantes sont très très méchantes parce que le printemps de retour, elles osent pousser sans notre aide, hors de notre obligatoire contrôle. Toute personne non dénuée du bon sens le plus élémentaire comprend le risque et le danger incommensurable que ces plantes font courir à notre survie : tremblez un peu en regardant avec effroi cette Véronique de Perse tentant d'engloutir le trottoir !

Pourtant, ce film me fait plutôt sourire comme toute bonne série Z qui se respecte. Ce n'est pas mon cauchemar. Ce serait plutôt celui de ceux qui emploient, sur les espaces verts, les jardins, soi-disant pour faire "joli" ou "propre" (étrange choix d'adjectifs), des produits chimiques mais aussi, il faut oser le dire de ceux, certes bien moins néfastes, qui s'épuisent à les éradiquer sans cesse par d'autres moyens mécaniques.

La binette est un bien bel objet. Elle est écologique et son utilisation nous oblige à pratiquer une activité physique qui fait tant défaut à nos vies sédentaires. Au potager, elle se justifie pleinement pour épargner une concurrence trop rude à nos légumes (n'oublions pas le paillage).
Mais ailleurs, est-ce vraiment la peine de s'acharner ? Toutes les plantes dont je parle aujourd'hui ne sont pas des arbustes pérennes. Il s'agit seulement de plantes annuelles. Une seule coupe par an, là où elles poussent empêchera le développement d'une flore plus robuste, ligneuse, par la suite. Il n'y a donc aucun risque en procédant de la sorte que nous soyons envahis par les végétaux de façon problématique ou irréversible.

Pensez un peu à cela : le fauchage unique annuel pratiqué dans les prairies autrefois créait un milieu composé de fleurs et graminées mais sans aucun arbuste. Je répète : aucun arbuste, une seule coupe. Et l'exportation répétée tous les ans de la fauche pour le fourrage ou la litière des bêtes empêchait le sol de trop s'enrichir (les végétaux coupés laissés au sol constituent un engrais azoté) et donc la flore de s'appauvrir et de se banaliser. L'exportation répétée tous les ans provoque une diversification importante de la flore sauvage.

Du coup, ne pourrions-nous pas envisager de patienter, au moins sur un coin du jardin, un bord de route, pour voir quelle tête ont donc ces créatures de l'enfer. Ces abominations que nous pensions devoir éradiquer?
Si vous êtes malins, le début de l'automne est une date judicieuse pour couper, faucher, tailler. Car les jours qui suivent ne verront pas les plantes repousser.
Mais pour plus de diversité, on peut aussi diviser l'espace et ne pas tout faucher en même temps, certains sols étant plus favorables à la floraison des espèces d'une saison donnée. Enfin, une masse d'insectes vous remercieront d'avoir laissé leurs larves intactes durant l'hiver sur une parcelle refuge.
Laissez un peu pousser, observez, apprenez...

Un jour, peut-être, les fleurs sauvages constitueront l'intérêt principal de nos jardins et nous les attendrons avec impatience en espérant en découvrir de nouvelles chaque année, comme les papillons qu'elles nourrissent...

Un jour, peut-être...

L'horreur a un nom. Et c'est... Véronique ! Émergeant ici parmi d'autres monstruosités : les cardamines hérissées. Rien que le nom fait frissonner...

lundi 21 mars 2011

Le nez en l'air.


Les idées ne manquent pas mais parfois le courage de les mettre en forme, un peu, si.

Mais, aujourd'hui, vous ne serez pas bredouilles pour autant chers lecteurs. J'ai pris le temps de vous croquer ce petit museau tronqué après une excursion au bord des mares.
Le petit crapaud (Bufo bufo) ne restera pourtant pas longtemps dans l'eau. Quelques jours, une semaine, tout au plus, le temps de se reproduire.

En vous hâtant un peu, vous pourrez peut-être encore en voir quelques-un...


vendredi 11 mars 2011

La mousse cérémoniale... Savoir regarder la nature - partie 3.

Voilà le genre de petite merveille naturelle que seuls les lutins, farfadets et gnomes ne manquent pas d'admirer.

