samedi 29 janvier 2011

Vous êtes plutôt Lis ou Criocères?

Nous sommes nombreux à admirer les fleurs de Lis. Et je mets de côté toute la symbolique associée à ces plantes car je ne veux me baser que sur des critères esthétiques. Il est ainsi fréquent d'en trouver des variétés horticoles plantées dans les jardins.
Bref, nous trouvons tous la plante fort jolie, c'est merveilleux. Que règne l'harmonie...

Seulement, voilà-t-y pas qu'une affreuse bébête à la couleur diabolique se met dans la caboche (pourtant fort étroite !) d'en grignoter des pans entiers ! Il faut préciser que ses plantes hôtes habituelles, des lis sauvages et fritillaires, se sont bien raréfiées dans la nature... Et les hommes n'y sont pas pour rien ! Du coup, elle rapplique illico sur les feuilles des variétés horticoles suscitées avec une voracité déconcertante. Du genre à sculpter de la dentelle anglaise, certes affriolante, mais bon, ce n'est pas le sujet...

Une telle bestiole se doit d'être hideuse en accord avec l'infamie perpétrée ! Seulement, c'est là que ça cloche. Parce que le coupable en question, répondant au doux nom de Criocère du Lis (Crioceris lilii) est un petit coléoptère tout ce qu'il y a de plus somptueux. Sa robe écarlate reluisante comme un velours de cardinal en impose un brin.

L'interruption suivante est indépendante de notre volonté. Le Comité Officiel des Scientifiques Annihilateurs de Controverses (COSAC) tient à préciser : "Le rédacteur feint d'ignorer que les larves s'enduisent le corps de leurs propres excréments pour se protéger de la dessiccation. Le COSAC dénonce donc avec force cette présentation outrancièrement flatteuse du Criocère. Le COSAC condamne ces procédés malhonnêtes assimilables à de la vile propagande naturaliste."

Mouais... Merci, ô tout puissant et vénéré COSAC ! Côôômme il était judicieux d'apporter ces précisions ! Je me flagelle dans l'allégresse dès la fin de l'article...

Bon, reprenons. Hum ! Mes amis, en vérité, je vous le dis, le temps des questions existentielles est arrivé.
Qui du Lis ou du Criocère (adulte !) est le plus beau ? Se pourrait-il que ce petit insecte devînt l'objet principal de notre émerveillement, au dépens du Lis ?

L'air de rien, nous mettons le doigt sur l'un des nœuds du problème qui nous occupe dans ce blog. Roulements de tambours et frissons dorsaux. Voici que nous touchons au but ultime de notre problématique.
Eh oui ! Si nous nous compliquons la vie, dans nos jardins, à vouloir faire la guerre à ces petites bestioles, à pourchasser ces malheureuses plantes sauvages incapables de fuir, c'est parce que nous n'acceptons pas l'imprévu, l'inattendu, l'incontrôlé, l'insoumis, le spontané. Pire, par décret psychologique et culturel, nous décidons que ces manifestations de la vie sauvage sont viles et moches.
Mais que préfèrerait un extraterrestre ? Ou tout simplement un enfant ? Pour résumer, un individu non encore rompu à nos conventions culturelles et esthétiques ? Sans a priori en tête, ils pourraient s'émerveiller autant pour l'un que pour l'autre être vivant.

Et si nous passions au "jardin naturel" ? Je ne parle pas du potager (qui peut d'ailleurs lui aussi se gérer écologiquement) mais de l'espace vert d'agrément. Là donc, les chenilles, les criocères et autres phytophages bariolés sont désirés et suscitent autant d'émerveillement que tous les autres êtres vivants. Du coup, lutter contre n'a plus de sens.
Pourquoi ne pas nous émerveiller pour autre chose que la plante que nous avons payée cher en jardinerie ?
Insecticides obsolètes, longues heures de roulage de pouces en perspective, économies... N'est ce pas réjouissant?

PS : pour me faire pardonner mes penchants propagandistes, je vous recommande chaudement de consulter les extraordinaires pages entomologiques d'André Léquet et notamment celle où vous apprendrez toute la vérité sur le Criocère du Lis.

mardi 25 janvier 2011

C'est arrivé près de chez vous...




J'ai photographié cette guêpe de la famille des chrysides sur une autre ombellifère que la berce, la tout aussi commune carotte sauvage. S'agit-il d'une des plus jolies guêpes de France? Vue sa livrée arc-en-ciel, la question est légitimement posée.