Depuis les denses fourrés épineux, les profonds recoins sombres des ronciers nourriciers, une belette loubatone m'a confié l'autre soir un petit secret si réjouissant que je m'en vais le partager avec vous. Entonnant une douce mélopée, la voilà presque hypnotisée, me décrivant le défilé nocturne des petits hominidés:
"A pas lents repasse et tourne le long cortège.
Les lutins fringants, fiers de ce vrai privilège,
Psalmodient sans sourire un charmant florilège,
Au son solennel de leurs plus beaux arpèges,
Leurs vertes lanternes éclairent le manège."

Reprenant tous ses esprits, elle lâcha encore : "ils ont tourné là-bas, autour de la vieille aubépine, brandissant leurs capsules de mousses enchantées jusqu'à ce que le renard y passe".

Le temps que je tourne la tête, pour contempler le vieux végétal à la silhouette arrondie par trop de générosité, lourde de maintes boules de gui et de ses propres baies, la belette avait fui. Brusquement, comme si elle avait pris conscience de son imprudence à se permettre la licence de parler ainsi aux hommes.

Le lendemain matin, à la faveur d'une lumière chaleureuse, je me mis en quête photographique. Au bout d'un bon quart d'heure d'une promenade attentive, j'avais déjà parcouru quelques mètres le long d'un vieux mur quand je tombai nez à nez avec ces lampadaires miniaturisés, fructifications bryophytiques accrochées aux parois granuleuses de la pierre calcaire.
Ces capsules pendantes semblaient encore imprégnées d'une fluorescence à la vigueur passée. Le songe de la nuit juste écoulée éblouit mon esprit comme un éclair. C'était celui d'une belette narrant un étrange ballet nocturne...

jeudi 3 mars 2011

L'acte le plus efficace en faveur de la nature - Plantes sauvages locales - acte 1

Le temps est venu. L'heure de la grande révélation.

D'aucuns rétorqueront que j'aurais dû commencer par là : asséner  ce que nous considérons comme le principe essentiel et primordial de toute personne désirant sérieusement protéger la biodiversité. Je reconnais qu'ils n'ont pas tort. Tel un fil conducteur, une épine dorsale, cela aurait structuré et éclairé notre discours rigolard, foutraque et un brin désordonné.
Seulement, à qui donc cette information cruciale aurait-elle servi? Durant les premiers mois de son existence, notre blog n'avait qu'un public maigrelet composé de très proches contraints sous les plus abjectes tortures de le visiter.
Maintenant que la gloire absolue nous interdit d'évoluer dans la rue sans que des fans transis n'arrachent nos vêtements, nous pouvons lâcher l'information.
Bon. Alors voilà. L'acte le plus important pour protéger la biodiversité, c'est de favoriser les plantes sauvages locales... Hum! Eh ben, oui ! Je le savais ! J'ai bien essayé de monter la mayonnaise mais je vous vois consternés... Vous vous attendiez à quelque chose de plus fracassant, de plus glamour peut-être ? Une révélation mystique ? Ben non, désolé, voilà notre vérité. Efficace car simple. Une porte ouverte défoncée au canon de 75 mm par un obus chargé au bon sens.

Maintenant, arrêtons les circonvolutions superfétatoires et laissons parler quelques chiffres (source : voir en bas de page) :
EssencesNombre d'espèces d'insectesEssencesNombre d'espèces d'insectes
Chêne+ de 1000Aubépine150
Saule 260Frêne40
Bouleau230Charme30
Sorbier30Tilleul30
Noisetier70Hêtre60
Tremble100Orme80
Aulne90


Le tableau ci-dessus présente quelques végétaux sauvages locaux et le nombre d'espèces d'insectes qui peuvent se nourrir sur chacun.  Il s'agit en général des phases larvaires : par exemple, on dénombre jusqu'à 600 espèces de chenilles de papillons grignotant différentes parties des chênes sauvages. Certaines d'entre elles sont spécifiquement liées à une essence donnée et ne peuvent pas manger autre chose, d'autres sont plus généralistes et se coltinent aussi la chlorophylle ou la sève d'autres plantes.

Mais vue la quantité des insectes nourris (et même avec une légère et probable approximation des chiffres), il apparait évident que les espèces sauvages locales sont des démultiplicatrices de biodiversité.