Compte tenu de la ressemblance des deux plantes, j'aurais pu tricher un tantinet, céder à la tentation et l'intégrer à la série sur les berces pour l'enrichir. Ainsi j'aurais perfidement détourné à mon profit le capital de sympathie qu'une aussi charmante bestiole dégage afin d'achever de vous convaincre que décidément, oui, c'était fait avéré : les berces étaient vraiment des plantes fabuleuses.
Vous alliez les semer et les laisser pousser dans vos jardins et convaincre encore le maire et les services techniques d'en faire autant sur les plates-bandes communales puis organiser des sorties nature dans la cour de l'école pour observer les guêpes sur les ombelles... Ne riez pas ! J'en connais dont c'est le boulot quotidien. J'ai les noms mais ne comptez pas sur moi pour les dénoncer !

Mais un petit mensonge reste un mensonge ! Et point de cela ici.
Toutefois, il est vrai qu'elle aurait très bien pu être observée sur une berce. Mais non, ce jour-là, Madame n'a pas daigné. Ou je n'ai pas été au rendez-vous quand le fait s'est éventuellement produit.

Il ne me reste plus qu'à commencer une série sur les carottes sauvages, très attractives. Puis une autre sur la foule des butineurs de chardons (plantes éminemment riches en nectar fort appréciées des abeilles). Sans oublier les bourdons sur les vipérines, les papillons sur les scabieuses, etc. Y a de quoi faire, sans aucun doute !

Bref, revenons-en à notre guêpe, notre chryside superbe, en habit céleste. Sous ses airs de star de la mode charmeuse et ensorcelante de beauté se cache une perfide créature. Ne nous y fions pas ! La fainéante ne daigne pas (décidément !) élever ses petits elle-même. La mère indigne va rechercher les nids de certaines abeilles ou guêpes solitaires (par exemple, ici, les guêpes du genre Oedynerus pour les passionnés), attendre qu'elles aillent quérir pitance, délaissant alors leur édifice de terre, pour s'y introduire subrepticement.
Et là, c'est le drame. Via un procédé fourbement ourdi, certes dicté par ce qui lui reste d'instinct maternel, la chryside pique la larve présente pour y pondre son œuf. La malheureuse Oedynerus nourrira désormais à son insu, une autre larve, parasite, qui dévorera vivante la sienne.

L'interruption suivante est indépendante de notre volonté. Le Comité Officiel des Scientifiques Annihilateurs de Controverses (COSAC) tient à préciser ceci : "en délaissant ces sentiments anthropomorphiques n'ayant d'autre but que de vous faire maladroitement sourire, il faut considérer que les parasites jouent un important rôle régulateur. La chryside n'a donc pas d'effets négatifs sur son écosystème, bien au contraire !"

Hum ! Mmmhm ! Merci, tout puissant et vénéré COSAC !

Fin de la parenthèse. Je reprends.
Voici, maintenant, une reconstitution de l'horrible forfait. Bien entendu, les images violentes pouvant heurter la sensibilité des personnes les plus fragiles ont été retirées de cette publication. Pas de "nature-réalité" ici.

Voici notre brave et honnête femelle d'Oedynerus s'échinant à la tâche, mère consciencieuse et minutieuse en train d'élaborer un fier tube de terre pour accéder glorieusement à la chambre de sa progéniture. Elle va jusqu'à offrir sa salive pour amalgamer la terre constituant l'édifice.




A quelques décimètres de là, la chryside attend son heure, froidement et implacablement.




Hélas, l'occasion ne survient que trop tôt! Mère courage s'est déjà absentée, non pour abandonner sa tâche mais pour quérir quelque indispensable matériau !



Sans tarder, l'odieuse criminelle pénètre dans la chambre larvaire sans rencontrer d'obstacles. Je tairai alors la scène qui suit par égard pour les lecteurs tant elle pourrait choquer les âmes sensibles.



Vous croyez que cela se passe toujours chez les autres, n'est ce pas? Et bien regardez un peu ce beau terrain de chasse...



L'interruption suivante est indépendante de notre volonté.
Le COSAC tient à préciser ceci : "le COSAC ne cautionne pas le ton sentimentaliste adopté par le rédacteur pouvant laisser croire à de mauvaises intentions de la part d'insectes agissant dans le but d'assurer légitimement leur reproduction.
Par ailleurs, il dénonce l'hypocrisie du rédacteur qui prétend ne pas faire de "nature-réalité" alors même qu'il tente par des effets de dramatisation outrancières d'exacerber les émotions du lecteur. Ce ne sont pa
s là des procédés scientifiques et convenables à la hauteur des aspirations de sensibilisation et d'information affichées par ce blog."