Aucune espèce importée ne tient la comparaison. Au mieux, une poignée d'espèces se nourrissent sur les variétés modifiées ou exotiques. Par exemple, seules 2 ou 3 espèces croquent les fameux thuyas. Mais le comble, c'est que malgré leur faible diversité, ces insectes parviennent à anéantir des haies entières illico-presto de ce "béton vert".

De leur côté, les plantes locales, offertes en pâture dans l'indifférence générale à une abondante horde de profiteurs insatiables (parasites, brouteurs, croqueurs, suceurs, une foule de bestioles à poils, à antennes, à plumes, j'en passe et des meilleures !) se portent comme des charmes et résistent à quasi toutes les attaques. Adaptées depuis des siècles, à nos sols, nos climats, elles en ont vu d'autres.
Autonomes, elles se débrouillent toutes seules. Personne ne vient les arroser. Personne ne les « engraisse » artificiellement. Personne ne les soigne, ne les taille, ne les éclabousse de produits chimiques (préférons le terme de « biocides » (qui tuent la vie) plutôt que « phytosanitaires » ou « pesticides »).

Nous voilà en présence d'un système "gagnant-gagnant". Biodiversité et entretien facile.

Là, j'entends votre cerveau formuler : « Bon sang mais c'est bien sûr. Ce sont des plantes locales qu'il me faut dans mon jardin!».

C'est un idée pleine de bon sens que nos aïeux avaient exploitée jusqu'au bout. En effet, ils tiraient une foule d'avantages de ces espèces : pour l'alimentation, en agriculture et jardinage, pour leurs propriétés médicinales, en tant que matériaux de construction (architecture, outillage, etc.), bois de chauffage, etc. La liste est proprement infinie.

Rajoutons que ces variétés sont en général les moins chères même si on ne les trouve pas forcément facilement. C'est logique, le système économique et les normes esthétiques des espaces verts se sont plutôt organisés pour nous vendre des végétaux nécessitant des soins (fragilité, inadaptabilité) ou de l'entretien intensif (taille et tonte suite à une croissance très rapide : thuyas toujours !) moyennant finances...

De toutes les façons, on a encore le droit de récolter les graines et baies dans la nature et de les resemer. Et puis nombre de variétés sauvages se bouturent à partir de morceaux des jeunes rameaux. Le tout, pour le prix d'un grand bol d'air frais.

A vous de jouer. Reconstituez les haies disparues!

Guillaume.

PS : je sais, je suis trop long ! Chacun ses défauts... Il y a encore tant à dire ! A suivre...
PPS : pour cet article, nous=Olivier et moi (ce blog est donc écrit et conçu par 2 personnes). 
PPPS : source du tableau : "Le jardin idéal des bêtes - comment les accueillir", Heidi Rogner, Manfred Rogner, éditions Terre Vivante.
PPPPS : OK, j'arrête.

mardi 22 février 2011

Les oeufs de Pâques pillons ! - Savoir regarder la nature - partie 2

Probablement, une ponte de pentatomidae (famille de punaises).
Je me souviens quand j'étais collégien... Snif, nostalgie ! Les boutons sur le pif nouvellement démesuré, les premières lunettes pour l'affaisser, les premières incompréhensions mathématiques, les drames sentimentaux totalement insurmontables... C'était vachement bien ! La mode de la cueillette des trèfles à quatre feuilles avait émergé comme un beau rosé des près dans les pelouses du collège. Ah oui, ça c'était vraiment bien, tout n'était pas bétonné.

Pas de difficulté technique pour les détecter, juste de la patience et de la minutie dans la recherche. On n'avait pas bac +38,5 mais on en trouvait des tas. Personnellement, j'en avais ramassé 16 en 2 ou 3 semaines ! Mais il y avait de meilleurs scores même si la ressource avait quelque peu fini par se tarir.
Je n'avais pas trouvé mieux qu'une bible pour écraser et sécher, entre deux feuilles de buvard jaune d'or, mes trèfles à 4 feuilles païens.
Mystérieusement, la révélation ne vint pas du Saint Livre mais du fait même de constater leur existence et surtout en si grand nombre.

Il avait seulement fallu dépasser l'idée reçue selon laquelle ces feuilles de fortune ne poussaient que dans les prairies enchantées. Qui cherche trouve...

Dans quelle autre quête tout aussi incongrue pourrions-nous nous engager, à quatre pattes dans l'herbe ? Eh bien, nous aurions pu chercher des œufs d'insectes, par exemple. Compte tenu de la hauteur des herbes autorisée par les lames au collège, nous aurions surement fait chou blanc le plus souvent...

Mais dans une zone où l'on fauche tardivement (en fin d'été ou en automne), sur une haie champêtre composée d'essences locales, le taux de réussite peut augmenter rapidement. On sait que les papillons, en particulier, pondent souvent leurs œufs sur la plante sauvage hôte spécifiquement prisée par leurs chenilles.

Il faut aussi reconnaître que d'autres s'avèrent aussi de voraces généralistes en herbes (ci-contre les plausibles œufs d'un Bombyx de la Ronce, Macrothylacia rubi).

  

Et maintenant, séance de travaux pratiques : pour le dimanche de Pâques, je vous propose donc de créer les conditions suscitées pour trouver ces œufs. Proposez ensuite à vos enfants ou à ceux de vos amis de venir les chercher...

Il va falloir apprendre à regarder ! Mais ne les pillez pas pour de vrai, hein?


PS : j'ai conservé mes trèfles mais je n'ai pas encore gagné au loto (OK ! OK ! Je n'ai pas joué !).
PPS : merci à M. LEQUET pour ses précieuses déterminations concernant les œufs d'insectes (visitez son site).
PPPS : vous pouvez nous aider à identifier les pontes  ci-dessous si vous êtes motivés. Il s'agit pour l'instant d'un mystère même si les recherches sont à orienter du côté d'un papilllon nocturne selon M. LEQUET.


samedi 12 février 2011

Des fleurs sauvages après la mort ?


Sauges sauvages (Salvia pratensis) poussant spontanément à l'entrée d'un cimetière de Seine-et-Marne, étrangement et heureusement épargnées par les tondeuses.

Bon. Ça y est. Je suis mort. Et si.
Je sais, c'est une lourde perte pour l'humanité. Séchez vos larmes ! Il est probable qu'elle s'en remettra...
Pourtant, en voilà bien assez pour clamer les pires outrages : "Le monde est enfin débarrassé de ses discours d'écolo extrémiste. Empêcheur de tondre en rond ! On va enfin pouvoir refourguer tranquilles nos thuyas OGM à fluorescence intégrée. Via le branchement sur secteur, le thuya clignote tout seul dès que le premier jour de l'avent est entamé. Le monde en avait besoin, nous l'avons fait !"

Mais le supplice post-mortem ne fait que commencer !!
Laissez-moi vous narrer les faits et les choix qui m'ont conduit à subir une atroce torture, certes désormais plus psychologique que physique.
En effet, après mure réflexion, j'ai choisi de ne pas être incinéré. Après toute l'énergie que j'ai dépensée de mon vivant, tout le CO2 que j'avais émis, c'était bien la moindre des choses d'arrêter les frais dans l'au-delà.
Après avoir plutôt offert mon corps aux progrès scientifiques et médicaux, il restait encore quelques morceaux de bidoche à faire disparaître. Étant constitué de matière organique issue de l'écosystème terrestre, j'aurais bien voulu les lui rendre en les laissant aux bons soins de divers charognards, vautours ou décomposeurs sauvages. Mais bon, là, "faut pas pousser" qu'on m'a répondu !
Dommage !
Ne restait alors que la possibilité d'enterrer le tout dans le lieu idoine : le cimetière.
"Bon ben, puisque j'ai le choix, allons-y pour l'enfouissement", me résolus-je, faussement résigné.
En effet, me croyant malin comme un singe, j'avais en secret échafaudé le doux rêve suivant : après avoir choisi une tombe sans pierre, seulement recouverte de terre, je me décomposerais en douceur dans le sol et me transformerais en humus. Ensuite, j'offrirais ma nouvelle composition fertile à la croissance de plantes qui nourriraient elles-mêmes des insectes, puis des oiseaux et ainsi de suite.

Tu parles !! Que dalle, oui ! Car depuis que je repose en terre, on paye (vous payez!) quelqu'un pour m'éclabousser de produits chimiques qui éradiquent toute vie sur ma tombe, qui m'interdisent de donner un sens à ma mort en permettant à d'autres êtres vivants d'en tirer profit.
Il n'y a même plus de pissenlits, moi qui les aimais tant ! Par pitié ! Laissez-moi les manger par la racine !!