Aïe! Pas sur la tête ! Certes, certes, vous n'avez que trop raison, savantissime COSAC ! Je suis indigne, je suis infâme !

Pfff! Si on peut plus rigoler...

Aïe ! Mais AIEUH !

mercredi 12 janvier 2011

Savoir regarder la nature - introduction.




Les très jeunes enfants, disons avant l'âge de 7 ans, portent un regard neuf et ouvert sur leur environnement parce que leur curiosité n'est pas encore dirigée vers ce que les adultes considèrent primordial. Parce que leur comportement n'est pas encore calé sur celui des stéréotypes que nous leur imposons plus ou moins.
De plus, leur petite taille leur donne accès à des dimensions et strates que nous avons tendance à ignorer. Du coup, ils détectent avant nous nombre de petites bestioles et de fleurs cachées dans une prairie naturelle là où nous nous ne voyons qu'une mer homogène verdâtre de mauvaises herbes. De l'araignée crabe en embuscade autour du capitule de marguerite, en passant par les lichens en forme de trompettes pour lutins des souches jusqu'aux fleurs délicates et minuscules des gaillets jaunes.

Cette manière de regarder largement, ouvertement, naïvement plutôt que de voir selon les normes préétablies manque cruellement aux adultes. Cette faible capacité à percevoir soustrait de notre champ de vision une foule de représentations de la biodiversité dont nous finissons par ne même plus soupçonner l'existence.
Ainsi, comment ne serait-ce que souhaiter protéger ce que nous ne connaissons pas encore ?

Loin de moi l'idée d'affirmer qu'il faudrait retrouver l'immaturité des enfants. Ils peuvent aussi se montrer cruels (sans en avoir conscience, souvent) mais franchement, il nous faudrait réapprendre à porter un regard neuf comme le leur sur la nature. Et c'est tout un monde féérique et bariolé qui s'offrirait à nous. Nous retrouverions cette à capacité à nous émerveiller le plus naturellement du monde, à nous émouvoir sans détours, à être fascinés devant la diversité des formes du vivant, le génie de la nature, sa beauté tout simplement.
Ceux que la nature aura charmés n'auront plus beaucoup d'efforts à faire pour la protéger. Ce ne sera plus qu'une question technique. Et les solutions existent...

La vraie difficulté est bien de surmonter les barrières psychologiques et culturelles qui nous conditionnent.


PS : nous ouvrons cette série d'articles intitulée "Savoir regarder la nature" par cette petite introduction. D'autres articles suivront autour d'images et illustrations insolites de petits mystères de la nature, glanés au fil de nos promenades...
PPS : Merci et bravo à Olivier pour son illustration, malicieuse et pertinente, comme d'hab!

dimanche 2 janvier 2011

Libergot ou escarbellule?


Mon petit garçon a choisi escarbellule... et vous?
Personnellement, je déconseillerai le médicamenteux escargellule...
On attend vos propositions via les commentaires...

Pour les curieux, il s'agit d'un agrion, une famille de petites libellules : les demoiselles. L'écartement entre les extrémités de ses yeux, vus de face, atteint à peine 3 mm... L'insecte mesure environ 35 mm de long et se pare d'une robe d'ensemble bleutée parsemée de dessins noirs.

Pour briller en société, sachez que l'on "confond" souvent deux termes : odonates et libellules.
Si l'on veut être rigoureux : l'ordre des odonates regroupe deux sous-ordres en Europe.

1. Les zygoptères ("demoiselles") souvent grêles dont les ailes sont toutes rassemblées au dessus du corps et de forme semblable. Les yeux sont aussi nettement séparés. On y trouve différents groupes tels que demoiselles vraies, lestes, agrions, etc.

2. Les anisoptères (dont les "libellules vraies" d'où confusion d'une partie pour le tout), souvent de bonne taille, étalant leurs ailes à plat au repos, en croix. Ailes avant et arrière sont souvent différentes. De plus, à l'exception du groupe des gomphes, les yeux se touchent. Quelques groupes de ce sous-ordre : cordulégastres, aeschnidés, libellules vraies, gomphes, cordulies, etc.

Voilà pour les détails taxonomiques (de classification).

Enfin à l'occasion de ce premier article de l'année, c'est avec plaisir que nous nous plierons à la tradition des vœux.
Nous vous souhaitons une très bonne année 2011 à tous !!

Mais surtout, merci à vous tous, les lecteurs de France, Belgique, Nigéria, Suisse, Ukraine, Canada, Chine, Algérie, Allemagne, Etats-Unis, Croatie, Russie, Tunisie, Maroc, Espagne et de quelques autres pays (que nous ne pouvons plus citer faute de statistiques assez précises) pour votre fidélité ! N'hésitez pas à nous critiquer, nous encourager et nous faire connaître si cela vous plaît.

jeudi 16 décembre 2010

Ça va mieux en le lisant...

On a adoré le ton ravageur et roboratif de cet article. La demoiselle n'a rien a perdre dans l'affaire et ça se sent dans les mots qui tranchent et qui cognent.
Et mine de rien, la plupart des écueils de la gestion moderne des espaces verts est passé en revue. De la quasi-brutalité des machines employées aux performances disproportionnées par rapport aux enjeux et objectifs, jusqu'à l'absurdité de la gestion d'espaces dont on ne peut même plus jouir.
Du travail brutal, austère jusqu'à l'os, couteux jusqu'à la moelle et pour un résultat inexploitable.
Plus bête, tu meurs. Et pourtant si vrai !

On aurait bien voulu être aussi radical (et juste!) parfois mais (déformation professionnelle oblige?) on n'a pas autant lâché les chevaux.
Alors bonne lecture.

Cliquez donc ici.

lundi 13 décembre 2010

L'arbre de Noël anti-cancer

Un arbre de Noël écologique ? C’est possible ! Et on peut même faire encore mieux !


Ceux qui connaissent nos préconisations visant à favoriser la biodiversité et de façon plus générale notre patrimoine naturel savent que nous recommandons fortement l’utilisation et la plantation des espèces végétales sauvages et locales. Leur adaptation aux sols et climat régionaux font des arbres et arbustes autochtones des plantes idéales en tous points.

Attrait optimal pour la faune locale (insectes, mammifères, oiseaux, etc.) loin devant les espèces exotiques et variétés horticoles, mais aussi robustesse et résistance, entretien minimal et même prix les plus bas en cas d’achat en pépinière. Alors pourquoi s’en priver ?

Les sapins de Noël vendus avant les fêtes sont des conifères, généralement des épicéas (Picea abies) et parfois des sapins vrais. Dans tous les cas, ce ne sont pas des espèces poussant naturellement en plaine. Pourtant, elles ont parfois été plantées abondamment hors de leurs aires de répartition originelle (zones montagneuses). D'ailleurs, les forêts exemptes de conifères sont devenues vraiment rares en France. Même des forêts réputées comme celle de Fontainebleau sont concernées (en l'occurrence avec des Pins sylvestres, Pinus sylvestris).

Nous savons désormais que ces plantations denses de conifères ont des impacts négatifs sur la flore et la faune locale. En effet, la dégradation de leurs aiguilles dans la litière nécessite la production d’acides puissants émis par des champignons. Il s’ensuit une acidification du sol néfaste à la majorité de la biodiversité locale.

Nous vous proposons donc des alternatives via d'autres espèces qui croissent naturellement en plaine. Elles éviteront ainsi en dehors des régions montagneuses, la culture ou la replantation (fausse bonne idée sauf avec des espèces locales) de végétaux peu attractifs pour la biodiversité dans les jardins, les forêts, les espaces publics, etc.

L’if (Taxus baccata) est l’un des rares conifères de plaine. Connu depuis les débuts de l’histoire, c’est une espèce dont on utilisait le bois pour réaliser les plus redoutables arcs. Les forêts riches de cette espèce étaient considérées comme des arsenaux !

Rappelez-vous ! A Azincourt, les archers anglais ratatinèrent la cavalerie française dont l'orgueilleux sentiment de supériorité méritait peut-être une remise en cause radicale. Défaite quasi roborative puisque les français changèrent de stratégie rengainant l'héroïsme crétin des charges bourrines pour dégainer la fourberie terriblement efficace des nouvelles armes à feu. La France remporta la guerre mais l'If avait tout de même payé un lourd tribu pour contribuer malgré lui à décimer les hommes.
Son aire de répartition fut ainsi réduite à tel point que l'if disparut de nombreuses régions dans le milieu naturel. A part dans les cimetières et quelques jardins de prestige, plus question de le trouver. Ce sont donc les armes à feu qui ont sauvé l'espèce en la rendant obsolète...