Et vous, ça vous dirait de recevoir tous ces poisons sur les os? Parce que dites-vous bien que le contraire est possible. Ils sont rares mais certains cimetières sont entretenus sans produits chimiques.
On peut ré-enherber (le cas de Fontainebleau) mais parfois, même, on y tolère, au moins durant la belle saison, des plantes sauvages qui poussent spontanément car on se souvient de leurs multiples propriétés médicinales, alimentaires, tinctoriales, etc.
Dans un village exemplaire, Montmachoux en Seine-et-Marne, j'ai trouvé le superbe bouillon blanc, le salsifis sauvage, le thym serpolet parmi nombre d'autres plantes. Il y avait même des orchidées sauvages au pied de l'église !
Allez vérifier !

Maintenant, vous savez.

Guillaume.

lundi 7 février 2011

Croquis'toire - Mésange huppée.



Parenthèse. Aujourd'hui, ni discours moralisateur ni apologie du patrimoine naturel local.
Simplement l'historiette de l'aquarelle (illustrant un précédent article) née à partir d'une photographie de Jean Paul Nouret. Les deux sont présentées ci-dessus grâce au judicieux montage de Jean Paul.

Il ne faut pas les rater ces précieuses images stimulantes, de celles qui accrochent l'œil du dessinateur et le sortent de son apathie créatrice.
En effet, il faut savoir que l'inspiration disparait souvent dans des profondeurs abyssales provoquant l'émission de maints gémissements geignards insupportables pour l'entourage, d'odieuses phases d'apitoiement piteux et de déprime plombant l'ambiance.
Non, il ne faut pas les rater...

Parce qu'un jour arrive une image qui vous file une irrépressible envie de crayonner... 
Finies les jérémiades sur le manque de temps chronique. Franchement, qui en a trop ? C'est pour tout le monde pareil...  On se dépêche de manger, on met le fiston au dodo fissa et on passe à l'action jusqu'à tard dans la soirée sans pouvoir s'arrêter ! Quitte à être un peu zombie le lendemain.
Terminées aussi les lamentations sur le manque de place ! On débarrasse la table du repas au pas de charge et on installe tout le matériel en une fraction de seconde. On s'était plaint la veille qu'il était éparpillé partout dans les placards des diverses pièces et qu'il était difficile de remettre la main dessus ! Non mais on croit rêver en entendant un argument aussi nul ! Un peu plus et il nous faudrait un atelier grand comme un hangar d'aéroport !

Le nœud du problème est délié quand l'inspiration est revenue. Et puis c'est tout.

Ensuite, les aspects de technique sont dérisoires même si on n'arrive pas toujours au niveau escompté. Mais peu importe, en voici quelques-uns :
Le but était pour cette fois-ci de réaliser plusieurs croquis de mésange huppée à partir d'images diverses afin de "se la mettre dans la main" et pouvoir la réinventer dans une posture choisie.

(1) Croquis rapide.


J'ai commencé par la belle photographie de Jean Paul même si j'avais rassemblé d'autres images du même oiseau. J'ai d'abord dessiné très vite de petits croquis afin d'identifier et d'assimiler les composantes essentielles de la mésange. Il s'agissait de simplifier tout en visant le naturel. Je suis arrivé à une image d'environ 4x4 cm qui me semblait convenir (1).

(2) Croquis pour aquarelle.







Cette base m'a ensuite donné envie de réaliser un croquis plus détaillé. Échaudé, j'ai pris soin de ne pas dessiner sur du papier de mauvaise qualité. On ne sait jamais, des fois que j'aurais envie de passer quelques lavis d'aquarelle (2).



(3) Le croquis précédent... colorisé.
Et justement, c'est ce qui s'est passé. Voyant que le crayonné était correct, je me suis dit : "un tiens vaut mieux que deux tu l'auras". Et j'ai finalement colorisé ma mésange jusqu'au bout (3). Après coup, je me dit que j'ai bien fait car je n'ai pas retrouvé l'occasion de dessiner d'autres mésanges...

Oublié le but original ! C'est l'inspiration qui décide.

Bonne semaine à tous.