Il faut aussi remarquer que les propriétés antithétiques de l'if ont entretenu une ambiguïté certaine. Il symbolise autant la mort que la résurrection d'où sa traditionnelle plantation dans les cimetières.

D'une part, toute la plante est toxique à l'exception de la partie charnue rouge des fruits appréciés des oiseaux mais aussi des hommes (mais attention aux graines!). D'autre part, sa longévité légendaire (jusqu'à 2000 ans !) et sa forte capacité à rejeter de souche ont alimenté sa réputation de vigueur.

Mais d'autres caractéristiques lui confèrent de nombreux avantages dignes de redorer son blason.
Concernant la biodiversité d'abord (on ne se refait pas !).
Comme nous le rappelle l’OPIE (Office pour les insectes et leur environnement), il abrite une faune spécifique et diversifiée même si moins abondante que d’autres arbres locaux. On dénombre tout de même 8 espèces différentes d’arthropodes liées à l’if.

Et maintenant, pour le bon plaisir des humains.
Au jardin, l’if peut se replanter en haie (à la place des thuyas qui dans notre région ne nourrissent spécifiquement qu'une seule espèce d’insecte) ou en sujet isolé. Il est réputé pour bien supporter les tailles lui conférant des formes excentriques et ornementales. On le retrouve encore abondamment dans les jardins de prestige. En tant qu’arbre de Noël, il peut encore remplacer les épicéas ou les vrais sapins. Il ne perd pas ses aiguilles en hiver et se pare en outre de baies rouges du plus bel effet en automne.

Encore un atout. Sa croissance assez lente autorise de le planter dans un grand pot. On peut alors le maintenir à taille modeste par des coupes régulières afin de l’utiliser tous les ans pour les fêtes. Plus besoin de racheter, même plus besoin de (souvent mal) recycler.

Cerise sur le gâteau, la médecine moderne lui a découvert un avantage pachydermique capable de rattraper ses méfaits ancestraux. On extrait du conifère une molécule anti-cancer très efficace appelée "Taxol". Pour en savoir plus, nous vous proposons de visiter le site de l’association « Collect-if » qui explique toute la démarche de collecte gratuite des coupes d’if. Vous êtes concernés si vous avez des ifs ou si vous voulez planter cette espèce traditionnelle.

Avec l'if, nous avons donc bien affaire à un arbre de Noël anticancer. A deux pas de chez nous. Terrible, non ? Et dire que nous éradiquons les plantes de nos régions sans imaginer les potentiels services rendus...


Autre arbre de Noël alternatif, le superbe Houx (Ilex aquifolium), autre espèce autochtone, possède les mêmes qualités ornementales que l’if : feuilles persistantes et baies rouges (à condition de choisir des pieds femelles). Il peut aussi se planter en haie ou en ornement. La croissance de cet arbuste n’est pas trop rapide, ce qui évite d’avoir à le tailler souvent.

Ces deux espèces peuvent donc se planter dans les espaces publics à la place des autres conifères non locaux dans le but d’être décorés chaque année à Noël.

Enfin, voici une proposition lue dans le magazine « les 4 saisons du jardinage bio » . Pour ceux et celles qui ont la fibre artistique, vous pouvez réaliser une structure pérenne à base de branches et bâtons de bois mort que vous aurez sélectionnés et collectés pour leurs formes esthétiques. Après assemblage et fixation sur un support, libre à vous de décorer cette sculpture de Noël. Vous pouvez encore utiliser une plante locale en laissant grimper dessus du lierre (au feuillage persistant et qui se bouture facilement. Relisez nos articles précédents sur le lierre) qui supportera en outre la vie en intérieur.

On espère que vous apprécierez les astuces. Essayez et racontez-nous !

PS: entre autres sources utilisées pour cet article, je recommande la lecture du livre suivant: "Histoires d'arbres - des sciences aux contes" par Philippe Domont et Edith Montelle. Editions : Delachaux et Niestlé et Office National des Forêts.

vendredi 10 décembre 2010

Idées reçues sur le lierre - 3ème partie.

Suite de notre fervent plaidoyer en faveur de la liane la plus redoutée de France (voir épisode précédent).

Le lierre est une plante à l'anatomie assez fascinante: pouvant mesurer de 20 à 30 m, il est aussi long que la plupart des arbres même s'il n'atteint pas souvent les mêmes hauteurs.
Il possède aussi 2 types de rameaux parés de feuilles aux formes très variables. Ceux qui portent des fleurs sont munis de feuilles simples, ovales en général, les autres portent des feuilles lobées parfois presque en étoile.

Enfin, particularité non réservée aux plantes tropicales, il s'agit d'une liane. Ce n'est d'ailleurs pas la seule que l'on rencontre en France à l'état sauvage.
Citons la Clématite des haies (Clematis vitalba), la Vigne (rarissime à l'état sauvage), le Chèvrefeuille des bois (Lonicera periclymenum) et le Houblon (Humulus lupulus) pour les espèces les plus connues, mais aussi la Bryone dioïque (Bryonia dioica) , la Cucubale à baies (Cucubalus baccifer), la Morelle douce-amère (Solanum dulcamara), plusieurs espèces de Vesces (Vicia sp.) ou Gesses aux superbes fleurs (Lathyrus sp.), le Gaillet gratteron (Galium aparine), etc. Largement de quoi remplir un autre article.

Arrêtons nous un moment sur le cas de l'une de ces espèces. Il faut noter que le Chèvrefeuille des bois bénéficie d'une bonne réputation en raison du parfum de ses belles fleurs. Cependant, il est le seul à réellement étrangler les jeunes branches des arbres et arbustes. On remarque parfois dans les bois, les tiges vrillées de celles qui lui ont résisté... C'est lui le coupable !


Le dessin ci-après montre l'évolution conjointe d'une branche d'arbre sur laquelle une liane de chèvrefeuille grimpe.
La bataille est serrée, c'est le cas de le dire. L'étreinte de la liane sculpte la branche en spirale. Tantôt, la branche cède et finit étouffée : la sève ne peut plus passer. Tantôt elle l'emporte en parvenant littéralement à pincer et sectionner la liane (4). Malgré tout, la forme spiralée demeure visible longtemps après la décomposition du chèvrefeuille conférant un caractère féérique au végétal vrillé.

Ceux qui nous lisent depuis un petit bout de temps savent que nous ne rechignons pas à manier l'ironie. Certes, le lierre possède de nombreuses qualités. Pourtant, pour être honnête, il faut tout de même lui reconnaître un léger inconvénient.

S'il ne nuit pas aux arbres, il faut se méfier de lui sur les bâtiments, en particulier les vieux murs. Et le comble : c'est justement là qu'on le tolère le plus aisément ! Une réminiscence esthétique du romantisme ?
En effet, dès que le mur n'est plus lisse ou que le crépi est crevassé, le lierre risque de s'insinuer dans les failles et faire exploser ou disjoindre les pierres. Les vieux murs dont les pierres sont souvent liées avec des mélanges plus ou moins riches en terre lui fournissent en outre un substrat dans lequel il peut développer de nouvelles racines.
Il peut alors repousser plusieurs années de suite, même si on l'arrache tous les ans. Il faut dans ce cas veiller à couper tous les jeunes rameaux plusieurs fois par an pour ne pas en laisser grossir le diamètre. Mais pour n'avoir jamais cessé d'œuvrer sur les vieux murs de la maison de mes parents, je vous souhaite vraiment bon courage si c'est votre cas !

Vraiment, la plante mérite plus juste traitement que celui réservé jusqu'alors. Elle a tant à offrir à nos forêts, nos haies, nos jardins : richesses naturelles, poésie... Oserais-je même tendresse amoureuse ? Il faut la voir s'agripper aux arbres. Non. Que dis-je ! Elle les embrasse, les enlace, les choie, les caresse. Et quand vient pour eux le temps de la sénescence et de la décrépitude, elle redouble de ferveur et de passion exubérante déployant tous ses charmes en une croissance fougueuse.
Ce n'est pas exactement le traitement que nous réservons aux personnes âgées dans nos sociétés au regard de l'état de certaines maisons de retraite...

Mais pour terminer sur une note plus romantique dont j'assume parfaitement le côté fleur bleue, je connais bien deux amoureux dont les alliances sont ornées de feuilles de lierre. Leur devise est celle de la plante :

"Je meurs ou je m'attache."


dimanche 5 décembre 2010

Patience...

Je suis en retard sur je ne sais quel horaire que personne ne m'a fixé. Mais la 3° partie de l'article sur lierre arrive d'ici peu ! Allez, disons dimanche ! Encore un peu de patience... Merci à tous pour vos encouragements.